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Publié le: mer, août 8th, 2012

Baptiste Charden, « Etre fier du pays qui nous a vu naître (…) Et merde aux fachos. »

De passage sur le site d’un réseau social bien connu, je tombe sur la prose énervée de Baptiste Charden « Et merde aux fachos. » Ça en dit long sur l’état d’esprit, du coup je clique ! Et je lis…

« Fier d’être français ?

C’est quoi notre problème en France ?

Etre patriote, être fier d’être français, sera bientôt une insulte.
J’exècre l’extrême droite pour avoir transformé un sentiment d’appartenance et une fierté culturelle en un engagement politique douteux et surtout haineux.
J’exècre les autres courants politiques pour avoir laissé faire.

Il serait temps qu’un président de la république s’attache à renouer ces valeurs nationales avec des valeurs de fraternité, d’ouverture et de bienveillance laïque. Puisqu’on parlait de la définition d’identité nationale, la voici.

J’aimerai pouvoir dire demain que je suis fier de mon pays, que j’aime ses régions, sa langue… sans être taxé d’extremiste ou de raciste.

Etre patriote, c’est être fier du pays qui nous a vu naître, le représenter, le porter haut, autant que respecter celui des autres.

Et merde aux fachos. »

Énervé, il semble l’être. Moi, Bretonne, fière de l’être, aimant nos langues de Bretagne et notre culture, mais tout aussi ouverte sur d’autres cultures, d’autres façons de pensée, d’autres tournures d’esprit, je décide d’interpeller le râleur pour voir ce qu’il a dans le ventre.

Melize : Salut Baptiste. Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?
Toi, pas toi fils de, juste toi, même si être leur fils n’est sans doute pas anodin dans ta pensée. Alors Baptiste, qui es-tu ?

Baptiste Charden : « Je suis Bap*, touche-à-tout, j’évolue des les nouvelles technologies depuis longtemps, le blog (depuis 2003 !), les réseaux sociaux, les web communautés, je suis à la fois fondateur et gérant d’un site de e-commerce mais journaliste, auteur de chansons, je chante et joue du ukulélé. »

Fils du couple qui chantaient « Made in France » ou encore « Il y a du soleil sur la France » dans une époque où cela semblait encore avoir un sens, sais-tu dire quelle influence ont eu sur toi ces chansons ?

« Je crois vraiment que mes parents représentaient la France populaire, pas forcement la beauferie mais les gens modestes et heureux de vivre une époque incroyable. Je ne sais pas si ce qu’ils chantaient a eu une influence sur moi mais le contact que j’ai pu avoir avec leurs fans, leur monde artistique, probablement, oui. »


« les seuls à proclamer leur fierté nationale sont ceux qui l’érigent en haine de l’autre »

 

Pourquoi ce billet d’humeur ? Mal dormi ? Mal réveillé ? Raconte.

« Non, mes billets sont généralement assez écrits et réfléchis, ce n’est donc pas un « mauvais jour ». C’est une réflexion que je nourrissais depuis assez longtemps et qui a trouvé une résonance particulière pendant la récente présidentielle.
Je trouve que ne rien dire, continuer « comme c’est » parce que tout le monde s’en fout ou laisser passer, n’est à l’honneur de personne. Je vis dans un pays magnifique avec des qualités culturelles et populaires incroyables et je suis blasé de voir comment, bientôt, on devra se cacher pour le dire. »

Tu dis « Etre patriote, être fier d’être français, sera bientôt une insulte. » Pourquoi penses-tu à une telle évolution ?

« Parce que l’on voit bien que la nationalité se détériore, qu’on amalgame tout ; les seuls à proclamer leur fierté nationale sont ceux qui l’érigent en haine de l’autre. C’est triste. »


« C’est aux élites de donner une notion d’exemplarité »

 

Tu fais porter la responsabilité de cette situation aux partis politiques sans en épargner aucun. Penses-tu que la France populaire dont tu parles n’a pas sa part aussi ? N’est-ce pas l’état d’esprit général qui a fait l’abandon de cette fierté ?

« C’est aux élites de donner une notion d’exemplarité, à nos élites politiques de montrer une voie ou en tout cas une ambition. La France populaire sera ravie d’être fière de sa nation si on lui en donne l’occasion. »

Tu te reconnais une fierté d’être Français, un sentiment d’appartenance et une fierté culturelle. Comment perçois-tu le sentiment d’appartenance et la fierté culturelle et linguistique chez les populations corses, basques, bretonnes ?

« Je la trouve salvatrice et importante dès lors qu’elle vit en harmonie avec la république. Mieux que ça, elle l’enrichit. Ce sont nos racines et notre patrimoine : continuer d’enseigner le breton, le corse ou le basque c’est ne pas renoncer à ce qui nous a fait et nous souvenir de là où l’on vient. »


La découverte ou l’ignorance

 

« La découverte ou l’ignorance », de Morvan lebesque (un Breton né à Nantes et défenseur de son pays qu’il aime – c’est un peu son « Merde aux fachos » à lui, qu’il adresse à ceux qui lui refusent le droit d’être Breton).


