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Publié le : ven, Sep 28th, 2012

Il est Breton, mais appelez-le Dieu ! (3)

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Suite et fin de “Il est Breton, mais appelez-le Dieu (2)”

Yann Minh est un personnage particulier dont les sphères peuvent parfois sembler obscures. Pourtant, l’évocation de la noosphère n’est pas récente.

As-tu eu, lors de ta jeunesse bretonne un rapport spécifique à la mer ?

L’océan est une entité puissante, fondamentale, intime. Comme la plupart des enfants bretons j’ai appris à savourer la violence sauvage et dangereuse de son ressac, les gifles froides des embruns, à perdre pied et sentir la main glacée et obscure des grandes profondeurs commencer à t’étreindre à seulement quelques mètres du rivage. Notre corps apprends très vite à savourer et se nourrir de ces flux énergétiques mystérieux émanant des profondeurs océanes qui sifflent dans les labyrinthes monolithiques portés par les vents lunaires. Certaines nuits de pleine lune, j’ai cédé à l’appel magique de ces forces océanes et granitiques. J’ai marché, couru, nagé entièrement nu dans les chemins creux, sur le sable, ou dans les vagues. Allongé sur les dalles de pierre chaudes affleurant dans la bruyère des landes j’ai joui en communion avec les étoiles. J’ai l’âge de mon ADN, et il y a plusieurs milliards d’années, lorsque j’étais vraiment très jeune, l’océan était ma matrice.

La mer comme métaphore dans NooGenesis ou comme arrière-plan dans Thanatos, semble avoir chez toi une place importante, est-ce simplement sentimental, ou penses-tu que le concept de mer, d’océan est important pour comprendre le monde qui vient (celui de l’information, celui du “virtuel”, etc.) ?

C’est une très très jolie question… dont j’apprécie particulièrement l’intelligence esthétique. Pour moi les métaphores sont des flux informationnels structurants, qui agissent, et orientent l’évolution du vivant, comme la pesanteur fait les rivières, ou le vent les dunes nomades dans le désert. J’utilise la métaphore marine du “NooNaute” pour décrire ce que je pense être la vocation artistique. Je me vois comme une sorte de marin au long cours explorant les océans informationnels, au risque de ma vie. Car l’art est pour moi le plus haut niveau de traitement de l’information de l’humanité. Mais les racines de cette métaphore s’ancrent effectivement dans des profondeurs métaphysique d’une complexité vertigineuse qui échappent totalement à mes capacités de formulation, voir même de conceptualisation. L’Information et le Vivant sont imbriqués et indissociables. Comprendre l’océan, c’est comprendre l’Information et réciproquement. Mais nous n’en avons de toute façon pas les capacités, sinon, par la poésie, ou l’art. Dans une illumination synesthésique peut-être certains pourraient humer les senteurs subtiles qui relient la noosphère à l’eau de nos cellules.

Ton rapport à la souffrance et à la soumission (SM) est-il de l’ordre de l’ascèse ? Est-ce une forme de purification ? Ou bien, cherches-tu, par elle, à soumettre la matérialité du corps à la puissance de l’esprit, un peu comme le monde physique (ou réel, utilisons ces termes parce qu’ils sont pratiques, mais sans trancher en leur faveur) pourrait recevoir sa forme du monde “virtuel” ?

Ma relation au BDSM (pour ne pas utiliser SM) est à l’opposé de l’ascèse.. pour faire des analogies, je dirais plutôt à l’image de la profusion hédoniste sensuelle, jubilatoire, enluminée et baroque de la figuration réaliste de la Science-Fiction et du jeu vidéo, plutôt que dans la vacuité misérable, souffreteuse, ascétique du conceptuel des arts plastiques et de l’art moderne. D’autre part ma relation à la sensualité BDSM est “complète”, ou “switch” c’est à dire que j’apprécie autant de peindre avec les couleurs de la souffrance et de la soumission qu’avec les couleurs de la domination et de la cruauté.

Vois-tu une signification particulière au fait que le mot “robot” (dans son sens premier de corvée) soit présent dès les toutes premières traductions françaises de Sacher-Masoch ?

Ce n’est pas étonnant de la part de Sacher-Masoch d’être éventuellement inspiré par les arborescences conceptuelles du mot robot dans son sens originel car il est bien évidemment en adéquation avec une des quatre couleurs fondamentales de la sensualité BDSM, celle de la soumission, dont il va devenir, malgré lui, la référence étymologique. La coïncidence troublante et signifiante que tu as raison de souligner, c’est que plus tard, lorsque que Capek l’utilisera pour désigner ce que Théophile Gautier appellait du joli nom d’ilotes à Vapeur, ce mot “robot” va prendre les saveurs subtiles et puissantes de la réification : “j’aime être l’objet de ton plaisir”. Mais, j’ai peur que cette coïncidence n’en soit qu’une … à moins, de vouloir y voir l’indice d’un déterminisme métaphysique mystérieux, comme une forme de synchronicité à la Jung, ou de surréalisme poétique. Ou peut-être l’autre piste à explorer serait du côté inverse… et de respecter la logique temporelle… Capek n’a t’il pas choisi ce terme tout simplement parce qu’il l’avait lu dans les écrits de Sacher Masoch? Hélas, nous sortons la de mon domaine de compétence… je ne sais pas… je n’ai pas le souvenir que Sacher Masoch utilise ce terme dans le cadre de ses fictions algolaniques… si ?

