Jeune et jolie : elle met en musique l’amour de la patrie (Karantez vro) – Rencontre avec Véronique Autret

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Les poèmes d’Anjela Duval en musique ont récemment été mis en avant par Nolwenn Leroy dans son album de reprises “Bretonne”. Anjela nous a quittés il y a un peu plus de vingt ans et seul un public averti sait que le compositeur de la musique de Karantez vro est une jeune femme dynamique et souriante, avec une voix hors du commun.

Rencontre avec Véronique Autret.

7seizh : Véronique, jeune et jolie, souriante et branchée alors que, lorsqu’on parle de musique bretonne, on s’attend à rencontrer un barbu aux cheveux longs, pull marin sabots aux pieds, raconte-nous un peu qui tu es !

Tu es Bretonne de Brest. Qu’est-ce qu’être Bretonne pour toi ? Quel est ton rapport à la Bretagne ? Ton rapport à la langue bretonne ?

Véronique Autret : J’habite à Brest effectivement depuis une quinzaine d’années. C’était un choix musical à la base car les musiciens de Gwalarn habitaient tous Brest et plus particulièrement le quartier de Saint-Marc. Ce qui facilitait les répétitions. Mais je suis originaire de Plouguerneau et je travaille dans un collège à Lesneven où j’enseigne la technologie et aussi… la musique.

Plouguerneau ce sont mes racines, mon enfance…
Des souvenirs joyeux de fêtes, de réveillons. La porte de la maison familiale était toujours ouverte pour la famille, les amis de chacun. Et tous les repas se terminaient en chansons.
Des souvenirs tristes aussi car mes parents sont partis trop tôt. Mais ils m’ont laissé des valeurs comme l’envie de partager des bons moments avec les gens, la tolérance, l’optimisme, le goût de la musique… J’y ai toujours de la famille et des amis. Rien ne vaut les moments que je passe au camping avec les amis lors des spectacles d’été d’Ar Vro Bagan. Ce sont des moments précieux.Plouguerneau a toujours été un lieu riche sur le plan culturel avec une tradition du théâtre grâce à l’abbé Yann-Vari Perrot au début du XXème siècle et à l’heure actuelle Goulc’han Kervella du Strollad Ar Vro Bagan ; un lieu qui a compté et compte de nombreux musiciens. Je cite René Abjean, Yvon Etienne, Jean-Luc Roudaut… Quelle chance d’en être un peu héritier !Plouguerneau est en plus un endroit magique et magnifique pour moi qui suis comme on dit « une fille de la côte ».

” Fière de mes racines, de mes origines et de ma culture bretonne “

Être bretonne pour moi, c’est une évidence, un état de fait ! Je suis fière de mes racines, de mes origines et de ma culture bretonne. Comme j’aurais pu l’être si j’avais été basque ou corse par exemple. Les notions de partage et de protection de cette culture vont de soi. On peut vivre ailleurs et avoir quand même ce sentiment d’appartenir à une communauté avec laquelle on partage des valeurs.

“Ma Bretagne doit être vivante, active, tournée vers l’avenir. Et cinq départements…”

Mon rapport à la Bretagne ? C’est une question que je ne me pose pas car elle fait partie de moi et de ce que je suis.

Mais je peux dire que ma Bretagne doit être vivante, active, tournée vers l’avenir, soucieuse de l’environnement mais aussi soucieuse de la protection de son patrimoine et de sa richesse culturelle. Et cinq départements…

La Bretagne, pour moi, c’est aussi la mer, élément essentiel dans ma vie. Il ne faut pas oublier que je suis originaire d’une presqu’île de la côte nord. Je ne peux pas rester longtemps sans la voir, la sentir.

Je me baigne six mois dans l’année… En Bretagne !

“La langue bretonne, pour moi, est avant tout la langue du chant”

La langue bretonne, pour moi, est avant tout la langue du chant. Dès l’école primaire, j’ai participé à des concours de chant au Bleun-Brug. Et par la suite, dès l’âge de onze ans, j’ai intégré la chorale de Plouguerneau dont le répertoire était essentiellement en breton.

