DOUX (2) : « On nous promettait que l’usine de Sérent n’allait pas fermer »

DOUX : des ouvriers racontent (deuxième partie)

7Seizh est allé à la rencontre des ouvriers de l’usine Doux de Sérent (56). Cette usine a été une des plus lourdement touchée par le plan social décidé par le tribunal de Quimper suite à la mise en liquidation judiciaire du groupe agro-alimentaire : 118 emplois vont être supprimés sur les 178 que comptait l’entreprise.

Quelles sont leurs conditions de travail ? Cette faillite était elle prévisible ? Quelle est leur vie dans cette période d’entre-deux ? 7Seizh publie sur plusieurs jours une série d’entretien pour mieux comprendre l’univers des ouvriers de Doux

A la demande des personnes interrogées, les prénoms ont été changés.

7Seizh : Une critique récurrente sur la gestion de Doux, même si cela peut paraître anecdotique, c’est que les commerciaux et les cadres avaient des voitures de fonction assez onéreuses alors qu’ils faisaient une grande partie de leur travail sur ordinateur ou par internet. Ces voitures, dit-on, servaient surtout à la petite famille le week-end. Qu’en pensez-vous ?

Metig : Eh oui ! Avec le gasoil payé par la boîte ! Mais bien sûr que c’était comme ça !

Yann : Et le vendredi soir, ils étaient à la pompe pour faire le plein aux frais de la boîte, eh oui !

Metig : Ces histoires de grosses voitures, il y a longtemps qu’on en parle en CE (Comité d’Entreprise Ndl7), si ça allait si mal que ça, pourquoi est-ce que les voitures de fonction n’étaient pas plus modestes, plus petites ? On nous répondait : « ah non il faut représenter le groupe », « faut se montrer !». Souvent on en a parlé en CE de ces voitures. Si la boîte va mal, ok tout le monde se serre la ceinture. Mais là c’est uniquement le petit salarié qui gagne juste le SMIC qui l’a fait cet effort ! Nous on voulait bien faire un effort mais il fallait que tout le monde fasse le même effort, à tous les niveaux !

7Seizh : Alors, apparemment vous avez beaucoup de ressenti par rapport à l’entreprise, l’encadrement du groupe, Charles Doux, etc…. mais il y a quand même une crise qui a durement touché la filière…

Metig : Oui, la crise a touché la filière mais pourquoi est-ce que les concurrents se portent bien ? On mange toujours de la volaille, on mange toujours du poulet. Pour moi ça a été mal géré, certains s’en sont mis plein les poches et c’est tout.

Yann : Et pourquoi est-ce que les sites « frais » ont été rachetés par la concurrence ? Si la filière allait vraiment si mal je ne pense pas que les concurrents auraient racheté les sites de Doux.

7Seizh : Alors on dit que la concurrence a mis plutôt l’accent sur les produits haut de gamme…

Metig : Oui, apparemment il vont faire beaucoup de découpe pour réaliser des produits élaborés… c’est ce qui marcherait le mieux maintenant…

Yann : Sur Sérent, ce sera abattage-découpe, mais plus d’ensachage.

Metig : Je pense qu’ils ont raison. Il faut voir que nous, à Sérent, nous n’avons jamais innové, nous sommes toujours resté sur notre petit truc. Il n’y avait pas d’effort de fait pour aller de l’avant…

7Seizh : Pour vous il y a eu des erreurs stratégiques de la part du groupe ?

Yann : Oui il n’y a eu d’effort d’innovation, ils n’ont pas cherché à se lancer sur un autre produit. Ils sont restés sur ce qu’ils avaient, point.

7Seizh : Et sur cette question de l’immobilisme, les syndicats ont averti la direction ?

Yann : Il y a longtemps qu’on les a averti. On en parlait sur les sites de production.

Metig : Les syndicats les ont averti à maintes reprises. En CCE, en CE, il y a des années que les syndicats les alertaient !

7Seizh : Et qu’elle a été la réponse de la direction ?

Yann et Metig : Que tout allait bien ! Il ne fallait pas s’inquiéter, tout roulait !

Gwenn : Il y avait presque une promesse de la part des dirigeants que Sérent continuerait vaille que vaille. Régulièrement il y avait des rumeurs mais selon la direction, Sérent serait sauvé quoi qu’il se passe.

Yann : Ce qui nous sauvait, soit disant, c’était le poulet fermier, le poulet label.

Gwenn : Alors ils ont tout de même tenté de faire des choses. Le poulet certifié par exemple… Ca c’était une innovation… Mais il y avait eu une histoire au niveau des coûts de revient, par rapport aux supermarchés, non ?

Yann : Ca ça concernait les céréales. Quand les céréales ont augmenté, ils ont augmenté leurs prix de vente mais les supermarchés ne voulaient pas accepter la hausse. Ils se sont heurtés au supermarchés.

Metig : Et puis le poulet entier se vendait sans doute moins bien aussi… Il y avait de plus en plus de demande en « découpe ». Et de moins en moins en poulet entier…

7Seizh : ¨Pour revenir aux usines : Les sites de l’Est Morbihan : Pleucadeuc, la Vraie-Croix, Sérent étaient des sites vieillissants autant au niveau du matériel qu’au niveau du personnel je crois….

Metig : Ah oui ! Les gens ont passé leur carrière dans ces usines. C’est mon cas par exemple.

Yann : A Sérent, la moyenne d’âge est de 50 ans.

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