Es-tu (néo-)platonicien ? Penses-tu que le monde physique soit une caverne où se projettent les ombres des seules réalités, celles du monde des idées ?

waaah, la question qui tue… Et bien non… paradoxalement, et contrairement à ce qu’on pourrait penser à la lecture de mes réflexions sur la noosphère, et l’information… non. Au contraire. Le réel est bien la… et justement, c’est bien parce qu’il est la qu’il y a un enjeu informationnel métaphysique d’envergure universel à l’oeuvre, et dont nous sommes issus. Je dis souvent de façon provocatrice : La vie n’existe pas. C’est de la matière informée. C’est normal que nous doutions de la “réalité” et que nous soyons constamment à la recherche de la “vérité” qui se cache derrière l’illusion perceptuelle… car nous sommes précisément issus d’un processus de “matérialisation” mis en place par une entité informationnelle il y a quatre milliards d’années pour assurer sa survie et pérennité dans le chaos cosmique. Le réel existe… c’est nous qui n’existons pas.

Le métissage entre monde physique et monde “virtuel” est-il une sorte de réponse (ou d’accompagnement) intellectuelle au métissage physique ?

Très jolie question encore. C’est un plaisir de répondre à ton entretien. Il y a bien sur une gémellité entre les notions de traitement de l’information, d’échanges informationnels, et de métissage biologique. Je suis effectivement le fruit d’un échange informationnel complexe entre l’Asie et l’occident, la métaphore active de notre nature informationnelle originelle, que nous perpétuons et reproduisons dans nos oeuvres dites de l’esprit.

Penses-tu que l’avenir est dans l’hybridation de l’esprit avec les mondes “virtuels” ou dans celle du corps et de la machine ?

L’hybridation corps machine n’est pas l’avenir, c’est le passé. L’humanité est depuis ses origines en symbiose avec ses artefacts. L’humain sans outils (et sans réseau social) n’existe pas. Adam et Ève n’étaient pas des humains. … L’hybridation entre l’esprit et les mondes “virtuels” c’est aussi le passé. Une date occultée de notre évolution mise en exergue par Teilhard de Chardin, c’est la NooGenèse. Entre moins cent mille et moins cinquante mille ans, lorsque l’humanité commence à s’entourer d’une sphère informationnelle collective. Mais déjà, longtemps avant, nous “métissons” virtuel et réel, pour reprendre ton joli terme, lorsque nos ancêtres vont ritualiser la mort, lorsqu’ils vont peindre un homme à tête d’oiseau en érection couché devant un bison mort.

Les mondes persistants actuels, issus de la cybersphère du jeu vidéo sont les prémices d’un futur écologique concentrationnaire où les dix milliards d’habitants de la planète regroupés dans les périphéries des grandes métropoles, n’auront pour seule évasion possible que les infinis dématérialisés du cyberespace au travers d’une myriade d’avatars et de dividualités. Cette vision en apparence cauchemardesque, est paradoxalement peut-être la seule alternative possible pour que nous puissions éviter les holocaustes à venir et coexister tous ensemble en harmonie.

Après, si on fait référence aux spéculations de la singularité, sur la dématérialisation de l’humain en information numérique, ayant comme support précisément les structures atomiques, ou quantiques de l’univers, c’est une prospective fascinante, mais si elle se réalise, effectivement nous sommes confrontés la à une forme de singularité. Un événement unique dont il est quasi impossible d’extrapoler les conséquences, et qui, bien qu’ayant des références plus ou moins scientifiques, à des allures d’illumination mystique, et rapproche ainsi la Singularité d’une nouvelle forme de religion “scientiste” .

Crois-tu que les concepts d’individu, de personnalité ou d’identité sont encore valables à l’heure des réseaux sociaux, des avatars, des pseudonymes ?

Oui, plus que jamais, mais dans le sens d’une démultiplication, et d’une augmentation de nos dividualités. C’est à dire des différents dividus qui composent notre individualité. L’usage quotidien dans les réseaux sociaux numériques des avatars 3D en particulier, qui sont des cyborgs de pixels hybrides entre les créatures imaginaires issues de nos mythologies, et différentes facettes de nos personnalité, favorise le développement de dividualités radicales, affranchies de la régulation et normalisation opérée par la continuité physique du “réel”.

Quels sont, selon toi, les prochaines étapes importantes de l’évolution du monde (dans les domaines qui t’intéressent) ?

Réalité augmentée, avatars, transgenres, bodymodifications, mondes persistants.

Penses-tu que la politique a un avenir ? La science ne la rend-elle pas obsolète ?

“transférer sa responsabilité à une machine, qu’elle soit ou non capable d’apprendre, c’est lancer sa responsabilité au vent pour la voir revenir portée par la tempête” (voir ici).” Norbert Wiener.

