Débat sur la télévision bretonne de demain. Petit rappel historique… pour mieux avancer

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Trois anciens présidents de Diwan : Gweltaz ar Fur, Reun L’Hostis et André Lavanant.
Trois anciens présidents de Diwan : Gweltaz ar Fur, Reun L’Hostis et André Lavanant.

Notre article intitulé « quelle télévision bretonne se demande l’UDB » a suscité de nombreuses réactions et nous avons publié ici les plus significatives. Une d’entre elles mérite qu’on y réponde car elle pourrait laisser croire que ce nous affirmons sur le passé de l’UDB serait sujet à caution. Sans doute que ce rappel ne vaut pas grand-chose face à la formidable histoire de Diwan, mais, il est significatif et symbolise probablement le fonctionnement, la manière d’aborder les problèmes et les choix stratégiques d’une organisation politique qui semble conserver les mêmes réflexes. Cela est palpable aujourd’hui sur le dossier chaud de Notre-Dame-de-Landes dont on ne sait plus ce que pense l’UDB. Elle vote le budget de la Région, « acte politique majeur », qui offre pas moins de 29 millions au projet du nouvel aéroport alors que certains de ses militants, et pas des moindres, manifestent avec les opposants ! Un réflexe ou un comportement qu’on retrouve dans le regard de Naïg le Gars lorsqu’elle écrit, faussement (?) naïve, après son plaidoyer pour une transformation de France 3 Bretagne sur le modèle corse de Via Stella qui aurait « de quoi dynamiser une filière » : « Un élément qui n’a pas échappé à Marylise Lebranchu lors de sa visite au conseil régional le 12 novembre dernier. Selon la ministre, l’audiovisuel est un gros élément de développement économique en Allemagne, et dans ce domaine le conseil régional est invité à exprimer ses propositions en termes d’expérimentation. » ! On verra dans les semaines qui viennent… si l’UDB parviendra à convaincre le pouvoir en place de l’urgence d’un « global média » pour la Bretagne ?
Mais cette apparente confiance dans une ministre également conseillère régionale PS ne manquera pas d’interpeller ceux qui ont pris le temps de lire les premiers jets de sa loi de décentralisation dont la « fuite » organisée et la publication dans La Gazette des communes ne doivent rien au hasard.

Marylise Lebranchu, ministre en charge de la décentralisation et conseillère
Marylise Lebranchu, ministre en charge de la décentralisation et conseillère

Pour revenir à l’histoire contemporaine et aux commentaires de nos lecteurs, citons celui-ci traduit du breton : «Je trouve étrange que l’UDB ait fait la gueule face à la création de Diwan », écrit notamment Erwan Denez, « alors qu’ Yvon Abiven et Reun L’Hostis étaient dans les créateurs de Diwan tout en étant membres de l’UDB… ».

Voici ce qu’en dit Reun L’ Hostis dans son livre « Ar boled mean. Le boulet de pierre ».

« Au cours de l’été 1977, je me rendis, seul, un peu naïvement, à l’assemblée générale des enseignants bretonnants d’Ar Falz pour demander leur soutien à Diwan, par une motion. Ils votèrent, mais je ne me souviens plus si ce fût à bulletin secret ou à main levée. Toujours est-il que le résultat fut négatif et je le ressentis comme une gifle. (…) Ce refus eut des conséquences graves, car il faut savoir que ces enseignants souvent syndiqués au SNI, SNES ou SNESUP étaient aussi, pour beaucoup d’entre eux, adhérents de l’UDB et quelques fois membres de la direction. (…) Je décidais donc de porter l’affaire devant les instances dirigeantes de l’UDB, en novembre 1977. J’étais membre du bureau politique, y représentant la puissante fédération du Léon, après avoir été, de 1970 à 1972,

responsable des affaires extérieures, et de 1972 à 1976, responsable des affaires intérieures, chargé entre autre du fonctionnement interne et des adhésions. En 1977 l’UDB comptait près de 2000 adhérents.

Au cours de cette réunion du bureau politique, je mis au vote une motion de soutien à Diwan.
Résultat : vingt voix contre et deux abstentions. Je ne remis plus les pieds au BP et en 1984, à l’occasion du congrès je quittai l’UDB avec pertes et fracas… ». D’autres sources confirment le propos de Reun L’Hostis .

Bien entendu, l’UDB a évolué sur ce dossier. Mais, dans sa manière d’appréhender les nouveaux défis que doit relever le peuple breton a-t-elle véritablement changé ? Demander à France 3, qui relève du gouvernement auquel appartient Marylise Lebranchu, en l’état actuel du rapport de force politique, de créer une véritable télévision bretonne ne manquera pas d’apparaître à certains comme demander à une dinde si elle veut fêter le réveillon ! Sincèrement, je ne demande qu’à me tromper et que très rapidement les faits me donnent tort.

