Autonomie, réunification : Les socialistes bretons sont-ils hyprocrites ?

Le Parti Socialiste tiendra son congrès les 26, 27 et 28 octobre à Toulouse. A l’occasion de cet évènement majeur dans la vie du parti, les militants débattront et voteront des motions présentées au préalable par des adhérents, des courants, voir des fédérations entières. 7Seizh a tenu à lire consciencieusement la totalité des motions notamment celles soutenues ou initiées par les fédérations bretonnes du PS. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’à l’intérieur de la machine PS, les positions des sections bretonnes tranchent singulièrement avec le discours affiché en Bretagne.

Récemment, un élu d’un parti breton m’assurait que le PS, en Bretagne, comptait de farouches autonomistes. Gwendal Rouillard (député de la circonscription de Lorient), Jean-Yves Le Drian (ministre de la Défense) et bien d’autres, «avaient des discours où les exemples catalans, écossais et gallois étaient fréquemment cités» et, de fait, allaient appuyer, à n’en point douter, le processus d’autonomie de la Bretagne.

La lecture des motions du prochain congrès du PS déposées par les militants socialistes bretons douchent sans ambiguités, les espoirs que pouvaient entretenir les optimistes. «Pour une république des territoires» est l’une des motions présentée par les «bretons» du PS. Parmi les initiateurs on retrouve les noms de Bernard POIGNANT – Président du Bureau Régional d’Etudes et d’Informations Socialistes (BREIS), Union régionale des socialistes de Bretagne ; Thierry BURLOT – Premier secrétaire de la Fédération des Côtes d’Armor ; Frédéric BOURCIER – Premier secrétaire de la fédération d’Ile et Vilaine ; Gwendal ROUILLARD – Premier secrétaire fédéral du Morbihan ; Marc COATANEA – Premier secrétaire fédéral du Finistère, Sylvie ROBERT, etc…

Et là, après le passage de pommade obligé au nouveau président de la République, François Hollande, les socialistes bretons modèrent d’emblée les espérances : «Convaincus que décentraliser, c’est en effet et tout d’abord réformer l’État, nous plaidons pour que celui-ci soit conforté dans ses missions régaliennes, d’éducation, de justice, de sécurité, de garant du cadre normatif national, de l’équité territoriale et de l’évaluation des politiques publiques».

C’est à la lecture de ce genre de déclarations qu’on se rend compte que «les exemples gallois, catalans, écossais» sont bien éloignés de ce que le Parti Socialiste breton peut se permettre comme folies décentralisatrices.

Surprise cependant ! Un peu plus loin, les termes «autonomie», «autonomie financière» apparaissent. Qu’on se rassure, tout cela rendre dans le cadre d’une décentralisation à la papa et on évite soigneusement de toucher aux fondements de l’organisation territoriale jacobine : les départements sont conservés et aucun domaine n’est avancé dans le cadre du transfert de compétences.

Mais le plus révoltant est que la question de la réunification de la Bretagne n’est absolument pas abordée par des socialistes bretons. En Bretagne, ceux-ci multiplient les déclarations de bonnes intentions et les votes sans enjeux, au sein du PS aucune mention du problème.

Il est vrai qu’en ces temps de distribution de postes, de délégations et de missions diverses il convient de ne pas froisser le premier ministre Jean-Marc Ayrault, très pointilleux sur la question du statu-quo.

Le parti socialiste étant organisé en «courants», des militants socialistes bretons se retrouvent dans le tour de table d’autres motions. «Pour une décentralisation avec du souffle» regroupe, par exemple, Pascal GILBERT et Olivier DULUCQ, des Côtes d’Armor et du Finistère mais également Thierry BURLOT, premier fédéral du PS des Côtes d’Armor, etc…Encore plus timide que la précédente, ce texte ne brille guère par son audace.

«Bâtir une république des territoires», où l’on retrouve parmi les signataires Pierrick MASSIOT, nouveau président du conseil régional de Bretagne en remplacement de Jean-Yves LE DRIAN, aux côtés de l’ensemble des présidents de région socialiste dont… Jacques AUXIETTE, président de la région des Pays de la Loire, reste dans la même veine navrante.

La dynamique décentralisatrice y est, par exemple, vite encadrée : «Décentraliser, c’est d’abord réformer l’Etat, qui doit être conforté dans ses missions régaliennes, d’éducation, de justice, de sécurité, de garant du cadre normatif national, de l’équité territoriale et de l’évaluation des politiques publiques.» Le lecteur attentif reconnaîtra d’ailleurs mot pour mot les termes employés dans «Pour une république de territoires». Même constat plus loin où une phrase de François Mitterrand figurant dans la première motion se retrouve pour illustrer le propos. La personne chargée de faire «la synthèse» des différentes motions sur la décentralisation aura donc une partie du travail mâché.

