Michel Balbot : sur la réunification, « Je défendrai toute proposition permettant de faire évoluer ce dossier positivement et ce de quelque bord politique qu’elle vienne »

Michel Balbot, candidat désigné par Europe Ecologie pour les législatives à Guingamp, est officiellement soutenu par le PS et l’UDB.  Langue bretonne et actions d’Ai’ta, réunification et autonomie mais aussi Mécanisme européen de solidarité, construction européenne et fédéralisme : L’ancien maire de Mellionnec et Conseiller régional de Bretagne fait le point avec 7seizh.

 

La langue bretonne

7seizh : Le collectif Ai’ta, qui mène régulièrement des actions pour promouvoir la langue bretonne, a récemment fait l’actualité lors une action menée à la poste de Guingamp. Un de ses militants a d’ailleurs été interpellé à cette occasion. Comment vous positionnez vous par rapport à ce genre d’action ? 

Michel Balbot : Cette interpellation est grotesque. Elle montre les tentatives de normalisation par la répression de l’action militante. Qu’en serait-il d’un monde où les personnes seraient cantonnées dans un rôle de producteur-consommateur asexués et interdit de penser en dehors de débats organisés et calibrés. L’histoire nous apprend que ces mondes sans âmes sont dangereux pour la démocratie et pour l’Homme.

 

7seizh : Plus généralement, êtes-vous favorable à des mesures allant vers l’officialisation de la langue bretonne ?

MB : Oui. La République ne doit plus avoir peur de développer l’utilisation des langues régionales. Il est devenu ridicule de continuer à penser qu’elles sont un danger pour l’unité de la nation française. Elles sont aujourd’hui une richesse et correspondent à une demande sociale. La ratification de la Charte des Langues Régionales doit être un objectif d’action politique de très court terme

 

Un statut particulier pour la Bretagne ?

7seizh : Etes-vous favorable à la réunification de la Bretagne ? En cas d’élection, avez-vous l’intention de vous engager sur le sujet,  y compris de manière transpartisane, à l’image de ce qu’ont fait des députés comme François de Rugy et Marc Le Fur ?

MB : Depuis les premiers jours de mon engagement politique j’ai défendu la réunification de la Bretagne. La construction d’un espace de vie basé sur une histoire et une culture commune donnera à la Bretagne une dimension indispensable à son rayonnement. Je défendrai toute proposition permettant de faire évoluer ce dossier positivement et ce de quelque bord politique qu’elle vienne.

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7seizh : Etes-vous favorable au transfert de compétences législatives pour la Bretagne, autrement dit à un statut d’autonomie ?

MB : Je suis opposé au transfert de compétences législatives. Le sujet n’est pas là et le statut d’autonomie ne le justifie plus dans le cadre d’une Europe fédérale que je souhaite construire. Je ne peux me satisfaire de l’idée que, dans un statut il faut bien le reconnaitre plus proche de l’indépendance que de l’autonomie, un groupe de pression économique prenne le pouvoir sur ce territoire même de façon démocratique et mette à bas toute une législation devenue universelle sur le social ou l’environnemental par exemple.

Je plaide en revanche pour un transfert de compétences élargie à tout ce qui n’est pas régalien et surtout à un transfert du pouvoir réglementaire auprès des collectivités en particulier du Conseil régional.

Cela demande que les lois votées aux niveaux français ou européen soient simples et courtes, qu’elles rappellent l’universalité du message sur le sujet qu’elle traite, les objectifs collectifs à atteindre et qu’elle laisse une très large place à l’adaptation territoriale. C’est la base d’un fédéralisme différencié qui s’oppose au confédéralisme.

 

La construction européenne

7seizh : Sur le principe, êtes-vous favorable au fédéralisme européen, autrement dit à un véritable pouvoir européen démocratique, indépendant des états et doté de compétences étendues ?

MB : Oui, je pense que c’est la seule organisation politico-administrative capable de donner du sens à la vie de nos concitoyens. C’est le seul projet capable de redonner au politique l’occasion de proposer une trajectoire à son action en libérant les énergies à tous les niveaux, en donnant à chaque personne une capacité d’engagement personnel quel que soit le niveau où elle se trouve.