Le concept de “Singularité” du transhumanisme tel que Kurzweil le formalise, est basé sur le postulat que nous arriverons bientôt à fabriquer des intelligences artificielles capables non seulement de traiter de l’information à un niveau supérieur au notre, mais aussi capable de s’auto-perfectionner. Je pense (par auto-analyse de mes propres tropismes cognitifs) que c’est comme l’espérance dans l’existence de vie Extra-Terrestre : pour l’instant un mythe. Un espoir fondamental de l’humain, une sorte de même ancestral, comme le mythe du déluge et qui fait office de propulseur cognitif à l’échelle de notre intelligence collective. Ce qui me parait signifiant dans le mythe du déluge, n’est pas l’idée qu’il y’ ait eut une catastrophe apocalyptique dans le passée… ce qui est porteur de sens, c’est le concept de l’arche… l’arche illustre un tropisme cognitif profondément ancré dans notre culture au niveau individuel et collectif qui est celui de sauver la vie. Malgré le fait que nous soyons, à l’échelle collective, en train de détruire notre environnement, individuellement, nous sommes habités par le besoin de sauver la vie, dans sa diversité, pluralité, et cela depuis l’aube de nos mythologies (le mythe du déluge est associé à la première apparition de vishnu sur terre sous forme d’avatar). Mais ce mythe, omniprésent dans notre histoire, n’est pas neutre. Il fait parti des moteurs cognitifs qui nous poussent, quelque soit la civilisation (capitaliste, communiste, animiste, bouddhiste) à construire des fusées pour conquérir l’espace. Nos mythes nous renvoient à nous mêmes. Et le mythe de la créature artificielle, comme celui de l’Extra-Terrestre exprime notre solitude. Ce dont nous avons le plus peur, n’est pas que les E.T. existent… c’est qu’ils n’existent pas. L’historien des sciences Philippe Breton, explique dans ses ouvrages, comment, jusqu’au 20me siècle nous avons fantasmé une créature “mécanique” égale de l’homme… puis nous sommes entrés dans l’ère de l’information, et maintenant nous fantasmons une créature “informationnelle” égale de l’homme… voir plus fiable, plus pertinente, plus “intelligente”. Capable de gérer mieux que nous même notre propre complexité. Hélas, intuitivement, je pense que nous sommes encore loin grâce à la science, de pouvoir nous affranchir de devoir nous penser nous même… la science va, comme depuis les origines de l’humanité, nous fournir des prothèses, des amplificateurs, des outils physiques et cognitifs qui augmenteront nos capacités de traitement informationnel, à l’échelle individuelle et collective, mais en même temps elles augmenteront la complexité de nos sociétés. La science permet de faire de la politique “augmentée”, et nous n’allons pas pouvoir nous reposer… d’ailleurs rien qu’à l’écrire je suis épuisé… 🙂

Les anciennes religions sauront-elles s’adapter ? Le peuvent-elles ?

Pour Kurzweil, le “pape” de la singularité, elles n’arrivent pas à s’adapter, et il est prêt à envisager la singularité comme une alternative à la faillite des religions … mais je ne doute pas, pour ma part, de la capacité des grandes religions à “s’adapter” aux évolutions de la modernité, car elles sont des entités informationnelles collectives… ce sont des mèmes particulièrement vivaces, qui ont traversé des siècles, voir des millénaires d’évolution. Philipp K.Dick appellait ça des Plasmes :

Appendice de SIVA. Tractatus : Cryptica Scriptura.

“22 : j’appelle l’Immortel un plasme, car il est une forme d’énergie ; il est information vivante. Il se reproduit – non à travers l’information ou dans l’information, mais comme information. ../.. 23: a l’état latent, germinatif, le plasme a sommeillé dans la bibliothèque enfouie des manuscrits de Khénoboskion jusqu’en 1945 de l’E.C… ../.. 25 : En tant qu’information vivante, le plasme remonte le long du nerf optique de l’individu jusqu’au corps pinéal. Il utilise le cerveau humain comme hôte femelle en qui se reproduire sous sa forme active. Une symbiose inter espèces…” Philip K.Dick. SIVA.©1980 ed. Denoël. N317 1997.

Les progrès techniques qui t’intéressent tant peuvent-ils générer eux-même leur propre politique ?

Argh… La question est complexe et a plusieurs interprétations possibles.

Les progrès techniques ont toujours générés/influés sur les politiques humaines. Et déterminé des politiques spécifiques à leurs usages. Ainsi l’usage de l’automobile génère des politiques spécifiques, de gestion des routes, de l’énergie, de développement urbain etc… Mais les automobiles ont-elles une politique propre ? Elles ne me semble pas avoir un niveau d’autonomie cognitive suffisant pour cela. Il me semble que le terme de “politique” est utilisé pour décrire un traitement informationnel à l’échelle des sociétés, d’un niveau de complexité que les machines n’ont pas vraiment encore atteint. Tout juste si on ose parler de politique pour décrire les stratégies belliqueuses des fourmis. Et pour l’instant, les I.A. sont encore loin d’avoir atteint “l’intelligence” d’une fourmilière. Cependant, l’évolution des NBIC influent forcément sur les politiques humaines. Comme l’exprime Marshall Mc Luhan, l’usage des outils change l’utilisateur, et change sa relation au monde et aux autres. Ce qu’on appelle “progrès technique” désigne le plus souvent l’apparition et le développement de nouveaux outils. D’un point de vue mac Luhanien, un outil est un amplificateur, physique ou cognitif. Pour l’instant, les outils, aussi sophistiqués qu’ils soient, à ma connaissance, n’ont pas des capacités de traitement informationnelles suffisante pour générer/inventer une politique propre.. à priori ils se contentent d’éventuellement amplifier les politiques humaines existantes, comme la radio à jouer un rôle amplificateur dans la propagation des idées nazis avant la seconde guerre mondiale.

