Le MSC Flaminia ferait-il route vers les États-Unis ?

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L’errance fantomatique du MSC Flaminia depuis un mois devient une énigme. Victime d’explosions et d’incendies, samedi 14 juillet, le porte-conteneurs agonise aux larges des côtes françaises et anglaises. Une navigation orientée à l’ouest, depuis dimanche 12 août, laisse planer des doutes sur sa destination finale.

MSC Flaminia 2012 NSB Niederelbe
MSC Flaminia 2012 © Reederei NSB Niederelbe

À la veille du 15 août, la conférence de presse organisée par la Préfecture maritime à Brest se voulait rassurante sur l’état du MSC Flaminia. La gite du navire avait été réduite à 2,5 ° et l’armateur était en négociation avec le port de Rotterdam, au Pays-Bas, pour accueillir le porte-conteneurs abîmé.
« Le bâtiment est dans des conditions satisfaisantes, même s’il est très endommagé, » précisait Jean-Pierre Labonne, préfet maritime de l’Atlantique. « Il n’y a aucun danger immédiat, aucun critère d’urgence pour amener le bateau dans une zone protégée ».
La Préfecture maritime livrait des images du convoi prisent par les avions de patrouilles maritime de la Marine Nationale (France3 Bretagne, Le Télégramme, Ouest-France). Elles présentent le MSC Flaminia filant sur son erre de remorquage puisqu’il ne semble pas être autonome dans sa propulsion. En comparaison, le remorqueur présent à tribord rejette davantage d’écume dans son sillage par la propulsion de ses hélices.

Cap à l’ouest de l’Europe
Maritime Bulletin a positionné le MSC Flaminia « à une latitude de 50°09’ N et 017° 49 W de longitude, faisant route au 272 à une vitesse de 4,3 nœuds (8 km/h), » jeudi 16 août. Le porte-conteneurs se situerait à environ 635 milles nautiques (1 176 km) de Brest, loin du chenal d’accès à la Manche (49° N – 006° W) qui lui permettrait de mettre le cap vers le port de Rotterdam. À la demande de Reederei NSB, le Fairmount Expedition, l’Anglian Sovereign et le Carlo Mago de la Société de sauvetage Smit remorquent le MSC Flaminia.
Reederei NSB, l’armateur, a indiqué jeudi 14 août que « le convoi était à la même position que lundi, à 240 milles nautiques (445 km) des côtes de l’Angleterre. » Le maintien du convoi au large était la conséquence des « conditions météorologiques et des négociations en cours concernant la permission du navire de s’abriter ». Devant le refus d’autorisation d’accès dans les eaux territoriales, le navire ferait-il route vers les États-Unis ? L’armateur n’a pas communiqué sur ce point.

Le Havre avant Anvers
Le MSC Flaminia a quitté le port de Charleston en Caroline-du-Sud (États-Unis), samedi 7 juillet, à destination d’Anvers (Belgique) avec Le Havre en escale intermédiaire. « Nos conteneurs ont été chargés vendredi 6 juillet et la livraison était prévue lundi 23 juillet au port du Havre, » confirme Yvon Le Saout, responsable Bretagne de l’American car club de France (ACCF). Les conteneurs transportaient des voitures américaines de collection et des pièces automobiles commandées par quatre Finistériens. « La livraison par la société SDV devait s’effectuer chez Willy Poquet à Saint-Pol-de-Léon ».
L’absence de communication de la part de MSC et le refus d’accès par la France à un port refuge sont jugés inacceptables par les quatre Bretons. « Un professionnel du centre de la France à deux Ford GT40 sur le navire, il trouve aussi que la situation est inadmissible ». Mediterranean shipping company Geneva (MSC) a informé ses clients par un courrier type du sinistre de leur marchandise. « Brûlé, cabossé, mouillé, rayé, on ne sait rien du tout, » explique Yvon Le Saout. « MSC Genova nous a demandé de nous inscrire auprès d’intermédiaires en Grande-Bretagne afin de préserver nos droits ». Malgré plusieurs appels téléphoniques à MSC Le Havre, « ils ne savent rien ou ne veulent rien dire, sauf qu’il n’y avait pas de plan de chargement ».

Un refus d’accéder à un abri
L’association Mor Glaz a dénoncé le manque d’engagement à trouver un port refuge ou un abri au MSC Flaminia. Comme l’association Robin des Bois, elle s’est inquiétée des conséquences environnementales en cas de naufrage. Le Syndicat CGT des Marins du Grand Ouest s’est interrogé « sur le refus de la part des autorités françaises de permettre au MSC Flaminia de faire escale à Brest » où des sociétés spécialisées « s’étaient préparées à accueillir le navire et prendre en charge sa cargaison et les réparations ».
Delphine Batho, ministre de l’Écologie, et Frédéric Cuvillier, ministre délégué chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche, ont annoncé vendredi 10 août, « être dans l’attente de documents techniques de la part de l’armateur du MSC Flaminia. » Trente-sept conteneurs pourraient représenter un risque de pollution en raison des produits chimiques qu’ils contiennent.

Dans quel état erre le MSC Flaminia ?
L’armateur a négocié sans succès auprès de plusieurs pays, l’autorisation d’accès du MSC Flaminia à un port ou un abri depuis le début de l’affaire : France, Angleterre, Pays-Bas, Belgique, Espagne…
Le porte-conteneurs serait-il trop endommagé pour qu’un pays l’accueille avec un risque de le voir sombrer dans ses eaux territoriales ? Transporterait-il d’autres produits dangereux qui incitent à la prudence ? Du matériel sensible ou militaire serait-il entreposé à bord ?
À ce jour, le manque d’information concrète de la part de l’armateur, de l’affréteur et des autorités laisse planer un doute sur la situation réelle du MSC Flaminia. Le navire rejoindrait-il Charleston, un autre port civil ou militaire de l’Est des États-Unis puisque l’Europe ne lui donne pas d’autorisation d’accès dans ses eaux.
À moins que loin des côtes et à une telle profondeur, un funeste destin parachève l’errance et l’agonie du MSC Flaminia, en toute discrétion.

2 Commentaires

  1. des discours de politiciens ! tous les soit-disant décideurs ouvrent le parapluie et pratiquent la langue de bois !
    sic l’amiral Préfet maritime : “le flaminia est sécurisé, il peut rester au large il n’y a plus d’urgence !” je crois qu’il faut arrêter de prendre les français pour des demeurés et je me demande bien comment cette personne ose parler ainsi.

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