Paul Molac : les dessous d’une candidature

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Paul Molac commentant sa victoire le dimanche 17/06 à Gourhel

«La circonscription était gagnable, lors de la précédente législative en 2007 où je m’étais moi-même présentée, nous avions perdu à 300 voix près !» Béatrice Le Marre, maire PS de Ploërmel l’assure : la 4è du Morbihan n’était pas une circonscription difficile pour la gauche. Pourtant les alliés UDB (gauche autonomiste) qui avaient investi Paul Molac ne cachaient pas leur scepticisme au lendemain des résultats

 «Au final on s’en tire bien et pourtant la circonscription était compliquée !» l’UDB savoure sa victoire. Malgré une alliance qui dure depuis 1977, les rapports entre les deux formations sont parfois houleux, même et surtout quand le troisième larron Europe Ecologie Les Verts pimente les scènes de ménage. «La circo de Ploërmel était la plus difficile offerte par Europe-Ecologie les Verts à Régions et Peuples Solidaires !» (le groupement de partis régionalistes et autonomistes au niveau hexagonal dont fait partie l’UDB) rappele t’on à l’UDB. Car pour le PS, EELV et l’UDB est souvent la même entitée au final. Des circonscriptions leur sont proposées, à charge pour eux de les répartir entre les deux formations. Et les rapports entre les Verts et les autonomistes sont du registre “je t’aime moi non plus” où les coups bas ne manquent pas. A Ploërmel, l’option “Molac” plaisait à tout le monde, c’était toujours ça de gagné dans le fragile équilibre Verts-UDB-PS.

Le galeux Guéant

Ceci étant, malgré l’absence du psychodrame habituel, la circonscription s’étendant des limites du 22 et du 35 aux limites du 44 était loin d’être gagnée d’avance : détenue par la droite sans interruption depuis 1958, les habitudes de vote risquaient de peser lourd. Mais dans ce coin de l’Est-Morbihan, la sociologie change en profondeur. Qui aurait pensé que la PS Béatrice Le Marre réussisse à prendre en 2008 la mairie de Ploërmel à Paul Anselin et ce après 31 ans de mandat ? Les 13 voix d’écarts à l’époque laissaient cependant un énorme point d’interrogation quant à l’issue de l’élection du 14 juin. Interrogation accentuée par une candidature «divers gauche» soutenu par une partie du PS local. Heureusement pour le candidat Molac, la personnalité de François Guéant, imposée par Paris, laissait entrevoir un espoir. Exécré par les maires du cru, le fils de Claude Guéant, dont l’entourage a multiplié les gaffes lors de la campagne, n’avait même pas été adoubé par le précédent député UMP, Loïc Bouvard qui avait fait ouvertement campagne pour un candidat centriste. En théorie, le total des voix Droite + Centre du 10 juin pesait un confortable 56% des suffrages, à l’arrivée François Guéant perd plus de 5000 voix dans l’entre-deux tours. L’UMP, comme le PS à La Rochelle ou le Front de Gauche à Hénin-Beaumont, aurait bénéfice à phosphorer sur la notion de parachutage.

Le pied de nez des autonomistes

Malgré l’accord général sur le nom “Molac”, la 4ème circonscription du Morbihan était, selon l’accord EELV-UDB-PS, bien la seule circonscription où l’UDB avançait sous ses couleurs tout en bénéficiant de l’étiquette et du soutien des deux autres formations. Le parti autonomiste est donc aujourd’hui en droit de revendiquer un député alors même que les 6 autres candidats investis par le parti ont fait des scores au premier tour tournant autour des 3% (à part Thierry Stiefvater dans le 22). Un déséquilibre qui révèle un beau coup politique de la part des autonomistes.

