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Publié le: mer, Sep 26th, 2012

Il est Breton, mais appelez-le Dieu ! (1)

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Nooville selon Yann Minh

Nooville selon Yann Minh

“Un enfant n’est pas fait pour être gardé par un être de métal”. Tel est le point de vue d’une mère en 1998.  Elle aura l’occasion de changer d’avis. Le robot, est pour l’homme un jouet inoffensif. Un serviteur irréprochable. Un ami sûr. Mieux : les nouveaux modèles sont conscients, autonomes, sensibles. Ils savent qu’il faut réparer les humains. Ils vont jusqu’à faire l’amour avec eux. Si ça peut les aider… L’humanité n’est pas facile à comprendre.

Quatrième de couverture du tome 1 du Grand Livre des Robots d’Isaac Asimov en 1990.

 

 

Si en 1990, la présentation du recueil de nouvelles d’Asimov pouvait paraître futuriste presqu’insensée, en 2012, la réalité a largement dépassé cette fiction. Les enfants sont gardés par des êtres virtuels, il n’y a qu’à regarder le succès des consoles de jeux pour l’admettre, et l’existence se vit de plus en plus souvent d’une manière dématérialisée, l’argent circule par flux d’informations cryptées, vous faites vos déclarations en ligne, chaque acte physique de l’existence peut trouver son substitut dématérialisé. Asimov visionnaire et précurseur ? Oui, personne ne le conteste. Mais Asimov est dépassé depuis longtemps. Alors qui et comment pense-t-on, aujourd’hui les mondes à venir ? Qui sont ceux qui pensent que la fusion de l’humain avec les machines arrivera entre 2030 et 2040 ? Qui sont ceux qui pensent Noosphère, la “sphère de la pensée” comme successeur logique à la biosphère. L’un d’entre eux est un Breton de Lorient.

Rencontre avec Yann Minh, l’artiste et spécialiste des univers virtuels et de bien d’autres choses encore.

Melize : Hello Yann ! Aujourd’hui entretien avec Yann Minh, l’artiste et spécialiste des univers virtuels et de bien d’autres choses encore. Tout d’abord Yann, peux-tu te présenter à nos lecteurs ? Ton enfance, ta famille, tes passions, racontes-nous tout ! 

Yann Minh : Tout ?  Houla… tu n’as pas peur…  c’est un roman…  mais bon… essayons…

J’ai vêcu une enfance et une adolescence de rêve, dans une famille de rêve, dans une région de rêve. C’est après que c’est devenu galère et dramatique.

Mes parents étaient des militants communistes athées riches, cultivés, libertaires

Mes parents étaient des militants communistes athées riches, cultivés, libertaires. Rien a voir avec l’archétype du stalinien acculturé véhiculé par le cinéma ou la littérature. Nous vivions dans de grandes maisons ouvertes, visitées par les artistes, les notables, les hommes politiques, les militants, les idéalistes, les religieux, les militaires, que je croisais dans le salon lorsque je revenais de l’école en fin d’après-midi, et dont je captais les débats politiques enflammés au passage.

Nous avions chacun nos chambres et je bénéficiais d’une quasi totale liberté de faire ce que je voulais. Ma mère, était prof d’espagnol au Lycée Dupuy de Lôme et était très appréciée par les élèves . Mon père était “Le médecin” du “lumpen” prolétariat lorientais, et comme avec ma mère ils s’impliquaient beaucoup dans les luttes sociales pour défendre les précaires et les défavorisés, (en particulier au niveau des accidentés du travail) il avait une clientèle énorme, dont beaucoup de dockers, de paysans, ou de marins pêcheurs qui, souvent sans le sous,  payaient mon père avec des caisses de langoustes ou d’araignées de mer vivantes et que je retrouvais au petit matin avant d’aller au lycée éparpillées dans la cuisine un peu partout telles des créatures de cauchemar.

Paradoxalement pour des militants communistes, mes parents employaient une femme de ménage adorable, madame F, qui s’occupait entre autre de nos chambres et qui partageait la tâche de nous faire manger ou de nous préparer pour l’école avec la secrétaire médicale. Bref, grâce aux revenus paternels, ma mère, également militante féministe, s’était affranchie des tâches domestiques, pour pouvoir se consacrer avec bonheur, uniquement à la partie “noble” de notre éducation.

Une de ses marottes était le week-end de nous faire visiter les églises bretonnes, pour nous expliquer tous les secrets architecturaux, artistiques, et historiques qu’elles contenaient. L’accès à la culture était considéré comme “sacré” et nous avions à notre disposition la quasi totalité des masses media : livres, télévision, bande dessinées, disques, K7, cinéma, concerts, spectacles, avec très peu de restrictions budgétaires. Lorsque je suis entré au lycée, ma mère était désespérée de constater que la littérature ne me passionnait pas.

