Franck Louvrier et la Bretagne : l’interview vérité.

Franck Louvrier est conseiller régional UMP des Pays de la Loire et proche conseiller de Nicolas Sarkozy. Mais en coulisse, on murmure que son rôle est celui d’un poisson-pilote du président concernant les affaires territoriales, notamment celles touchant la Bretagne. Dans cette interview qu’il a donné à 7Seizh, il livre quelques éléments de réflexion qui pourraient bien devenir des axes de campagne du futur candidat.

A noter qu’une analyse politique de cette interview sera proposée prochainement à nos lecteurs.

7Seizh : Vous avez voté le vœu présenté par le groupe centriste à la région Pays de la Loire or celui-ci était clairement une attaque contre la dynamique de réunification de la Bretagne…

Franck Louvrier : Ce n’est pas exactement ça. Ce n’est pas un vœu contre la réunification de la Bretagne. C’est un vœu qui permet d’ouvrir le débat sur le Grand Ouest. Ce qui m’a plu dans ce vœu c’est qu’il amène d’une façon ou d’une autre la possibilité pour les habitants du Grand-Ouest de se prononcer sur l’élargissement géographique. L’intérêt de ce vœu est qu’il permet d’ouvrir réellement le débat.

7Seizh : Mais ne craignez vous pas un refus massif des Bretons et notamment de leurs élus dans l’ensemble peu favorables à une région Grand-Ouest ? Et puis en ce moment il est plutôt question du référendum pour la Réunification et non du Grand Ouest…

Franck Louvrier : Il faut provoquer un débat ! Et il faut que les élus s’en saisissent. Vous savez, lors d’un référendum, on est parfois surpris du résultat, les choses sont loin d’être gagnées d’avance. Moi je pense que les élus ne veulent pas de débat parce qu’ils ne veulent pas bouger tout simplement. Le débat sur la réunification est essentiel et je pense qu’il peut avancer avec un débat sur le Grand-Ouest. Il faut être progressiste et faire bouger les lignes. Vous savez, ma conviction est qu’on ne peut pas vivre dans un pays où il y a autant de régions. Regardez les autres pays en Europe !

7Seizh : Mais si vous considérez qu’il y a trop de régions cela signifie que vous remettez en cause la région Corse également…

Franck Louvrier : Je vous rappelle que la personne pour qui je travaille, Nicolas Sarkozy, a fait un référendum en Corse pour rapprocher la Haute-Corse et la Corse-du-Sud afin qu’il n’y ait qu’une seule région qui soit la région Corse (en juillet 2003, Nicolas Sarkozy était à l’époque ministre de l’Intérieur NDLR). Parce que sur une île qui compte 260 000 habitants vous avez quand même deux départements et une région.

7Seizh : Tout à fait, mais dans le cas où vous voulez de plus grandes régions, vous êtes appelés à intégrer la Corse dans une grande région Sud-Est…

Franck Louvrier : Il faudrait déjà réussir à rapprocher Haute-Corse et Corse-du-Sud, ce qu’on n’avait pas réussi à l’époque où Nicolas Sarkozy était ministre de l’intérieur. [Il faut] créer une seule entité et non pas trois comme à l’heure actuelle.

7Seizh : Mais ne croyez-vous pas qu’il y a matière à faire un gros big bang régional en considérant la création du conseil unique d’Alsace, le désir de réunification de la Normandie, de la Bretagne, le département Pays Basque…

Franck Louvrier : Vous voulez que je vous dise : il n’y aura pas de grand big bang des régions, il n’y aura pas de grand soir des régions ! Il y aura des modifications au cas par cas qui amèneront à faire bouger les lignes. C’est à dire qu’aujourd’hui, comme vous venez de le dire, en ce qui concerne la région Alsace, il y a une réunification entre le Haut-Rhin et le Bas-Rhin pour faire une région unique. Je pense que la Basse-Normandie et la Haute-Normandie peuvent être une région unique également. Il peut y avoir des modifications géographiques et de frontières entre la Bretagne et les Pays de la Loire. Mais si vous fermez tout débat sur les modifications de frontières entre Bretagne et Pays de la Loire, vous êtes sûrs de ne pas avancer et c’est ce qui existe depuis plusieurs décennies. Donc il faut à tout prix, à un moment donné, faire bouger les lignes et pour faire bouger les lignes il faut que les élus puissent s’emparer du débat. Donc tout vœu qui amène, justement, à faire bouger les lignes j’y serai favorable.

7Seizh : Oui mais là vous vous mettez tout le monde à dos, les militants bretons qui sont favorables à la Réunification, les …

Franck Louvrier : Attendez ! Avant de mettre à dos les gens il faut que les gens débattent entre eux. On verra ensuite, pendant le débat, ce que sera le projet porteur. Il n’y a pas de débat entre anti- et pro-réunification, il y a débat entre les conservateurs et les progressistes. Vous comprennez, il est là le débat. Il faut laisser les gens se saisir des choses et notamment les élus, je peux vous garantir que si vous ne le faites pas ce sera le statu-quo éternel, alors là j’en suis persuadé !

7Seizh : Alors ne croyez vous pas que lors de la publication du rapport Attali, une porte s’était ouverte…

Franck Louvrier : Tout à fait d’accord avec vous ! Une porte s’était ouverte, le président de la République en a parlé à ce moment là d’ailleurs. Sauf que vous pouvez faire des réformes dans notre pays mais vous ne pouvez pas faire toutes les réformes en même temps. En l’occurence il y a d’autres réformes qui ont été faites…. Pas celles-ci mais d’autres ont été faites. Mais je pense que, si vous voulez, à un moment donné, il faut surtout ouvrir les portes et les soupirails et non pas les fermer. Si vous dites, je veux tel débat et pas tel autre, vous êtes sûr de fermer la porte à toute modification.

