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Pays Basque : comment Rajoy prépare le retour de l’ETA

Il y a quelques temps, Erwan Fouéré avait accordé une interview à Bremañ, un magazine en langue bretonne. Cet irlandais d’origine bretonne (il est le fils de Yann Fouéré) est l’actuel médiateur pour l’OCDE chargé de trouver une solution au problème entre la Transdiniestrie et la Moldavie. Auparavant il a été médiateur pour l’Europe dans le conflit inter-communautaire en Macédoine (ex-Yougoslavie) et avait, à l’époque, participé à la transition démocratique en Afrique du Sud. En tant que citoyen irlandais, il avait également suivi de très prêt le processus de paix qui a conduit à l’accord du «Vendredi Saint» de 1998 entre protestants unionistes et catholiques républicains en Irlande du Nord. Aujourd’hui, il continue à suivre les avancées de ces différentes expériences et s’efforce d’en tirer le meilleur pour ses activités présentes. Il avait confié récemment qu’il comptait amener en Irlande du Nord les différents acteurs du conflit en Transdiniestrie pour étudier ensemble des étapes du processus de paix.

Dans son interview Erwan Fouéré le confirmait : il existe désormais un processus-cadre de résolution des conflits dits «de basse intensité». Processus connu du gouvernement espagnol. L’Afrique du Sud, l’Irlande du Nord, certains conflits balkaniques, la Palestine, la guérilla des FARC en Colombie et…. le conflit basque sont des guerres de basse intensité. Fort différentes entre elles, elles regroupent, cependant, certaines caractéristiques identiques. Parmi celles-ci : la question des armes et la question de prisonniers.

Si ces deux questions ne trouvent pas de chemin de résolution, tout processus de paix est destiné, tôt ou tard, à l’échec.

Marianno Rajoy, chef du gouvernement espagnol, avait, avec le cas d’Iosu Urribetxeberria, une occasion à saisir. Ce prisonnier de l’ETA, atteint d’un cancer en phase terminale et qui demande simplement à mourir chez lui, aurait pu constituer, pour le gouvernement espagnol, un gage de bonne volonté. Marianno Rajoy avait tout loisir d’effectuer un geste purement humanitaire et qui ne lui coûtait rien. Aucune élection législative en vue (il a été élu en 2011), Iossu Urribetxeberria n’a pas de sang sur les mains et le cessez de feu décrété par l’ETA fin 2011 permettait un degré supplémentaire dans la «détente».

De surcroît, le succès de la branche politique du nationalisme basque de gauche Bildu lors de deux scrutins électoraux avait grandement légitimé la stratégie de sortie du conflit armé porté par l’appareil politique et une partie d’ETA.

D’ailleurs, pour faciliter le succès de cette option, le gouvernement espagnol avait mis en place une politique complète et planifiée : regroupement des prisonniers favorable à la fin de la lutte armée, pression accuentuée sur les tenants de la ligne dure et pression amoindrie (mais toujours réelle !) sur les tenants de la ligne «politique» tel Josu Urrutikoetxea Bengoetxea dit «Josu Ternera», l’influent dirigeant historique toujours dans la clandestinité (et qui serait également atteint d’un cancer).

Aujourd’hui, au lieu de pas en avant dans la «détente», c’est toute cette fine politique qui est rendue caduque. Et le pire c’est que cette intransigeance de Rajoy n’a même pas de justification politique. Même si le Parti Populaire bénéficie, dans cette affaire, de l’appui de l’ensemble de la classe politique «espagnoliste» (les formations «nationales» espagnoles en opposition aux formations nationalistes basques, catalanes, galiciennes, etc…), notamment l’éternel rival PSOE et est sous pression des associations de victimes de l’ETA, Marianno Rajoy, on le voit ici, n’a aucune politique charpentée à présenter sur la question basque et dans ses relations avec ETA.

Car la ligne dure d’ETA vient ici de trouver son meilleur allié en la personne de Marianno Rajoy ! Les 700 prisonniers d’ETA avaient pesé lourd, très lourd dans le processus qui avait conduit à la déclaration de «fin définitive de l’action armée» de l’organisation. Ceux-ci ne voyaient aucun espoir dans la continuation de la lutte armée et l’interdiction de toute représentation politique. Ils ont pesé de tout leur poids autant d’un point de vue numérique que symbolique par rapport au dernier carré (entre 50 et 80 selon les sources) de militants etarras ayant réussi à passer au travers des filets des polices espagnoles et françaises. Pression interne + pression externe , le gouvernement espagnol avait réussi à mettre en minorité les partisans de la ligne dure et à assécher ETA. Or aujourd’hui si Iosu Urribetxeberria meure en prison, la Kale Borroka (guérilla urbaine) menée par les jeunes nationalistes risque de repartir, avec son corollaire : la rentrée dans ETA d’une nouvelle génération. La cinquantaine de prisonniers d’ETA malades sauront qu’ils n’auront rien à espérer dans l’avenir, même chose pour les «longues peines» (déjà échaudés par de récentes affaires de prolongement de peine à la veille de libération). Les partisans de la ligne «politique» risquent de se retrouver dans une situation intenable et la colère des familles de prisonniers ne manquera pas peser bien lourd sur les épaules des cadres de Bildu qui ne voudront à aucun prix être accusés de «lâcher les presos» (prisonniers) pour des postes d’élus.

700 prisonniers, c’est aussi 700 familles, 700 voisins, 700 amis, au final des milliers de personnes. Ne leur donner aucun espoir, c’est tuer dans l’oeuf tout processus de paix.

La violence armée est souvent un exutoire à une situation politique bloquée. La jeunesse radicale basque n’est, au Sud, en aucun cas, une minorité perdue, c’est une part très importante de la population qui a toujours constitué un vivier important pour ETA et ce depuis 1959. Tous les basques ont eu un proche, un parent, un ami, un ami d’ami dans ou autour d’ETA ou avant ETA, dans «l’Eusko Gudarostea», l’armée basque de la guerre d’Espagne. Le «gudari» (soldat clandestin) est donc une part importante de l’imaginaire basque, de l’inconscient basque. Penser tuer le Gudari en employant uniquement le bâton est une erreur politique énorme de la part du gouvernement espagnol. ETA a toujours fonctionné sur deux temps résumés par sa devise : «Bietan jarrai» («continuer dans les deux voies» sous entendu «politique» et «militaire»). Si l’une ne marche pas, l’autre prendra automatiquement sa place.

Bêtise, aveuglement idéologique, lâcheté politique, rodomontades de fin de banquet du Partido Popular, si Marianno Rajoy ne permet pas à Iosu Urribetxeberria de mourir dans son lit, il aura réussi à donner naissance, dans un mois, deux ans ou dix ans, à une nouvelle ETA.

Bravo crétin !

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A propos de l'auteur

Fabien Lécuyer

- Actualité politique bretonne et française

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