Mon excellentissime prof de français de sixième, qu’on surnommait Zif lui a conseillé de me faire lire de la science-fiction : Les Chroniques Martiennes, Un Animal Doué de Raison, la Nébuleuse d’Andromède et le Meilleur des Mondes. Je suis allé acheter ces quatre livres à la meilleur librairie de Lorient, chez Geugnon, où le rayon SF était installé en sous sol, avec les livres, les BD érotiques et les polars porno comme SAS. Je suis ressorti et j’ai payé sans oser regarder le patron à la caisse, en pensant que j’avais acheté de la littérature “honteuse”. Ensuite, ma mère fut catastrophée car je passais mes journées à lire, mais que de la science-fiction dont j’achetais un roman tous les trois jours et que je lisais en marchant, ou en cachette sous mon pupitre en cours.

J’étais très timide, et aussi persuadé que j’étais très bête

J’étais très timide, et aussi persuadé que j’étais très bête. En effet mes parents nous avaient fait passer des tests de Q.I. le D48 je crois, et j’avais appris que mon jeune frère et ma jeune soeur avait eu des résultats exceptionnels, supérieurs aux miens. : ils avaient dépassé les 140 et moi je n’avais eu que 130. Je n’avais retenu de ce test qu’une chose, c’était que je n’étais pas très intelligent, et je me suis cru un peu demeuré jusqu’à ce que je refasse des tests de QI au service militaire et où j’ai appris que 130 était le niveau de base à l’époque pour être considéré comme surdoué. Pour moi ces tests servent surtout à mesurer une aptitude très spécifique à donner du sens chaos, qui ne compense pas le fait qu’on peut être aussi des sous-doués de l’intégration sociale.

Par contre, j’étais clairement doué en dessin, et ma mère m’avait inscrit au cours du jeudi après midi des beaux-arts, qui depuis la guerre étaient installés dans des baraquements qui sentaient le vieux bois et le poêle à charbon à la lisière de la campagne, et où nous sortions les jours de soleil pour peindre les arbres. Je sais que les fantômes des peintres impressionnistes bretons nous accompagnaient alors.

Mes premiers fantasmes BDSM sont apparus à ma puberté. Non pas en lisant histoire d’O, ou le marquis de Sade, mais en découvrant les tableaux du jardin des délices de Jérôme Bosch et dans les représentations du martyr des saints chrétiens dans les peintures de la renaissance. Mes parents recevaient l’encyclopédie Alpha sous forme de fasicules mensuels. La Quatrième de couverture était le plus souvent une reproduction d’un tableau classique, et j’étais inspiré par les métaphores sexuelles dissimulées dans les compositions et par la lascivité sensuelle des suppliciés.

Deux tableaux stimulaient particulièrement mon imaginaire érotique : c’étaient les poses lascives des deux larrons dans La Crucifixion de Antonello Da Messina, et l’étrange Autofafé de Pedro Berruguete, où les suppliciés ont l’entrejambe posé sur une curieuse excroissance phallique métallique.

Ma mère thésaurisait tous mes dessins d’enfant et elle avait demandé aux femmes de ménage de lui rapporter toutes les oeuvres que je pouvais griffonner, et je le savais. Lorsque j’ai commencé a faire des dessins érotiques pleins de femmes ligotées, je les ais cachés dans un dossier secret. C’est intéressant d’ailleurs de se demander d’où pouvait provenir cette pudeur instinctive, car nous avions eu très tôt des cours d’éducation sexuelle, et la sexualité n’était pas un tabou dans la famille.

Ma mère me racontera beaucoup plus tard, un peu avant sa mort dans un accident de voiture, qu’une des femmes de ménage avait trouvé ce dossier secret et le lui avait donné. Ma mère avait été très inquiète en le feuilletant de me voir dessiner des scènes de tortures sexuelles. Elle a aussitôt été voir un psychiatre spécialiste des enfants, (on ne parlait pas de pédopsy à l’époque), et elle m’a décrit son épreuve face au spécialiste lorsqu’il a ouvert le dossier en question. L’homme était sévère, un collier de barbe et des lunettes de soleil. Il a lentement tourné les pages en hochant la tête à chaque fois d’un air neutre. Et plus le temps avançait, et plus ma mère se décomposait d’inquiétude. A la fin du dossier, l’homme lui a dit, en le lui rendant, toujours avec le même sérieux : “Vous savez que votre fils a un très bon sens des proportions ?”