« Le breton est-il ma langue maternelle ?
Non ! Je suis né à Nantes où on n’le parle pas.
Suis-je même breton ???… Vraiment, je le crois…
Mais de pur race !!!… Qu’en sais-je et qu’importe ?
Séparatiste ? Autonomiste ? Régionaliste ?
Oui et non… Différent…
Mais alors, vous n’comprenez plus :
Qu’app’lons-nous être breton,
Et d’abord, pourquoi l’être ?

Français d’état civil, je suis nommé français,
J’assume à chaque instant ma situation de français.
Mon appartenance à la Bretagne
N’est en revanche qu’une qualité facultative
Que je peux parfaitement renier ou méconnaître…

Je l’ai d’ailleurs fait…
J’ai longtemps ignoré que j’étais Breton…
Français sans problème,
Il me faut donc vivre la Bretagne en surplus
Et pour mieux dire en conscience…
Si je perds cette conscience,
La Bretagne cesse d’être en moi.
Si tous les Bretons la perdent,
Elle cesse absolument d’être…

La Bretagne n’a pas de papiers,
Elle n’existe que si à chaque génération
Des hommes se reconnaissent Bretons…

A cette heure, des enfants naissent en Bretagne…
Seront-ils Bretons ? Nul ne le sait…
A chacun, l’âge venu, la découverte… ou l’ignorance »

Extrait de « Comment peut-on être Breton ? Essai sur la démocratie française » 1970

Ce texte décrit l’intrinsèque de millions de Bretons, de Basques, de Corses… qui sont sans l’être.


« le Français n’est pas seulement Français »

 

« Ce sont nos racines et notre patrimoine : continuer d’enseigner le breton, le corse ou le basque c’est ne pas renoncer à ce qui nous a fait et nous souvenir de là où l’on vient. » Ne penses-tu pas qu’un Breton, un Corse, un Basque, etc. -puisque souvent la langue de ses origines, voire sa langue maternelle n’est pas le français- est d’abord Breton, Corse, Basque, et seulement un Français de papiers par divers rebondissement de l’histoire ?

« Je le vois à l’envers, le Français n’est pas seulement Français, il vient toujours de quelque part. Là on parle des minorités régionales mais on pourrait aussi citer les Auvergnats, les Savoyards, … C’est parce qu’on est ce patchwork qui se ressemble et s’assemble que nous sommes Français. C’est justement notre richesse. Surtout si nos différences ne nous divisent pas. Il ne me semble pas que parler d’un « nous » pour désigner une unité de langue, de monnaie, de frontière et de culture, soit un leurre. On ne peut pas comparer cela au temps des colonies où un sénégalais pouvait très légitimement douter de sa racine commune avec un français de métropole. Une nation est une communauté humaine ayant conscience d’être unie par une identité historique, culturelle, linguistique ou religieuse. Nous y sommes. Je pense que… (les Bretons, Basques, Corses, etc.) ont une place toute trouvée : celle de poursuivre le rêve d’une France multiple, riche de ses différences et qui profite de chaque culture pour que la sienne rayonne davantage. Et c’est exactement pour cela qu’exacerber nos différences et notre communautarisme, dans le cadre d’une opposition à la nation France est, à mon humble avis, une erreur qui finit toujours par nous appauvrir, tous. »


Le progrès est-il dans l’uniformisation ?

 

Un pays qui avance ne passe-t-il pas par l’abandon de ces valeurs dont tu parles : fierté d’être, culture, langue, etc. ? L’expression de ton amour pour une certaine France fidèle à ces valeurs n’est-il pas une forme de retour en arrière, de repli sur soi ?

« Personnellement je suis convaincu du contraire. Je ne vois pas comment une nation pourrait se prétendre avancer si finalement « plus aucune tête ne dépasse ». Le progrès est-il dans l’uniformisation ? Pour moi, définitivement non. »

Avec ton billet d’humeur, ne-viens tu pas finalement de dire « je vous aime » à tout ceux qui sentent Français ? Ta « lettre à France » s’appelle « Et merde aux fachos. » ?

« C’est sur mais il ne faut pas s’arrêter « aux fachos » car c’est leur donner trop d’importance.

Si mon petit billet pouvait simplement dire « vous pouvez aimer le France, car justement elle le mérite » ce serait encore mieux. »
Merci Bap* d’avoir accepté de nous parler de la France que tu aimes.
L’actualité de Bap* : www.anecdotik.com/http://sidengo.com/bap
On peut partager, ou non, l’avis de Baptiste Charden, 7seizh vous ouvre ses colonnes pour en parler.

 

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