Cependant, l’un des aphorismes les plus pertinent que je connaisse qui pourrait décrire une éventuelle “politique” des machines, c’est “Le Message c’est le Médium” de Marshall Mac Luhan : Ce qui transforme la société c’est le médium lui-même, plus que ce qu’il véhicule. Ce qui a permis d’empiler des millions de gens dans des environnements urbains médiocres sans provoquer de révolution, c’est la télévision. Non pas ce qu’elle diffusait, mais son existence même, qui ouvrait une fenêtre sur le monde permettant de faire abstraction de notre environnement social et physique immédiat. Mais peut-on vraiment utiliser le terme de “politique télévisuelle” pour désigner aussi un éventuel processus politique émergeant, né de la propagation de ce médium ?

Par contre, le jour où nous aurons à nos côtés, des populations de robots et d’IA évoluées avec lesquels nous interagiront, émergera inévitablement une politique spécifique à la sphère des créatures artificielles, générée par leurs processus d’autorégulations et d’interactions avec nous et entre elles, dont d’ailleurs, nous devrons essayer de décoder et comprendre les fonctionnements. Ce sera un processus émergeant.

Enfin, il existe des mouvements politiques nés de l’évolution des NBIC. Le transhumanisme par exemple, a maintenant ses associations, programmes politiques, militants à travers le monde. Et j’ai trouvé intéressant en participant à des émissions de radio avec des militants transhumanistes, d’entrevoir derrière leurs espoirs les fantômes d’Utopia de Thomas More, des ilotes à Vapeur de Théophile Gautier, et des utopies communistes, où les machines remplaceront les esclaves dans une société où nous n’aurons plus besoin de travailler pour survivre et se loger, et où nous pourrons nous consacrer à notre réalisation individuelle. J’ai baptisé ce processus de résurrection noosphérique des utopies robotique : la transsubstantiation d’utopia.

…leur propre religion ?

Oui.. la c’est certain… mais ce n’est pas récent.

La singularité en nous proposant l’immortalité empiète sur un des domaines spécifique aux religions, et est effectivement bien partie pour en devenir une nouvelle, et on ne peut pas ne pas penser aux fameux cultes du cargo de nouvelle guinée, et à la troisième loi d’Arthur C .Clarke : « Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie. »

La montée du créationnisme et de l’intelligent design aux USA a aussi incité une partie de la communauté scientifique à prendre position sur la relation entre science et foi. Et certains scientifiques revendiquent une forme d’extase, ou d’illumination spécifique face à la complexité, richesse, merveille de la nature, du cosmos, du vivant, qu’ils s’efforcent de distinguer de toute assimilation aux notions de déité religieuses.

Richard Dawkins dans son livre “pour en finir avec Dieu… cf Einstein….

Pour ma part, je trouve qu’il y a dans la quête des extra-terrestre quelque chose qui peut s’apparenter à un processus religieux. Entre autre au niveau de la mauvaise foi de certains scientifiques sur le sujet qu’on peut apparenter à la mauvaise foi de beaucoup d’intégristes religieux. En effet, d’un point de vue purement scientifique, la seule chose que nous ayons mesuré, c’est que la probabilité d’existence de la vie dans l’univers est non nulle. Mais toutes les autres mesures scientifiques effectuées pour l’instant ne mesurent que l’absence de vie extra-terrestre. Et la fameuse équation de Drake que certains brandissent comme on brandit un texte sacré, est pleine de variables non informées. La certitude de l’existence d’une vie extra-terrestre dans l’univers relève donc pour l’instant plus de la foi, que de la science. Et si on prend l’autre entrée E.T. qui est basée sur les témoignages de visite, d’ovni, d’enlèvements… on va aussi retrouver des similitudes avec des phénomènes religieux comme les apparitions mariales… entre autre.. 🙂

Les théories autour de la mécanique quantique, ont aussi généré une profusion de spéculations proches des mythologies religieuses.

Mais finalement c’est normal. La science, comme la religion, sont chargées de nous donner des réponses ou des explications, à une échelle collective. Ce qui caractérise l’humanité, toujours d’un point de vue cybernétique, c’est notre niveau de traitement informationnel individuel, collectif, historique. Notre connaissance du réel et de nous même est construite par un savoir partagé géographiquement, et historiquement. Nous ne pouvons pas être tous des physiciens atomistes spécialistes de mécanique quantique, moine tibétain, ou théologien au Vatican… c’est pourquoi nous ne pouvons que nous laisser noocontaminer par des mèmes collectifs, qui forgent notre compréhension du monde et des autres. La, où certains craignant les noocontaminations fatales, se sédentarisent dans des blockhaus conceptuels, j’ai choisi de surfer sur les océans informationnels, de me laisser porter au gré des courants contraires, d’affronter les vagues scélérates et les tempêtes noosphériques, car mon petit nooscaphe furtif est en fait un destroyer insubmersible.

