Présidentielle française 2012 : premier round gagné par Hollande, Sarkozy loin d’être KO, Le Pen en arbitre.

Le premier tour de l’élection présidentielle française a vu les deux favoris se qualifier pour le second round : François Hollande (PSF) à 28.6%, Nicolas Sarkozy (UMP) à 27.2%. Cela dit, l’écart de 1.4 points est l’un des plus faibles de la 5ème république entre les deux finalistes.  Le score du président sortant est un démenti aux médias français qui depuis maintenant 2 mois prédisaient un effondrement du candidat de l’UMP. Certains annonçaient déjà un « 21 avril à l’envers » avec une finale Hollande / Le Pen (FN).

Le score de cette dernière et celui de l’autre candidat frontiste Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche) constituent un deuxième démenti pour les médias parisiens. En effet, le score du FN (17.9%) a une nouvelle fois été sous-estimé et celui du FG (11.1%) surestimé, si bien que certains voyaient déjà le sénateur socialiste en troisième homme. Marine Le Pen réalise un score jamais atteint par le FN, la plaçant en principale arbitre du deuxième tour. Une partie de l’explication des scores des deux Fronts réside dans le transfert de leurs voix entre l’un et l’autre dans les milieux populaires. Moment emblématique de ce phénomène : le discours de Jean-Luc Mélenchon sur la plage du Prado, à Marseille, qui avait fait peur à certains électeurs du Front de Gauche quand le sénateur socialiste avait souhaité instaurer la fraternité « des deux côtés de la Méditerranée » et déclaré que « notre avenir c’est le métissage ».

François Bayrou (9.1%) et Eva Joly (2.3%), les deux seuls candidats à proposer une certaine reconnaissance politique à la Bretagne, subissent tous les deux un cuisant échec, encore plus en France qu’en Bretagne. Les autres candidats sont en-dessous de 2%.

Il ne faut pas oublier le score de l’abstention, arrivée troisième. Et c’est sans compter les personnes qui ne se sont même pas inscrites sur les listes électorales…

Les vieux ont beaucoup voté pour les deux candidats finalistes, les jeunes, moins légitimistes, pour Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, candidats présentés comme contestataires. Ces deux derniers ont aussi eu les faveurs des habitants des zones frappées par le chômage et la désindustrialisation. La Bretagne et le Pays Basque Nord partagent en commun des scores plus bas qu’en France pour Marine Le Pen, et des scores moins mauvais pour François Bayrou et Eva Joly. Si certaines régions de la périphérie de l’Hexagone comme l’Alsace, la Savoie et la Corse ont bien résisté à la poussée du PS, gardant Nicolas Sarkozy en tête comme en 2007, les DOM français, à l’économie sous perfusion, ont de nouveau placé le PS largement en tête : Guyane (42%), Réunion (53.3%), Antilles(55%). Quasiment toutes les grandes villes de Bretagne se rapprochent des scores de ces territoires coloniaux (Lorient 34.2%, Saint-Brieuc 35.7%, Nantes, Saint-Nazaire, Brest et Quimper autour de 37%, Rennes quasiment à 40%).

La tactique de l’UMP et celle du PSF ont été radicalement différentes. L’UMP a dès le départ intégré différents satellites : Nouveau Centre de Hervé Morin, Parti Démocrate-Chrétien de Christine Boutin, Radicaux de Jean-Louis Borloo… En revanche, le PS a laissé ses satellites (eux-mêmes souvent des regroupements de différents partis) lancer ses candidats au premier tour pour mieux servir de rabatteur au second : Jean-Luc Mélenchon pour le Front de Gauche (Parti Communiste Français, Parti de Gauche…), Eva Joly pour  Europe Ecologie (Les Verts, UDB…), Philippe Poutou pour le NPA. En effet, tous ces partis avaient déjà fait des pré-accords avec le PS en vu des législatives et ont donc appelé à voter François Hollande dès le soir du premier tour. François Hollande a donc un report de voix sûr pour le deuxième round. Son intérêt est de continuer à bouger le moins possible pour maintenir ce rapport de force en sa faveur.

Ce n’est pas le cas de Nicolas Sarkozy qui, à droite, est fragilisé face aux deux candidats anti-système de la campagne, Marine Le Pen et François Bayrou. Ces deux-là ont intérêt à faire exploser la bipolarisation du paysage politique français voulu par l’UMP et le PSF, dans une stratégie personnelle de conquête du pouvoir suprême. Du côté des états-majors FN et Modem, on souhaite donc ardemment un échec de Nicolas Sarkozy et une explosion de l’UMP sur fond de guerre des chefs. Marine Le Pen pourra ainsi bâtir sa « nouvelle droite » ou droite populaire en élargissant sa base, stratégie déjà à l’œuvre avec succès dans plusieurs pays européens. François Bayrou, à partir de son « noyau dur » de 10%, pourra construire un centre de conquête. C’est peu de dire qu’à  l’UMP, on s’inquiète de savoir où iront les voix frontistes et centristes, entre UMP, PSF, vote blanc et abstention… Nicolas Sarkozy semble obligé de continuer sa stratégie de « droite dure » même si elle a échoué à capter les voix frontistes au premier tour, au risque de perdre de précieuses voix centristes. En fait, tout va se jouer sur sa capacité à rassembler sur sa personne les veaux pour réussir à insuffler une nouvelle dynamique permettant de rafler de justesse la victoire à François Hollande. Mais ce ne sera pas aussi facile qu’en 2007.

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