Mais le plus surprenant vient de «Réussir à gauche par l’ouverture sur la société, le dialogue social, et l’alliance entre l’État et les collectivités locales» (ouf !) présentée par Jacques AUXIETTE, président de la région des Pays de la Loire, Joël BATTEUX, le maire de Saint-Nazaire, adversaire de tout ce qui se rapporte à l’identité bretonne dans sa ville, aux côtés d’une poignée de responsables de la région Pays de la Loire : les maires d’Angers, de Laval, du Mans, de la Roche/Yon ainsi que la garde et l’arrière-garde du conseil municipal de Nantes. L’alliance «régionale» trans-courant est même confirmé par cette phrase «Militants et élus de la région du Premier ministre, nous sommes porteurs de cette expérience qu’il a lui-même mise au cœur de son parcours et que nous proposons de partager dans le cadre de ce congrès.» Les militants et responsables socialistes de la région des PDL ont donc choisi de peser ensemble sur les débats.

Et la dite contribution surprend par son contenu : droit à l’expérimentation des régions, demande de transfert des compétences en matière de gestion des fonds européens en matière agricole ou de cohésion, on ne savait pas le très jacobin maire de Saint-Nazaire aussi téméraire en la matière ! Heureusement les folies expérimentales sont soigneusement limitées :  «Entre centralisme jacobin et fédéralisme la France peut inventer une voie nouvelle qui combine décentralisation et partenariat entre État et collectivités locales dans la définition et la mise en œuvre des politiques nationales.»

Reste le constat que les militants des Pays de la loire savent s’unir là où les militants PS de Bretagne administrative sont incapables de le faire.

Mais la vraie surprise vient des socialistes corses. Dans une motion intitulée «du renouveau corse», ceux-ci n’y vont pas par le droit de la cuillère : « A l’image de ce qu’ont réalisé d’autres grandes régions européennes, nous devons rechercher la meilleure corrélation entre le dynamisme économique et l’autonomie gouvernementale. Le processus de dévolution au Royaume Uni (Pays de Galles, Ecosse) ou d’autonomie régionale mené par l’Italie peuvent nous inspirer… dans leurs objectifs particulièrement.»

Et les autres propositions sont dans la même veine :

1/ La Corse pourrait bénéficier d’une « clause de la région la plus décentralisée », c’est-à-dire la possibilité d’intervenir sur les textes, nationaux ou communautaires, entraînant, pour son administration, un retour en arrière (car s’agissant de textes de portée générale non spécifiques à la Corse mais modifiant les compétences qui lui sont dévolues) ou octroyant davantage de compétences aux régions de droit commun.

2/ Elaborer un statut fiscal. Celui-ci permettrait de dégager des moyens d’action nouveaux et de rééquilibrer les ressources propres dans le sens de plus d’autonomie.»

etc, etc, etc…

La conclusion s’impose d’elle-même : alors que les socialistes bretons brillent par leur manque d’ambition, leur conservatisme et leur déférence vis-à-vis du pouvoir, leurs homologues corses semblent plus en phase avec le mot «progressisme» et les attentes de leur population.

Reste à savoir si, lors des prochaines élections, les autonomistes de gauche de l’UDB et les Verts, mettront autant d’entrain à essayer de convaincre les électeurs bretons de la bonne foi autonomiste du Parti Socialiste en Bretagne.

1 COMMENT

  1. « Les autonomistes de gauche de l’UDB et les Verts, mettront autant d’entrain à essayer de convaincre les électeurs bretons de la bonne foi autonomiste du Parti Socialiste en Bretagne »

    F L pourrait-il essayer d’arrêter d’écrire n’importe quoi ? L’UDB sait pertinement que le PS breton n’est pas « autonomiste ». Elle n’a donc jamais essayé d’en convaincre quiconque. L’UDB est de gauche, c’est vrai, et à ce titre préfère la gauche à la droite. Elle a aussi choisi entre la régression du sarkozysme en matière de décentralisation (cf réforme territoriale) et l’acte III de la décentralisation proposé par le PS. Tout en sachant que l’on sera encore loin du compte.

    La marge de progression vers le « statut particulier pour la Bretagne » imaginé par l’UDB restera importante.Nous en sommes tout à fait conscients et nous continuerons à agir pour y parvenir.

    PM

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