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Publié le: dim, juil 29th, 2012

Bretagne : pour une politique des 5 fronts

Le mouvement breton, dans son ensemble, élection après élection n’arrive toujours pas à sortir de la marginalité politique. Pourtant certaines initiatives sont des réussites indéniables. Mais existe t’il une vision d’ensemble de la «question bretonne» ? Nous avons distingué 5 fronts que le mouvement breton aurait tout intérêt à investir ou à réinvestir…

Front politique. Les partis nationalistes bretons couvrent, en théorie, l’ensemble du spectre politique. Extrême-gauche, gauche-écolos, centre, extrême-droite, même l’anarchisme existe, ou a existé, sous une forme «bretonne». Or force est de constater qu’aucune de ces formations n’arrive à tirer son épingle du jeu quand elle agit sous ses propres couleurs. Au-delà de la question des pratiques politiques où les organisations bretonnes ne brillent souvent pas par leur adéquation avec la population, il convient de réaffirmer les choses : hors d’un positionnement politique centre-gauche / centre-droit point de salut en Bretagne !

Que nous soyions personnellement fascinés par le concept de république des soviets ou de libéralisation totale de l’économie, par les mouvements du Pays Basque sud ou les indépendantistes flamands, il convient de ne pas oublier cette base de travail. La Bretagne est au centre-droit ou au centre-gauche et nulle part ailleurs. Cela n’empêche pas les réduits «rouges» ou «chouans» ici et là mais globalement le paysage politique des bretons reste intrinsèquement influencé autant par la démocratie-chrétienne originelle que par certains avatars (pas tous) de ce qu’on appelle la «deuxième gauche».

Tout mouvement politique breton se situant trop à gauche ou trop à droite ne ferait que précher pour une minorité dans la minorité.

Problème : aujourd’hui, les formations situées à gauche ou à droite de ce large centre sont celles présentant le plus fort activisme et sont les plus indépendantes des formations françaises. Les seuls partis répondant à cette définition d’un «large centre» sont soit phagocités par leur politique d’alignement systématique sur le PS favorisant ainsi le «vote utile» (UDB), soit quasiment inexistants sur le terrain (Parti Breton).

Une formation politique nationaliste en phase avec les habitudes politiques du peuple breton (centre gauche/centre-droit), totalement indépendante des partis français (afin de ne pas subir les effets du vote utile), active sur le terrain et bénéficiant d’un leadership charismatique pourrait sortir le nationalisme breton de sa marginalisation.

Front intellectuel. Négligeant les enseignements du maître en la matière : le philosophe italien Gramsci, le mouvement breton est totalement dépendant des évolutions intellectuelles et politiques de la classe politique française de gauche ou de droite.

L’emsav (le «mouvement breton» en breton) n’a pas réussi à développer une pensée propre et originale hors du duo : réunification/langue bretonne. Même le concept «d’autonomie» ou de «statut particulier» est fort peu popularisé et réactualisé dans le détail. Là où les nationalistes corses ont, par exemple, inventé leur propre corpus idéologique, la moindre «nouvelle vague» issue du marigot politique français est reprise en Bretagne sans grande adaptation.

Au niveau du vocabulaire même et des concepts, l’emsav ne semble pas prendre part à la pourtant très réelle «guerre des mots». L’exemple de l’élection du député Paul Molac illustre parfaitement la chose : alors qu’un homologue corse aurait été «nationaliste» ou qu’un homologue basque aurait été «abertzale», Paul Molac est, au gré des interviews autonomiste/régionaliste/républicain/militantbreton/soucieuxdel’identitédesarégionetouvertsurlemonde/etc…

Pourtant la Bretagne ne manque pas d’intellectuels, de géographes, d’historiens, d’économistes, mais peu d’entre eux osent proposer un corpus de concepts politiques et sociétaux nouveaux, innovants et totalement adaptés à la situation bretonne.

Des «think-thank» existent également. L’institut de Locarn, par exemple, groupe de réflexion lié au monde économique et patronal, ne brille pas par un choix clair en matière de positionnement national et par une production d’initiatives innovantes en matière économique. Gageons qu’un voyage d’étude en Catalogne lui ferait le plus grand bien.

A gauche, le concept de club de réflexion semble totalement absent.

Notons, cependant, l’émergence de «Breizh Impact», think-thank trans-politique, dont les premiers pas sont assez encourageants. A suivre notamment la proposition originale de mise en place d’un «small business act» en Bretagne proposée par le chef d’entreprise Jean-Pierre le Mat.

L’invention d’une pensée politique et économique propre à la Bretagne est donc, plus que jamais, urgente notamment en ces temps de bouleversement économique, sociaux et sociétaux.

Front culturel. Les cours de breton ou de gallo, les écoles bilingues et la montée en puissance des néo-bretonnants sont des armes pour l’accroissement du sentiment national breton. Ces cours et ces écoles progressent partout en Bretagne et les néo-bretonnants participent à la mise en place progressive des germes d’une contre-société brittophone. Pour le gallo d’énormes progrès restent encore à accomplir pour parvenir à ce stade.

