Hollande, la grande illusion

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ImageA l’heure où j’écris cet article, le nom du vainqueur de l’élection présidentielle n’est toujours pas connu. Par contre, on sait le nom d’un des grands perdants de cette campagne 2012 : la Bretagne.
Aucun des thèmes importants pour notre pays n’a été abordé. Bien entendu, nous ne vivons pas en dehors du monde : le pouvoir d’achat, les retraites, la désindustrialisation, la dette ou le nucléaire sont aussi des thématiques qui nous concernent mais il existe une série de sujets qui nous sont propres ou que nous partageons avec d’autres minorités de l’Hexagone et que nous avons été bien incapables de faire entrer dans le débat présidentiel. L’autonomie, le problème énergétique breton, les algues vertes, les déserts médicaux, la réunification, l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, les langues de Bretagne, le coût de l’immobilier, toutes ces thématiques ne figuraient souvent même pas dans les programmes des candidats. Certaines formations bretonnes ont pourtant essayé de faire entrer ces problématiques dans l’actualité, je pense notamment à la réunification et au statut des langues de Bretagne (Breton et Gallo) mais jamais ces sujets n’ont été sérieusement abordés par les états-majors parisiens.

De notre côté nous avons essayé de forcer les portes des staffs présidentiels pour contraindre les candidats à se positionner clairement notamment sur la réunification, les l’autonomie, les langues ou le problème énergétique. On se souvient notamment des interviews de Franck Louvrier ou de Stéphane Le Foll, les collaborateurs les plus proches des deux principaux candidats dans 7seizh. A chaque fois, les réponses apportées étaient laborieuses, voir arrachées car, selon eux, «ces sujets n’intéresse pas les français». Étant peu suspect de complaisance envers le candidat Sarkozy, je peux donc même préciser que le nantais Franck Louvrier paraissait beaucoup plus intéressé par les questions bretonnes que pouvait l’être Stéphane Le Foll. Les réponses de Louvrier ne répondent pas à nos attentes mais, au moins, il y avait derrière ces réponses, une vraie réflexion et une volonté d’explication. Derrière les réponses de Stéphane Le Foll il n’y avait qu’emportement et agacement devant des questions qui «n’intéressent-pas-les-français». De plus, celui-ci avouait bien volontiers que le candidat Hollande ne s’était jamais vraiment posé la question de la réunification ou d’un statut particulier pour la Bretagne.

Donc, n’est il pas pathétique de voir un tel engouement pour le vote Hollande de la part de certaines formations bretonnes ou d’Europe Ecologie ? Franchement ! Pour une vague promesse de ratification de la charte des langues régionales ? Celle-ci ne figure même pas dans l’agenda mis au point par Laurent Fabius qui détaille point par point les mesures qui seront prises par le candidat socialiste la première année s’il est élu ! Mallozh doue ! Existe t-il une «maladie bretonne» qui consiste à aller systématiquement prendre fait et cause fleur au fusil pour un chaperon français à chaque échéance en espérant que celui-ci nous sera reconnaissant «un jour» ? Les 5 prochaines années, ceux qui appellent à voter Hollande avec ou sans enthousiasme auront à l’Elysée un président qu’ils auront choisi. «Dès novembre 2011 nous avons appelé à voter Hollande !» se vante l’UDB, ah bravo ! Alors pas de couineries et de cris d’orfaies devant les futures promesses non-tenues et les volte-faces ! Pas de pleurnicheries quand Jean-Marc Ayrault sera à Matignon. Et surtout, surtout aucune lamentation devant la bipolarisation de la vie politique et le poison du vote utile. Les gens votent utiles aussi parce qu’ils savent que les aigles de l’avant-premier tour seront toujours des caniches dans l’entre-deux tours.

Et après tout ce petit monde se demande pourquoi le Pen est à presque 20% ? Parce que pour vraiment vraiment mais alors vraiment bien gueuler qu’il y en a marre, le pékin moyen au Lou-du-Lac ou à Plénée-Jugon, préfera toujours le vote Le Pen au vote Joly ou Mélenchon. Mais oui ! Depuis 74 c’est le même cirque, «l’union de la gauche», «l’appel à battre la droite» et toutes ces fadaises. En 30 ans, toutes ces sornettes ont intronisées Le Pen père et fille comme seules vraies alternatives au Système. Pathétique. Et le pire c’est que les Verts et le Front de Gauche eux, au moins, ont monnayé leur soutien pour le second tour : quelques circonscriptions et deux-trois postes de secrétaire d’état si Hollande est dans un bon jour. Les bretons, eux, n’ont rien en échange. Ah les colonisés du ciboulot !…

Le 06 mai, Breizh Impacte appelle à mettre un bulletin «gwenn-ha-du» dans l’urne… autorise-toi à avoir un peu de cohérence camarade !

1 COMMENTAIRE

  1. Si chaque urne de Bretagne contient un bulletin gwenn-ha-du, j’offre le champagne à Fabien! Car cela voudra dire que ce “vote” représentera au moins quelque chose! J’ai dépouillé des scrutins plus d’une fois à Lorient et les appels ridicules de cette sorte, je n’en ai vu aucune trace dans les urnes. Aucun bulletin.

    Le problème avec les contestataires, c’est qu’à part contester, ils ne proposent pas grand chose et sont donc aussi ridicules que ceux qui, comme moi, appellent à voter Hollande, pas par gaité de coeur, mais parce qu’entre deux maux, il faut choisir le moindre. Nous vivons, c’est triste j’en conviens, selon les règles de la 5ème République où on nous demande de choisir entre deux. Entre nous, mon choix est fait. L’autre nous promet la disparition pure et simple des collectivités et un monde toujours plus libéral.

    Alors bien sûr, on peut s’amuser et dire qu’on aurait préféré Eva Joly au deuxième tour, mais ce n’est pas le cas. Ne pas voter, au final, ça paraît radical, mais qu’a-t-on fait à part laisser le choix aux autres? Personnellement, je suis pour la reconnaissance du vote blanc, mais qu’on me dise une bonne fois ce qui arrivera quand ce vote sera (et il le sera) majoritaire?

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