7Seizh : Est-ce qu’il n’y a pas eu à l’époque une pression de Jean-Marc Ayrault (député maire PS de Nantes, président du groupe PS à l’Assemblée Nationale, proche conseiller de François Hollande et éternel adversaire de la réunification de la Bretagne NDLR).

Franck Louvrier : Jean-Marc Ayrault est celui qui incarne totalement le conservatisme en terme de découpage administratif, c’est l’incarnation même du conservatisme ! Donc je ne peux pas espérer de sa part qu’on puisse faire des modifications, il veut le statu-quo !

7Seizh : Tout à fait mais il y avait eu des fuites avant la publication du rapport Attali concernant une des mesures qui concernait la Réunification et quand ce rapport est sorti la question de la Réunification n’y était plus…. On a parlé, à l’époque, de pression de Jean-Marc Ayrault…

Franck Louvrier : Eh bien demandez directement à Jean-Marc Ayrault, moi ce que je peux vous dire c’est que Jean-Marc Ayrault est l’incarnation du conservatisme en terme de découpage administratif. Vous le voyez bien ! Par la même on ne peut pas espérer de lui le moindre débat sur ces sujets là. Moi je pense qu’il faut provoque des débats pour que les gens prennent conscience de ça et qu’à un moment donné on puisse trancher et modifier. Mais si vous pensez que la meilleure voie pour défendre vos idées sur la modification géographique de tel ou tel département, de telle ou telle région c’est de n’aller que vers un chemin et de ne pas en prendre un deuxième vous êtes sûr de n’arriver à rien du tout. Ils n’attendent qu’une seule chose ces gens-là c’est qu’il n’y ait pas un seul débat pour permettre de ne pas bouger.

7Seizh : Mais n’oublions pas que si Jean-Marc Ayrault a toujours été un adversaire de la Réunification c’est aussi le cas de François Fillon…

Franck Louvrier : Oui je le sais. Tout à fait ! Il y a des élus qui ont des positions différentes, je vous renvoie vers l’interview que j’ai faite dans le magazine « Bretons » il y a quelques mois.

7Seizh : Est-ce que le candidat Sarkozy aura des propositions fortes dans son programme concernant la Réunification ?

Franck Louvrier : Pour l’instant il n’est pas candidat donc on en reparlera quand il sera candidat. Pour l’instant il est chef de l’Etat, il aurait bien l’occasion de s’exprimer sur les institutions et tous ces sujets là.

7Seizh : Et lui-même, est il sensible à la chose ?

Franck Louvrier : Bien sûr ! Je vous rappelle que devant l’association des maires de France, il y a deux ou trois ans, il avait ouvert la question du débat sur Nantes en Bretagne ou pas.

7Seizh : Par contre il avait été assez ambigu et auparavant il n’avait pas bonne presse auprès des Bretons après ses déclarations de 2007 (« J’en ai rien à foutre des Bretons !» avait il déclaré le 06 novembre 2007 lors d’un déplacement dans un centre de surveillance et de sauvetage des côtes bretonnes. NDLR)

Franck Louvrier : Il n’a jamais dit ça, c’est totalement faux. Ca n’a rien à voir avec le découpage territorial.

7Seizh : Sinon que pensez-vous des propositions qui ont été faites ces dernières années par le président Jean-Yves Le Drian, président PS de la région administrative Bretagne, concernant des éventuelles transferts de pouvoirs au conseil Régional (eau, culture, aides européennes à l’agriculture) ? Le gouvernement Fillon a refusé cette avancée à l’époque. Seriez vous, pour votre part, favorable à une dévolution en Bretagne, au moins sur ces points-là ?

Franck Louvrier : Ecoutez d’abord s’il y a des dévolutions il faut que ce soit des dévolutions qui aient lieu sur l’ensemble du territoire.

7Seizh : Mais il y a eu cela en Corse, de façon spécifique. Pourquoi cela ne pourrait pas se faire uniquement en Bretagne ?

Franck Louvrier : Je vous rappelle que le statut de la Corse est le statut de la collectivité territoriale de Corse qui n’a rien à voir avec celui des conseils régionaux sur le continent. On est pas dans le même fonctionnement institutionnel.

7Seizh : Et on ne pourrait pas imaginer de faire la même chose en Bretagne. La Bretagne est tout de même un territoire particulier qui n’est pas comparable à celui de la région Centre ou de la Bourgogne….

Franck Louvrier : Chaque région a sa spécificité mais il y a aussi une unité à respecter. Il faut regarder ça en détail, je ne sais pas qu’elle position on peut avoir par rapport à telle ou telle autre région.

7Seizh : N’y aurait-il pas une prime à la bombe en Corse tout de même ?

Franck Louvrier : Non ça n’a rien à voir ! Quel que soit les actions qui ont lieu en Corse, à partir du moment où se sont des actions illégales elles sont condamnables. Et puis ce n’est pas le sujet. Deuxième élément : ce n’est pas parce que vous utilisez des moyens qui sont des moyens inadmisibles que vous pouvez obtenir gain de cause sur quoi que ce soit. Ce n’est pas ça l’idée, on n’est pas du tout dans ce schéma-là. Je pense que les Bretons sont des gens raisonnables et qu’ils sauront réfléchir à l’évolution de leurs institutions dans un contexte de débat démocratique. C’est la raison pour laquelle je pense qu’il faut provoquer des débats sur l’ensemble des redécoupages territoriaux. C’est très important, il ne faut surtout pas fermer la porte à ça.

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