Or malgré ce succès incontestable, d’énormes lacunes substistent : la littérature en breton n’a pas réussi à passer le stade de «littérature universelle». Aucun ouvrage écrit originellement en breton n’a, par exemple, provoqué un tel choc que la traduction en langues de grande diffusion s’impose d’elle-même.

Au niveau musical, sportif ou de la danse, le succès de la musique bretonne et du sport breton est autant locale (festoù-noz, bagadoù, cercles celtiques, clubs de gouren) que mondiale (Nolwenn Leroy, Alan Stivell). Pourtant, à de très rares exceptions près, aucun des artistes à succès ne portent un message nationaliste. Et pire, les bagadoù et cercles celtiques, pensés au départ comme «zones de repli» pour l’emsav d’après-guerre, se donnent un mal certain pour gommer le plus possible toute forme de référence au nationalisme breton même le plus modéré.

Ce Front Culturel est essentiel pour résister à l’assimilation autant française que «globale», par contre le mouvement breton se doit de reconquérir ses bases en y réinsufflant un esprit nationaliste et de continuer à forger une contre-société brittophone et gallophone.

Front médiatique. Là aussi, l’Emsav peut se targuer d’avoir contribuer à mettre en place quelques places fortes au niveau médiatique. De l’union des radios en breton («Radio Breizh»), à l’existence d’une presse brittophone et gallophone et l’émergence d’une presse internet, l’idée bretonne est sortie du néant médiatique. Certains médias de grandes diffusions sont également largement relais des thèmes du mouvement breton. Que ce soit l’excellent mensuel «Bretons» à la plume souvent autant acerbe que pédagogique sur les concepts d’autonomie et de réunification ou le vénérable «Ar Men» tout aussi pédagogique dans nombres de ses thèmes abordés, l’emsav a quelques relais que beaucoup de nations sans états nous envient.

Malheureusement, tout cela cache un manque cruel d’argent et d’investissement de la part du monde économique. La plupart de ces médias fonctionnent soit avec de l’argent public (les radios par exemple), soit avec…des bouts de ficelle.

Le patronat breton, si enclin à dénoncer les «manques d’ambition», brille particulièrement par son absence dans ce domaine tout en continuant à subventionner grassement la presse française de gauche ou de droite.

Pourtant, une presse nationaliste bretonne internet, papier et radiophonique ayant quelques moyens, pourrait faire avancer grandement la question bretonne au coeur même de la société. Et surtout elle pourrait contrer l’hégémonie des trois quotidiens présents en Bretagne (Ouest-France; le Télégramme et Presse-Océan) ainsi que des trois radios locales les plus écoutées dans notre pays (France Bleue Armorique/Breizh Izel et Loire-Océan).

En attendant une potentielle implication du monde économique, la presse bretonne aurait tout à gagner à s’unir et à collaborer davantage. Certains articles ou thèmes pourraient être repris autant en radio que sur le web, autant en français, qu’en breton ou en gallo. Certains services pourraient être mutualisés, etc…

Le Front médiatique doit réellement exister. Uni tout en respectant la pluralité de chacun.

Front clandestin. Entendons nous bien, il n’est pas ici question de demander la réactivation d’une quelconque organisation clandestine armée. Mais le succès du collectif Aï’ta pour le breton, se doit d’être analysé voir dépassé.

On peut, par exemple, imaginer qu’une organisation non-armée mais agissant aux marges de la légalité pourrait populariser les idées nationalistes bretons. Mais au-delà des thèmes traditionnels de l’emsav, les conflits actuels chez Doux et PSA qui s’annoncent durs pourraient, par exemple, être investis par une organisation clandestine sous des formes illégales mais ne tombant par sous le coup des lois anti-terroriste. Les Démos basques, voir quelques actions des débuts d’Ipparetarak au Pays Basque nord (qui a, par contre, ensuite totalement versée dans la lutte armée de basse intensité), peuvent notamment servir de bases de réflexion sur le sujet. Concernant cette dernière organisation, sa démarche «d’immiction dans les conflits sociaux pour servir de bras armé à la population basque» est assez intéressant, l’aspect «armes et bombes» en moins.

A l’heure où les organisations de résistances non-violentes dits «de type Otpor» (du nom d’un mouvement serbe) ont montré leurs limites et à l’heure où la résistance armée est assimilée au terrorisme islamique, le concept «d’organisation clandestine non-armée», plus radicale que les organisations non-violentes mais n’agissant pas dans un cadre terroriste comme les organisations armées pourraient voir le jour en Bretagne.

A ces 5 fronts, il conviendrait bien évidemment d’ajouter un 6ème front dit front syndical malheureusement le relatif échec du SLB (Sindikad Labourerien Breizh-Syndicat des Travailleurs Bretons) ne permet pas de spéculer sur l’avenir en ce domaine.

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A propos de l'auteur

Fabien Lécuyer

- Actualité politique bretonne et française

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