Y-a-t-il un fantôme dans la machine pour reprendre la formulation de Bouveresse paraphrasant Descartes ? Le silicium peut-il secréter l’âme comme le foie, la bile ?

Pour ce genre de spéculation j’ai la possibilité d’adopter deux points de vues contradictoires, mais pas incompatibles. Comme la lumière, qui est à la fois corpusculaire ou ondulatoire, ou ce fameux chat quantique qui est mort et vivant à la fois.

1) Point de vue rationnel dans le sens littéral. Je vais remplacer le terme d’âme, dont la nature est métaphysique dans le sens mystique, pour le remplacer par “conscience”. Dans ce cas, si, on considère la conscience du point de vue de la “philosophie” cybernétique de Norbert Wiener, comme un des niveaux les plus élevé de traitement de l’information de notre système cognitif et de l’humanité. Alors oui, je suis relativement convaincu qu’on fabriquera bientôt des machines douées de conscience. Ce qui d’ailleurs n’induit pas forcément qu’elles seront omnipotentes, “supérieures” aux humains, et capables de s’auto-perfectionner comme certains trans humanistes le spéculent, ou d’entrer en compétition prédatrice avec nous. Pas mal d’animaux sont doués de conscience, conscience d’eux-mêmes, et conscience des autres au point d’être capables de mentir. Ce n’est pas pour autant qu’ils arrivent à s’auto-perfectionner, et à assurer leur suprématie sur l’humanité, voir à traduire du mandarin en français parfaitement et automatiquement.

2) point de vue métaphysique “irrationnel”. Je vais considérer que l’âme et la conscience sont de nature métaphysique dans un sens mystique. Ce sont des choses mystérieuses, très différentes de la capacité “informatisable” à traiter de l’information complexe. Un mystère qui échappe au ratio donc à la science (la science étant fondamentalement basée sur la notion de “mesure”; Ce qui n’est pas mesurable est donc de nature métaphysique). Alors oui… aussi. Pour moi, le “fantôme” peut apparaître dans la coquille. (Ghost in the Shell). Dans le film Alien 4, Call, la gynoïde, se signe en entrant dans la chapelle du vaisseau spatial. Ripley lui demande si elle a été programmée pour ça, et elle ne répond pas. Ce qui induit que sa foi n’est pas artificielle, programmée. Cette fiction illustre cette spéculation: qu’est ce qui empêcherait une intelligence artificielle d’avoir une illumination mystique, d’entrer dans une relation métaphysique au monde, et donc, d’avoir une âme, ou une conscience dans un sens mystique. Déjà, à ce niveau, le Daï Lama n’hésite pas un seul instant. Vu ses dernières actions, il n’y a pas contradiction entre les notions de réincarnations et les concepts singularitariens de dématérialisation de l’humain dans la machine. Philipp K.Dick lui n’y croit à priori pas. Précisément pour lui, dans “Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques” les machines seront à jamais incapables d’empathie, et en particulier de “communier” avec Mercer (métaphore christique). Et nombre de penseurs de la modernité, très imprégnés de christianisme, se sont insurgés en France contre la “pensée cybernétique” qu’ils accusaient de vouloir réduire l’humain à une machine… un système… un dispositif… il faut dire que Wiener en a fait des tonnes, en prenant l’église catholique comme exemple d’un système totalitaire néfaste… (cf Guy Lacroix). Du coup, la philosophie cybernétique a été relativement occultée ou diabolisée en Europe depuis un demi siècle par les “penseurs de la modernité”.

oui, je sais… 🙂 et moi, j’en pense quoi ?

et bien… il y a une intuition fondatrice intéressante dans la bible : Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu.»

j’aime bien remplacer le mot verbe par information. Au commencement était l’information et l’information était auprès de Dieu et l’information était Dieu.»

Ce qui donne

  1. Au commencement était l’information, et l’information était avec Dieu, et l’information était Dieu.
  2. Elle était au commencement avec Dieu.
  3. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle.
  4. En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.

Qu’est ce que l’information ? Ce n’est pas seulement un épiphénomène généré par les activités humaines. Ce que nous percevons, mesurons, recevons, captons, c’est l’action de l’information sur la matière… ses traces, son empreinte. L’information est métaphysique par nature, elle n’existe pas. La vie n’existe pas, c’est de la matière informée. Il y a quatre milliards d’années quelque chose d’immatériel issu d’un espace métaphysique, s’est mis à informer le monde physique, pour assurer sa survie et sa propagation. Et comme tout le “vivant” nous sommes issus de ce processus.

Ton dualisme ne fait-il pas de toi, au fond, un chrétien ? Hérétique, certes, mais fondamentalement chrétien néanmoins ?

argh… dualisme… quel dualisme ?