 

7seizh : Le Mécanisme européen de stabilité (MES) a été adopté par l’Assemblée nationale fin février. Appelé à remplacer le Fond européen de stabilité financière (FESF), il doit offrir une capacité de prêt de 500 milliards d’Euros pour venir en aide aux états en difficulté. Au sein d’Europe écologie, les députés à l’Assemblée nationale (François de Rugy notamment) ont voté contre avec le Front de gauche et l’aile gauche du PS, le présentant comme le bras armé de l’austérité pour l’Europe. De son côté, Daniel Cohn-Bendit déclarait : il instaure une solidarité financière entre les pays de la zone euro dont on a besoin si l’on ne veut pas laisser sombrer le Portugal, l’Italie, l’Espagne ou la Grèce. […] Le refuser, c’est injurier l’avenir. » Comment vous positionnez vous sur cette question ?

MB : Cette contradiction que vous soulevez dans la position de deux leaders d’EELV montre bien la difficulté qui est celle des fédéralistes dans l’organisation d’aujourd’hui. Nous sommes tous très favorables à toute avancée permettant la responsabilité commune de notre avenir. En ce sens la position de Daniel Cohn-Bendit est fidèle et conforme à tous nos engagements.

Le MES est un outil indispensable à l’évolution des mentalités égoïstes des états. Il est mal boutiqué car bridé par un Conseil Européen frileux mais était-il possible de faire mieux dans ce contexte ? Par contre, F. de Rugy dénonce avec raison l’absence de dynamique dite « de croissance » en particulier sur les chantiers de la transformation écologique et sociale de la société.

Cela me rappelle les débats sur le Traité Constitutionnel Européen qui nous avaient divisés à peu près sur les mêmes arguments. A chaque fois le fédéralisme régresse.

Merci à vous.

7 COMMENTS

  1. Que les choses soient bien claires: Michel BALBOT est bien en faveur de l’autonomie !!!
    Certes en défaveur de l’indépendance pour l’instant, mais bien en faveur de l’autonomie !!!

  2. Il y avait une petite coquille dans l’article sur la question du statut d’autonomie justement. Une seule lettre… Mais qui change pas mal de chose : « Je suis opposé au transfert de compétences législatives. Le sujet n’est pas là et le statut d’autonomie ne le justifie plus dans le cadre d’une Europe fédérale que je souhaite construire. »

  3. Il me semble que si, sur la durée de la prochaine mandature (2012-2017) à laquelle se présente actuellement Balbot, si on réussit à déjà obtenir la réunification de la Bretagne et à obtenir le transfert du pouvoir règlementaire au niveau du Conseil Régional, on sera quand même sur la bonne voie pour pouvoir envisager les étapes suivantes, non !??!!

    cf également la remarque de Kévin ci-dessous sur l’exemple du processus qui a eu cours au Pays de Galles…

  4. Je suis surpris par la réponse de Michel Balbot sur le sujet de l’autonomie, qui n’est normalement pas un tabou à EELV. Au contraire, la candidate Eva Joly s’est positionnée favorablement à cette option, estimant que l’autonomie régionale ne mettait pas en péril l’Europe et les Etats qui la constituent. Je pense qu’il s’agit d’une circonvolution politico-correcte de la part d’un candidat aux législatives. De plus l’autonomie régionale devient un standart en Europe. L’Italie y est même parvenue et de longue date (Val-d’Aoste, Tyrol du sud, Sardaigne). Refuser aux Bretons de disposer de nouvelles compétences législatives, c’est aller à l’inverse de l’histoire…

  5. Je suis surpris que l’UDB soutienne un homme qui s’oppose à l’autonomie de la Bretagne sous prétexte que dans le cadre d’une Europe fédérale, cela n’aurait pas de sens. Tout d’abord, nous sommes très loin d’une Europe fédérale. Ensuite, il oublie ce monsieur que l’Allemagne et l’Autriche sont des Etats fédéraux et que les Länder ont certainement trouver leur place dans l’Union européenne et que d’autres régions comme le Pays de Galles et l’Ecosse ont bénéficié d’une dévolution. Alors pourquoi refuser à la Bretagne ce qui est possible en Corse et ailleurs en Europe ? Il est pour la réunification mais c’est tout. Or, le réunification de la Bretagne, que je souhaite, n’est qu’un premier pas d’une longue marche qui doit aboutir à une autonomie bretonne de plus en plus accrue et pourquoi, mais c’est utopique, l’indépendance dans le cadre de l’Union européenne.

    • Bonjour,

      Pour mettre en perspective, ce que propose M. Balbot sur cette question de pouvoir réglementaire, ce sont les mêmes compétences dont disposait l’Assemblée nationale Galloise à sa création en 1999 (un pas supplémentaire, législatif celui-la, ayant été franchi en 2006).

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