Québec : Tendre la joue droite à l’infini

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Le Québec est un endroit extraordinaire. Un homme armé tente d’abattre une femme politique, dans un rassemblement politique, un jour d’élection politique, et ce ne serait pas un attentat politique selon les médias québécois. Belle gang d’innocents. C’est simple, rien n’est jamais politique au Québec. La Fête nationale? Pas une fête politique, une célébration. L’humour de Sugar Sammy? Pas de l’humour politique, de la provocation. La censure dans le cinéma? Pas de décision politique, un choix artistique. La commémoration de la bataille des Plaines? Une belle fête pour tous. La visite du Prince? Un événement glamour. C’est très simple, au Québec, il n’y a pas de politique. Un homme tente d’abattre la nouvelle première ministre en criant que « les Anglais se réveillent, it’s payback time! », et ce n’est pas politique. Et les médias d’en rajouter en se demandant si ce geste n’allait pas raviver les tensions entre anglophones et francophones. Raviver les tensions? Parce que vous les trouvez apaisées les tensions? Avec les médias canadiens-anglais qui vomissent sur le Québec pendant toute la campagne électorale, où avez-vous vu un apaisement?

Richard Henry Bain a tué une personne et en blessé une autre, et n’eut été de l’héroïsme de Denis Blanchette, que serait-il arrivé? Et pire, il y a notre réaction. Qu’est-ce qu’on fait? On fait une vigile où on s’excuse presque d’exister. Le syndrome du colonisé qui se fait marcher sur le pied et qui s’excuse d’avoir mis son pied dessous. Cette mentalité catholique de tendre l’autre joue. Ça fait plus de 250 ans qu’on tend l’autre joue. On tend l’autre joue et que font les Anglais? Ils nous en crissent une autre, et une autre et une autre. Ils en rajoutent, dans les journaux, sur les blogues, sur les réseaux sociaux. « C’est de la faute à Pauline avec ses politiques du IIIe Reich! », « Dommage qu’il l’ait raté! », « La prochaine fois, on l’aura! ». On s’excuse encore. On nie la situation. On regarde ailleurs. On pleure. On retourne travailler. On regarde Occupation Double. On s’agenouille. On tend à nouveau l’autre joue.

Et la situation se renverse. Les Québécois sont les oppresseurs de la pauvre minorité anglophone. Nous sommes les tortionnaires avec nos politiques fascistes visant à protéger notre langue, les chemises brunes rentrées dans les pantalons. Une main sur la canisse de sirop d’érable et l’autre sur la porte des chambres à gaz. Culpabilisons, nous qui voulons exister en tant que peuple. Petite précision sémantique : les Anglais ne sont pas une minorité au Québec, ils sont une majorité au Canada. Le Québec n’est qu’un sous-ensemble. Évidemment, cette tactique pratiqué par l’ennemi de parler de minorité anglophone au Québec s’est répandue parmi nous, si bien que nous jouons le jeu en parlant de la minorité anglophone au Québec. Si les Anglais se réveillent, nous, nous dormons au gaz. Le printemps québécois a servi à réveiller une bonne partie de la masse, mais il reste encore plein de dormeurs qui ont voté pour les libéraux ou la CAQ.

Pour Frantz Fanon, la mentalité de colonisé devient une maladie qui affecte l’être, qui l’empêche de s’épanouir, qui conditionne sa façon de penser, sa façon de parler, de réagir, etc. Ici, la mentalité du colonisé c’est deux Québécois francophones qui se parlent en anglais. Des colonisés pathologiques. Et nous assistons à cela tous les jours. Personnellement, j’en plein le cul de voir mon peuple vivre avec cette mentalité de colonisé, avec cette tendance catholique à tendre l’autre joue à l’infini. Je ne veux plus être un sujet de Sa Majesté. Je ne veux plus penser en colonisé. Je veux guérir. Je veux exister en tant que peuple.

Une dernière chose. C’est presque passé sous silence, mais les athlètes olympiques et paralympiques ont récemment reçu la médaille du jubilé de diamant de la Reine d’Angleterre. Pas un ostie qui refuse la  décoration. C’est quoi, on leur a lavé le cerveau? Pas un. C’est sûr que venant du plongeur de McDonald, je ne m’attendais pas à grand-chose mais crisse!, pas un. Peut-être qu’ils s’entraînent tout simplement trop et que le cerveau s’atrophie. On est loin de Reggie Chartrand, Muhammad Ali ou Carlos et Smith.

Dans les dernières années, j’ai rarement été témoin d’un athlète qui a posé un geste politique. Ça arrive parfois. Le gardien de but des Bruins de Boston, Tim Thomas, a refusé d’aller à la Maison blanche, arguant que le gouvernement fédéral brime les droits des individus. Je me souviens aussi que ça m’avait fait très plaisir d’entendre Jean Pascal déclarer, avant de participer aux jeux olympiques, qu’il aimerait bien qu’on joue l’hymne national québécois s’il montait sur le podium. Mais ce n’était certainement pas un « geste politique », selon nos médias…

Julien Falardeau

Article d’origine : http://www.lequebecois.org/

Article tiré du webjournal  le Québecois avec qui 7Seizh a un accord de partenariat.

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