Je ne suis pas chrétien, même si, par imprégnation j’ai hérité de la culture chrétienne, française, et plus précisément bretonne. J’aime me présenter comme un athée mystique. C’est à dire qu’à quarante ans, du fait de mon éducation scientiste anti-cléricale, j’étais plutôt rationaliste borné. Et puis j’ai eu la chance d’être confronté à un état de conscience modifié exceptionnel, mais néanmoins fréquent qu’on appelle l’illumination mystique. Et la “Dieu” m’a parlé… j’ai vu la grande lumière, l’intemporalité, la sensation d’amour absolu… etc… et depuis je sais… pleins de choses… hélas… ineffables… 🙂

Donc, à part le sens de la vie, le mystère, le grand secret et la réponse à la question ultime sur la Vie, l’Univers et Tout que je ne peux hélas par transmettre ici, j’ai appris quelques petits trucs intéressants, et en particulier qu’il est possible d’entretenir une relation au monde à la fois athée sceptique et mystique illuminée. Je suis un NooPortuniste… c’est à dire que selon la pertinence de la posture en fonction du contexte, il m’est possible de passer d’une relation rationnelle au monde, à une relation métaphysique mystique, sans que cela ne soit contradictoire, et c’est particulièrement jubilatoire. Je suis un peu dans la situation maintenant de ce commissurectomisé, patient du neurobiologiste américain Ramachandran dont le cerveau gauche est athée, et le cerveau droit croyant…


Retour au réel. Les hommes comme toi sont les nouveaux penseurs de l’à venir.

Je ne pense pas l’à venir, je l’espère 🙂

Peut-on dire alors que tu le crées… avec d’autres ?

argh…

On t’appelle souvent Dieu ?

aloooors… non… donc, je ne créé pas plus l’avenir que nous tous…

pourtant… créateur d’univers virtuels… on pourrait le penser (si on conçoit Dieu comme il est conçu aujourd’hui, Dieu le créateur)

Oui, le fantasme démiurgique de la page blanche !

Ta question m’inspire 4 réponses :
1) Création versus captation
2) La Tekné
3) Le tropisme démiurgique de la page blanche.
4) Le “Sage”, acteur de son futur.

1) Création versus captation
Je paraphraserai Terry Gilliam dans l’interview que j’avais faite de lui avec Jean Annestay pour une des premières soirées Thema consacrée à la SF.

“Tous ces motifs attendent, ils sont là, en train de flotter autour de nous. L’artiste est une antenne de radio qui capte ces formes, tu ne sais pas d’où elles viennent, tu ne les comprends pas toujours, mais elles sont là, et tu les utilises.”
Terry Gilliam – Documentaire de Yann Minh pour ARTE, La Sept, Production exécutive Ex-Nihilo. 1992.

En d’autres termes, je ne pense pas que les artistes “créés” vraiment. L’art est le plus haut niveau de traitement de l’information de l’humanité. Antérieur et englobant la science, la philosophie, la religion qui en sont des sous-arborescences. Nous captons, nous interprétons, et nous traitons de l’information à un très très haut niveau de complexité. Nous sommes des média. Et toujours pour citer l’aphorisme de Mac Luhan : Le message c’est le médium : L’artiste est “Le Message”. C’est son existence, plus que ses oeuvres qui transforme le monde, la société, les cultures… ainsi l’art et l’artiste (le noonaute) sont présents des plus bas aux plus hauts niveaux d’activités humaine, et pas seulement dans le petit cercle très restreint des arts plastiques, mais aussi en science, en ingénierie, en philosophie, en religions, en politique, en médecine…

2) La Tekné
A la fin du 21me siècle je contribuais beaucoup dans un news group de Usenet (l’ancêtre des forum) dédié à la SF et qui existe toujours : FRASF (Fr.Rec.arts.SF) archivé sur le WEB par Google, et c’est au cours de ces débats que j’ai forgé le néologisme de noonaute autour de 1997

Dans ce forum, une prof de philo de Nantes, Nathalie Labrousse faisait avec bonheur de la vulgarisation philosophique, et nous avait décrite les anciennes méthodes cognitives des grecs (ethique à Nicomaque) antérieures à la science telle que nous la connaissons, et qui leur permettait de “comprendre” le réel : La Phroenesis, la Tekné, l’Epistème, la Sophia et le Noùs.

La Tekné, qui donnera “technique” est un des concepts qui m’a le plus parlé, et me permet, par une interprétation personnelle de comprendre une partie fondamentale du travail artistique.
La Tekné, c’est cette petite connaissance intuitive, ineffable, intransmissible que nous acquerrons petit à petit de “comment” fonctionne le réel à force de nous battre avec lui.