Une identité politique en question

Mais aujourd’hui, c’est l’identité politique du nouveau député Molac qui pose justement question : Autonomiste ? Régionaliste ? Le militant breton a toujours été discret sur la question. Pourtant, secret de Polichinel, celui-ci était membre de l’UDB jusqu’à ces derniers mois. Et un retour post-élection n’est pas exclu. Mais la question cache avant tout une gêne par rapport à l’étiquette «autonomiste» alors même que le mot «autonomie de la Bretagne» ne fait plus peur. Poids de l’histoire, mots tabous et confusion des concepts. Régine Le Viavant, la suppléante (PS) de Paul Molac assurait hier soir être favorable à un statut d’autonomie pour la Bretagne, Béatrice Le Marre, elle même, rejette le terme «autonomiste» tout en assurant «je ne suis pas pour un pouvoir jacobin non plus. Je compte sur un acte de décentralisation très fort de la part du nouveau gouvernement et on se retrouve là-dessus avec l’UDB et Paul Molac.» Par ailleurs, interrogée par nos soins sur le sujet, elle réitère son engagement personnel pour la réunification de la Bretagne.

Pourtant même si le terme autonomie fait grincer des dents au PS, le marché était connu de tous. Le directeur de campagne de Paul Molac était Tanguy Cheval, membre du bureau politique du parti autonomiste et les discours de Mona Bras et de Gaël Briand, respectivement porte-parole du parti et rédacteur en chef du mensuel de l’UDB «Le Peuple Breton» prononcés durant la campagne étaient sans ambiguité : «quand je suis passé à Ploërmel, j’ai fait un discours où j’ai clairement dit que j’étais autonomiste» assure Gaël Briand. De surcroît, il sera bien dur pour Paul Molac de rester flou sur la question du statut d’autonomie “avancée” (en clair, comparable à ceux de la Catalogne ou de l’Ecosse) que réclame l’UDB pour la Bretagne depuis des années. Gaël Briand, lors de son discours à destination des jeunes lors d’un meeting de soutien à Ploërmel le 31 mai dernier avait clairement posé les choses en ces termes : “Je suis persuadé que la centralisation est pour beaucoup dans le désengagement des français. Aujourd’hui, quand je dis que je suis autonomiste, on me prend pour un cinglé… pourtant, je connais mieux les institutions françaises que la plupart des gens qui me qualifie de ce doux nom d’oiseau. Les citoyens veulent des enfants autonomes, des anciens autonomes, mais dès qu’on leur parle de régions autonomes, ils nous regardent avec des yeux ronds.”

Reste à savoir ce que va être l’attitude de Paul Molac sur les bancs de l’assemblée. Les députés PS, très virulents en Bretagne sur les questions de transferts de compétence, sont beaucoup plus mesurés et frileux à Paris. Paul Molac réussira t’il à faire bouger les lignes sur les trois sujets chauds : Langues de Bretagne, réunification et transfert de compétences ? Le nouveau groupe Europe Ecologie Les Verts laissera t’il ces questions qui fâchent de côté ou mettront ils la pression sur le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, adversaire acharné et historique de la réunification de la Bretagne ?

Seul le discret Paul Molac pourra apporter des réponses claires sur ces sujets. Il sait d’ores et déjà que dans le mouvement breton, les attentes sont immenses…

3 Commentaires

  1. C’était la circo la plus dure de l’accord, mais une très beau challenge. “Pourrie”, n’est pas le bon mot assurément au regard du plaisir qu’a été la campagne pour les militants de toutes les formations.

  2. responsable des négos dans le 56 pour UDB, sans commenter la tonalité de ce billet, je veux préciser que lorsque qu’avec mes collègues UDB ou autres, nous avons abordé il y a quelques mois la question, jamais nous n’avons qualifié ploermel de circonscription “pourrie”. Bien au contraire. Il se peut que un ou deux militants exprime les choses de la sorte, pour des raisons variées, mais je peux témoigner que ni au sein des responsables des élections à l’udb, ni d’ailleurs au sein des responsables des 2 autres partenaires eelv et ps cette expression n’a eu cours, car l’observation exprimée par Béatrice le Marre, nous étions nombreux à l’avoir eu aussi. Au contraire, dans les “statistiques préparatoires”, tous s’accordaient autour de la table à placer cette circo au rang des “sérrées mais basculables”. Aucun territoire n’est “pourri”, ce terme est peu respectueux des citoyens. Je voulai préciser ce point. Pour le reste, il y a des choses que je ne perçois pas de la même façon que l’auteur, mais là, c’est une question de focale, l’important étant de dire que les citoyens de toutes les familles de gauche ancrés sur le territoire ont su montrer que le terme réfutté plus haut n’est pas juste, que seul compte les dynamiques collectives du terrain.

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