Gilbert le Bris, député de Concarneau, sur la crise européenne : « les nations doivent conserver leur rôle »

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Mardi 21 février, l’Assemblée nationale a voté le traité instituant le Mécanisme européen de stabilité (MES).  Celui-ci, appelé à remplacer le Fond européen de stabilité financière (FESF), doit offrir une capacité de prêt de 500 milliards d’Euros pour venir en aide aux états en difficulté. Pour ses promoteurs, il s’agit d’un outil de plus long terme pour assurer une meilleure solidarité à l’échelon européen ; pour ses détracteurs, d’un nouvel avatar de l’austérité.

La majorité du groupe PS s’est abstenue sur ce vote, une vingtaine de députés votant même contre en compagnie du Front de Gauche et des Verts. Suite à ce vote, le spécialiste des questions européennes et correspondant de Libération à Bruxelles Jean Quatremer a dénoncé “le degré de confusion intellectuelle de la gauche sur l’Europe.” Daniel Cohn-Bendit a lui déclaré qu’ « Il y a une hypocrisie dans la position de la gauche française, Verts y compris. Le Mécanisme européen de stabilité est l’une des rares choses positives qu’on a pu arracher au Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement et surtout à l’Allemagne : il instaure une solidarité financière entre les pays de la zone euro dont on a besoin si l’on ne veut pas laisser sombrer le Portugal, l’Italie, l’Espagne ou la Grèce. […] Le refuser, c’est injurier l’avenir. »

Gilbert le Bris, proche d’Arnaud Montebourg, a été avec François de Rugy (EELV) l’un des deux députés bretons à voter contre le MES. L’élu socialiste de Concarneau nous explique pourquoi il s’oppose à ce mécanisme.

 

 7seizh : M. le député, pourquoi avez-vous choisi de voter contre le traité instituant le Mécanisme européen de stabilité (MES) mardi dernier ?

 Gilbert Le Bris : J’ai décidé de voter contre la ratification du traité instituant le mécanisme européen de stabilité (M.E.S) et la modification de l’article 136 du Traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne qui en permet la création pour, entre autres, 3 raisons majeures :

– Ce traité crée un lien, par son 5è considérant, avec le traité sur la stabilité, la coopération et la gouvernance dans l’Union économique et monétaire (TSCG), qui, lui, impose impérativement la « règle d’or » dans la Constitution, ce à quoi je suis totalement opposé.

– Alors que la Banque Centrale européenne (B.C.E) aurait pu être utilement dotée de nouveaux moyens, je considère comme peu pertinent que le M.E.S soit une nouvelle institution, au statut de société anonyme, et dont la gouvernance échappe à tout contrôle démocratique, au terme même de ses statuts et alors que les sommes en jeu sont considérables.

– Il m’apparaît essentiel de cesser d’administrer uniquement la potion amère de l’austérité aux pays européens, alors même que l’Europe devrait se préoccuper d’abord de la croissance, pour les pays en difficulté comme pour les autres.

 

L’électorat breton est traditionnellement très favorable à l’idée européenne. N’avez-vous pas peur de le heurter par ce type de position ?

Non je suis en accord avec mes convictions. Bien que favorable à l’Europe et conscient des efforts à faire pour assurer la stabilité de la zone euro, les orientations prises actuellement me semblent nuire à son développement.

 

Dans le contexte de la crise actuelle, êtes-vous opposé à la solidarité financière entre états à l’échelle de l’Europe ?

Non, à partir du moment où l’on a créé l’Euro, il est bien évident que la solidarité doit exister. Mais la solution n‘est surement pas de s’enfoncer dans le cercle vicieux de l’austérité bien au contraire et faute de prendre cette nouvelle orientation c’est le projet européen lui-même qui périra !

 

Sur le principe, êtes-vous favorable au fédéralisme européen, autrement dit à un véritable pouvoir européen démocratique, indépendant des états et doté de compétences étendues ?

Je suis favorable à deux choses : la première est celle, indispensable, d’un pouvoir européen démocratique doté de pouvoirs résultant d’une élection au suffrage universel. La deuxième est le fait que les nations doivent conserver leur rôle et ne pas abandonner des pans entiers de souveraineté à des instances européens non démocratiques.

Merci à vous.

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