L’un des enjeux fondamentaux du travail de l’ingénieur comme de l’artiste, c’est de faire “exister” dans le réel un concept ou sa représentation. De “matérialiser” de l’information cognitive. Et le problème auquel on se heurte immédiatement, c’est que le réel ne se laisse pas faire, on va devoir s’adapter aux contingences du réel, qui sont à la fois un obstacle, mais aussi un enrichissement. Le processus de “matérialisation” de l’oeuvre génère une sorte de “dialogue” entre l’auteur et le réel, où, par une série d’aller-retour, de feed-back complexes, l’oeuvre va évoluer, se transformer au cour de son élaboration. Ce qui sera “matérialisé” sera différent de ce que l’auteur aura imaginé au départ. L’oeuvre finale est une symbiose entre le “concept” informationnel originel, et ce que cette interaction avec la “réalité” y aura ajouté.
Il y a donc, dans chaque oeuvre d’art, ou construction humaine, une part d’humain, et une part mystérieuse de “réel”. Et le réel… ben on ne sait pas ce que c’est. Les oeuvres artistiques, ou d’ingéniérie, véhiculent inévitablement des “informations” mystérieuses issues de ces interactions avec le réel injectées au cours de leurs élaborations, qui font que les oeuvres réalisées “dépassent” les intentions originelles de leurs auteurs, et c’est la je pourrais peut-être utiliser le terme de “création”. Non pas dans le sens où l’artiste aurait “créé” quelque chose de nouveau, mais dans le sens ou c’est le processus d’interaction avec le réel qui à “créé” quelque chose. Nous sommes, non pas des “créateurs”, mais des vecteurs de “création”.

3) Le tropisme démiurgique de la page blanche.
Il y a deux postures “essentielles” et opposées en art, et la encore, elles sont en relation avec le “réel”.

Un exercice fondamental en école d’art est le croquis d’après nature. Quelqu’un qui a des aptitudes en dessin a souvent un talent pour traduire graphiquement des “visions” conceptuelles, de façon réaliste ou non. Lorsqu’on intègre une école ou un cour de dessin, un des premiers exercice est d’apprendre à travailler d’après nature. C’est à dire à “observer” le réel, et a essayé de le transcrire. Et très vite, on réalise la complexité intrinsèque du réel qu’il n’est pas possible de retranscrire parfaitement.
Cette richesse et complexité du réel qui dépasse de très loin nos capacités cognitives est une prodigieuse source d’inspiration quasi extatique pour certains sans pour autant devoir l’investir d’une dimension mystique.
CF : L’astrophysicien américain Neil de Grasse Tyson lors des conférences “Beyond Belief” (Session 10).
http://thesciencenetwork.org/media/videos/220/bb-10.mp3

Et peut devenir un “moteur” artistique fondamental. Ainsi lorsque je réalise des documentaires, ou lorsque je fais des croquis d’après nature, je suis à “l’écoute” du réel. Je suis dans un processus de “captation” avec souvent une (vaine) volonté consciente ou subconsciente de “fidélité” dans ma restitution. Bien qu’ “interprétées” les oeuvres ainsi réalisées sont “chargées” de la complexité “naturelle” du réel, qui a été capté, malgré moi par le dispositif de reproduction.

L’autre démarche opposée, à la “captation”, c’est ce que j’appelle ”le tropisme démiurgique de la page blanche”.
On va s’efforcer de s’affranchir de la contingence de “reproduire” un réel existant, pour “inventer” une cosmogonie imaginaire à partir de zéro. C’est l’opposé de la démarche documentaire : la fiction. Plutôt que de “relater” le réel, je vais proposer une nouvelle “réalité”.
La Science-Fiction étant pour moi emblématique de cette démarche, et plus récemment les univers 3D temps réel, qui reproduisent de façon “réaliste” nos perceptions oculaires, acoustiques et maintenant tactiles.
La science-fiction est une métaphore active des capacités de traitement de l’information qui caractérisent les humains d’un point de vue cybernétique:
Nous sommes des organismes fragiles, et pour compenser nos faiblesses et assurer notre survie, notre système cognitif passe son temps à simuler des réalités virtuelles, à imaginer le futur en fonction de ce que nous connaissons du passé. (Ce qui est la définition de la conscience par Bergson). Les fantasmes d’Holodeck de Star Trek sont l’expression métaphorique de ce processus cognitif. Notre cerveau est un outil dédié à donner du sens au chaos afin d’assurer notre survie. C’est en spéculant, simulant, extrapolant les dangers à venir que nous assurons notre survie et notre pérennité, la science étant l’émergence de ce processus cognitif. Un outil cognitif de survie. Plus notre “compréhension” des mécanismes à l’oeuvre dans le “réel” sera pertinente, et plus nous avons des capacités d’assurer notre survie et perpétuation.
Il y a donc dans la pratique artistique (entre autre), un processus résultant de cette fonctionnalité cérébrale : le plaisir, le désir, la satisfaction de bâtir des cosmogonies imaginaires, spéculatives cohérentes et pertinentes à partir de zéro dont la complexité pourrait éventuellement un jour, égaler la complexité du réel. Ce n’est pas l’expression d’une “mégalomanie” “créatrice” par identification au divin, mais plus modestement l’expression ou la reproduction mimétique d’une aptitude cognitive essentielle pour notre survie : “la conscience”.