Éduqué pour la révolution

J’avais quand même été éduqué pour la révolution. Je savais qu’elle ne pourrait se faire que par les armes et qu’un jour viendrait où il allait falloir lutter contre les “anti-révolutionnaires” qui voudraient empêcher que les gens puissent vivre ce futur merveilleux où la terre n’appartiendrait à personne, où il ne serait plus nécessaire de travailler pour pouvoir survivre et se loger et où les machines feraient toutes les taches ingrates à notre place.

En Mai 68 j’avais 12 ans. J’étais dans le salon du grand appartement attenant au cabinet médical, au dessus d’un garage du centre ville avenue Anatole France, et dont les baies vitrées donnaient sur l’avenue du Faouëdic longeant la place de la mairie. Ma mère était sur le balcon lorsqu’elle a vu quelque chose dans la rue qui l’a fait se précipiter dans le salon pour me prendre contre elle en s’exclamant : “La révolution a commencée” ! Une jeep militaire remontait lentement le boulevard avec quatre soldats casqués à son bord qui agitaient des drapeaux rouges.

J’étais très inquiet, car je savais ce que cela impliquait et curieusement j’ai aussi perçu plus d’inquiétude que d’allégresse dans l’attitude de ma mère. Pour elle, en plein pendant les événements de mai 68, un véhicule militaire avec des soldats brandissant des drapeaux rouges ne pouvait être que le signe que l’insurrection révolutionnaire venait d’avoir lieu.

En fait, ces militaires n’annonçaient pas la fin imminente des valets de l’impérialisme capitaliste, mais l’arrivée d’un énorme convoi exceptionnel qui se rendait vers le port, transportant ce que j’ai voulu être le corps d’un missile ICBM. Oui, à 12 ans, éducation révolutionnaire oblige, je savais ce qu’était un missile ICBM, et j’avais envie de croire que ce gros cylindre phallique porté par le convoi militaire était un missile intercontinental. Dans tous les cas j’étais soulagé, je n’allais pas devoir prendre les armes pour lutter contre les fascistes qui allaient venir nous assassiner.

Ce qui ne m’a pas affranchi d’être quand même confronté à la “petite” violence “naturelle” du contexte urbain et scolaire de l’époque.

Contempler les soucoupes volantes 

A l’école, les bagarres entre “bandes” d’enfants étaient constantes, et curieusement tolérées par les enseignants. J’étais plutôt un enfant rêveur et timide, et une des grandes étrangeté pour moi était de voir mes sages petits camarades de classe se précipiter dehors en hurlant à la récré pour se taper allégrement dessus. Certains me traitaient de “chinois vert” à cause de mes origines vietnamiennes. Ça m’incitait à plutôt rester sur les marches devant les salles de classe de l’école de Merville, à contempler les soucoupes volantes dans le ciel qui venaient me chercher. Une des rares fois où j’ai osé traverser la cour pour me rendre aux toilettes, directement sans faire un détour par le préau des “grands” plus calmes, je me suis fait casser une jambe par un autre enfant : “Tu étais dans la bande qui m’a attaqué toi ! Et paf, coup de pied qui me brise le tibia. Beaucoup plus tard, j’ai compris que “l’agressivité” était souvent la façon dont les jeunes garçons exprimaient leur amour, affection, ou tropismes homosexuels, et c’était aussi, leur façon très primaire d’essayer d’entrer en contact avec moi. Physiquement j’avais un type un peu androgynique asiatique qui séduisait beaucoup.

Curieusement, je ne me suis jamais senti traumatisé par l’agressivité à laquelle j’étais régulièrement confronté. La violence physique était une sorte de “normalité”, c’était moi, qui, en tant que petit garçon était considéré comme anormal car incapable de me battre.  Afin que je sache me défendre, mes parents m’avaient inscrit à un cour de judo, que j’ai hélas abandonné à cause paradoxalement de la violence dans les vestiaires qui n’étaient pas surveillés et où les autres enfants s’amusaient systématiquement à me “dominer”.

La suite…

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Ce que vous en pensez
  1. Visan Yfy Mab Floc'h dit :

    “ma mère militante féministe s’était affranchie des tâches domestiques” ; ” nous avions une femme de ménage”… c’est sur, c’est plus facile ainsi ! La Lutte des classes (moyennes) asserviraient les classes inférieures en se “libérant” ? Question de point de vue et d’honneur, ça m’encourage à toujours considérer plus encore le Marxisme comme une catastrophe intellectuelle et humaine. Serge Moscovici, Psychologue très célèbre pour son traité de “Psychologie des masses”, dépeint un portrait psychologique du Marxisme et de ses dérivés (socialisme etc) et montre les tendances aux névroses de ce type de visions et d’adaptations de la société en partition de “classes”.

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