Je fais également partie du Strollad Ar Vro Bagan que j’ai intégré après avoir participé, en tant que chanteuse à « la passion celtique », « Ar basion vraz ». C’est une troupe qui a pour objectifs de promouvoir le théâtre en langue bretonne. Je participe aux spectacles d’été essentiellement en tant que figurante et chanteuse. Je n’ai pas la présomption de me dire comédienne…

7seizh : Avec Gwalarn, puis avec Bann Heol, tu as chanté un répertoire sacré et profane en breton. Qu’est-ce qui t’a amenée à ce type de musique ? Raconte-nous ton parcours et ton chemin musical.

” Une bande de copains “

Gwalarn , c’est avant tout une bande de copains ayant presque tous, au départ, un lien avec Plouguerneau. Notre répertoire est constitué en grande partie de chants récents. Par exemple des poèmes d’Anjela Duval ou de Naïg Rozmor mis en musique par les membres du groupe. Je cite : « Karantez Vro », Benoni, Melkoni, Da viken, Ar barzh paour… Par ailleurs, Gwalarn a souvent collaboré avec la Kevrenn Brest Sant Mark. Ce qui nous amène à Bann-Heol.

“Quelques mois plus tard, c’était la révolution !”

J’ai de mon côté été sollicitée par la Kevrenn pour participer au festival de cornemuses à Srakonice en Tchécoslovaquie. Quelques mois plus tard, c’était la révolution ! Non, non, je n’y suis pour rien… Et là, du coup, les Tchèques ont passé commande à la Kevrenn d’un récital de musique religieuse dont le répertoire a été choisi par Christian Desbordes (Chorale du bout du monde).

Ce récital a eu un franc succès. Beaucoup d’émotions pour le public et pour les musiciens. Ce qui nous a amenés à participer plusieurs fois à ce festival. Les musiciens étaient bien sûr ceux du bagad (bombardes, cornemuses, batteurs, claviers…) auxquels on a rajouté petit à petit une harpiste Nolwenn Philippe et d’autres musiciens de Gwalarn, Xavier Lecomte au violon et Martial Herry aux claviers.

” Bann-Heol était né “

Bann-Heol était né. Nous avons donc décidé de poursuivre l’aventure en Bretagne avec seulement quelques membres (anciens et actuels) de la Kevrenn Saint Marc.


Karantez Vro, Anjela, Véronique, Nolwenn : l’amour de la patrie, une affaire de femmes ?

7seizh : Karantez vro écouté par des millions de personnes depuis la reprise-succès de Nolwenn Leroy, le public ne sait pourtant pas que ce poème d’Anjela Duval a été mis en en musique par une jeune femme de notre époque, bien vivante et Bretonne ! Ton sentiment à la sortie du disque de Nolwenn Leroy et aujourd’hui un an après la sortie de “Bretonne” ?

J’ai effectivement mis ce poème d’Anjela Duval Karantez Vro en musique.

” J’ai écrit cette musique pour moi “

J’ai écrit cette musique pour moi en pensant que personne d’autre ne la chanterait. J’ai été contactée par la maison de disques de Nolwenn Leroy alors qu’elle avait déjà enregistré le morceau… J’avoue que cela m’a un peu perturbée. J’avais l’impression qu’on me prenait une partie de moi-même. Je pense qu’on se doit quand même d’en parler aux créateurs d’œuvres avant de les reprendre. De plus, je n’étais pas inscrite à la SACEM. Ce que je me suis empressée de faire et cela ne s’est pas fait facilement non plus… Problème de dépôt antérieur avec une autre musique par exemple…

” Un coup de projecteur non négligeable à la version de Gwalarn ! “

Mais actuellement j’ai dépassé ça. Je suis tout à fait sereine par rapport à celle que j’appelle encore « ma chanson ». Et je respecte tout à fait la chanteuse qu’est Nolwenn. Je pense qu’elle a bien respecté l’esprit du morceau. Et cela grâce aussi sans doute à son professeur de breton Serge Plénier. C’est bien aussi qu’une chanson vive à travers plusieurs interprètes… Et cela a donné un coup de projecteur non négligeable à la version de Gwalarn !

7seizh : Ton actu ? Tes projets ?

” La suite reste à écrire… “

Actuellement, je fais une pause musicale. Peut-être le projet de repartir avec Gwalarn ? Déjà, nous pensons sortir un coffret, cette année 2012, comprenant les deux derniers CD enregistrés et peut-être un ou deux morceaux inédits.

La suite reste à écrire…

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