4) Le “Sage”, acteur de son futur.
D’après Ouspensky dans son livre “Fragments d’un enseignement inconnu”, pour l’ésotériste occulte Gurdjieff, la plupart d’entre nous n’agissons pas, nous nous contentons de “réagir”, seul le “sage” étant réellement “agissant”.
Dans cette optique, je ne me sens pas “sage”… je me perçois au contraire comme étant dans la “réaction” plus que dans “l’action”.
C’est à dire que mes choix de vie sont essentiellement déterminés par réaction par rapport aux contingences immédiates du réel. Je ne choisi pas vraiment ce que je veux être et je veux faire. Depuis mon enfance, je ne fais que m’adapter aux évolutions de mon environnement.
Si vraiment j’étais “agissant” je serai maître de mon destin. Et libre. Mais, hélas je n’en ai pas les capacités cognitives, je n’ai pour l’instant que la capacité de m’adapter plus ou moins bien aux évolutions de mon contexte, qui d’ailleurs devient de plus en plus galère.
En cela et pour répondre à ta question, à défaut de pouvoir “créer” mon propre avenir, j’ai encore moins la capacité de créer notre futur collectif. Si j’avais la capacité de “créer” l’avenir, je serai ce sage peut-être utopique décrit par Gurdjieff, je ne “réagirais” pas mais “j’agirais”.
Par contre je sais.
Je sais ce qu’est l’avenir car je suis un enfant du futur perdu dans le passé, et j’attends avec impatience ce moment où je retrouverai enfin les miens.

Lors de l’entretien préparatoire, tu m’as annoncé que tu quittais définitivement, en principe, la capitale française où tu vis actuellement. Tu rejoins le pays du soleil levant pour tes compétences professionnelles dans les univers parallèles. Pas de regret de quitter le lieu qui t’a vu naître ? Ton coeur et tes racines sont-ils aussi dématérialisés ?

Je suis déjà un exilé breton… si j’avais pu choisir, je serai resté vivre en Bretagne, près de la mer et des korrigans … mais hélas, il n’y a jamais eu de travail pour moi en Bretagne dans mon secteur d’activité. Il y a 30 ans c’était dans le secteur de la création vidéo, télévisuelle, puis dans le secteur des univers virtuels,  et maintenant, il n’y en a plus à Paris non plus. J’ai toujours été perçu comme une espèce d’OVNI.
Pour survivre toutes ces années, tout en poursuivant mes explorations noonautiques, j’ai du mettre en place des stratégies cyberpunks (voyou cybernétique) pour financer la constructions de mes nooscaphes comme je le raconte dans mon petit film métaphorique qu’est Noogenesis.

Mais je suis aussi cet inadapté social, ce rond dans un monde de carrés que je décris dans cet autre court métrage de création : micrographie.

Ton actu, tes projets, ton futur ?

Ce qui peut sembler paradoxal, c’est que bien qu’ayant une connaissance intuitive de ce futur auquel j’appartenais et vers lequel je retournais, je ne m’y suis jamais projeté.

Je veux dire que je n’ai jamais mis en place de stratégie à très long terme, et miraculeusement, j’ai réussi malgré tout à traverser un demi-siècle d’existence avec beaucoup de bonheur. J’ai connu l’extase artistique, cet instant exceptionnel que certains appellent l’instant créateur, j’ai aussi connu l’extase mystique et la fusion avec le divin, j’ai connu le passage du millénaire pendant lequel s’est produit un événement noosphérique majeur :  la science-fiction et le réel ont fusionnés. Cela peut paraître anecdotique, mais ceux, comme moi, qui se sont construits au travers de la littérature de SF à la fin du vingtième siècle comprennent de quoi je parle. J’ai connu l’éclosion des réseaux numériques planétaires et l’extraordinaire émotion de pouvoir projeter étendre son identité à la planète entière. J’ai connus les vertiges de faire de la haute voltige dans les mondes persistants aux commandes d’avatars numériques. J’ai expérimenté avec bonheur les extases extrêmes de la sensualité, la fusion androgynique des genres, en virtuel comme en réel, donné et reçu beaucoup d’amour, j’ai eu plusieurs vies, plusieurs corps, et j’ai miraculeusement échappé au Sida, aux accidents automobiles, aux addictions de toute sorte…  mon grand regret, est que je n’ai hélas pas fait d’enfants, et je vois maintenant dans le regards des enfants des autres, les fantômes de ceux auxquels je n’ai pas ouvert les portes de la vie. C’est ma seule vraiment grande tristesse. Mais c’était un choix volontaire. Je le savais depuis le début, ma vocation d’aventurier noonaute était incompatible avec une vie de famille, et c’eut été égoïste de leur imposer la précarité et l’instabilité de la vie que j’ai vécu.

Maintenant, je dois avouer que je ne suis plus que dans la survie. Je crois que j’ai atteint le bout mon chemin.  Pour reprendre les métaphores, mon nooscaphe n’a plus de carburant. Je suis descendu des cimes en vol plané, et depuis quelques mois les ailes de mon petit esquif frôlent l’écume des vagues.
Il y a des lumières qui scintillent à l’horizon, et je surf sur les alizés pour retarder le moment où le grand bateau sombre avec l’Ankou à sa barre naviguera de conserve à mes côtés…
Je largue mes derniers trésors, scellés dans des bouteilles que je livre aux flux changeants du cyberespace, comme cet entretien.

Sinon, au niveau projets en cours, je suis en train de fabriquer une version Open de mon NooMuseum, que l’utilisateur pourra personnaliser avec ses propres expos et mettre en ligne, ou utiliser à des fins pédagogiques ou de conférence.

Et je cherche des partenaires pour m’aider à son développement  via les sites de financement contributifs de crow-funding.

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