14 Commentaires

  1. réponse à Jean L: je suis bien d’accord, c’est nul… Quand la critique est motivée par des arrière-pensées, c’est toujours nul car cela conduit à écrire des bêtises.

    Sur la question de Diwan, l’UDB a fait son autocritique, si je puis dire, depuis bien longtemps. Il suffit de comparer la liste des communes de Bretagne où des filières immersives (Diwan) ou bilingues se sont créées depuis les années 80 avec celle des communes où l’UDB compte des élus municipaux. Dans la seconde moitié des années 70, ceux qui dirigeaient alors l’UDB (à l’époque le bientôt quinquagénaire que je suis portait encore des culottes courtes, c’est vous dire si ça date…) se sont divisés sur l’opportunité d’apporter un soutien public aux créateurs des premières écoles Diwan: c’est un fait historique constaté. Les opposants à ce soutien, qui étaient majoritaires à l’époque, arguaient qu’il fallait se mobiliser pour l’enseignement du breton et en breton dans l’enseignement public et qu’une initiative comme Diwan risquait de dévier de cet objectif. D’ailleurs ils n’étaient pas les seuls à faire cette analyse dans le contexte politique français: c’est la raison pour laquelle les nationalistes corses, tout nationalistes qu’ils sont, n’ont jamais porté le projet d’ouvrir des écoles immersives en langue corse. L’histoire a tranché et donné raison aux fondateurs de Diwan, c’est clair. Sans Diwan, non seulement l’enseignement immersif n’existerait pas en Bretagne, mais les filières bilingues n’auraient très probablement pas connu le même développement, même si celui-ci reste encore très insuffisant au regard des besoins et des attentes des familles.

    Au sujet de la TV, Charlie Grall se trompe quand il écrit que l’UDB sollicite France 3. C’est tout le contraire! C’est la direction hexagonale de France 3 qui a sollicité la Région Bretagne depuis quelques mois pour lui proposer d’engager une réflexion sur l’évolution de France 3 en Bretagne vers une chaîne du type Via Stella (créée en Corse en 2007 et diffusée sur la TNT depuis janvier 2012). Que fallait-il faire? Envoyer paître la direction hexagonale de France 3? Les élus régionaux de l’UDB ont pris leurs responsabilités en soumettant à la session plénière de décembre une motion qui répond favorablement à cette sollicitation et par laquelle la Région Bretagne a décidé d’engager officiellement des discussions avec le groupe France Télévision et avec le gouvernement. Cette motion a été votée à l’unanimité. Elle avait le soutien de l’intersyndicale des personnels de France 3 en Bretagne. Et les salariés brittophones de France 3 en Bretagne n’étaient pas les moins engagés dans ce soutien. Je suis fier d’avoir répondu à cet appel et je l’assume.

    Christian Guyonvarc’h

    • J’ajoute (parce que je crois que c’est utile de rappeler qu’on peut être un militant politique et un élu et ne pas s’en tenir qu’aux mots) que je suis donateur à Diwan depuis 20 ans par prélèvement automatique. Le fait que mon fils soit scolarisé dans le public bilingue (Diwan n’existant pas sur ma commune) et que je cotise aussi à Div Yezh n’a pas remis en cause mon prélèvement automatique à Diwan. Et je ne suis pas un cas isolé. Beaucoup d’adhérents de l’UDB, élus ou pas, sont des donateurs de Diwan.
      Donc, ressusciter les morts des années 70 ne me paraît pas apporter beaucoup au débat en 2012. Diwan s’est construit aussi avec des adhérents de l’UDB.
      Christian Guyonvarc’h

        • Je ne me justifie pas, je réponds à un article de Charlie Grall inexact sur le dossier de l’évolution possible de France 3 en Bretagne vers une chaîne du type Via Stella. J’explique en quoi il est inexact, à savoir que c’est la direction de France 3 qui propose à la Région Bretagne d’ouvrir une négociation sur cette évolution, pas le contraire. Les élus de l’UDB au Conseil régional de Bretagne ont fait en sorte que la Région réponde favorablement et par la voie la plus officielle qui soit (une motion publique) à cette proposition. Sur le dossier de Diwan je tenais à rappeler que si les responsables de l’UDB à la fin des années 70 avaient probablement manqué de clairvoyance en n’engageant pas leur parti au côté des fondateurs de Diwan et j’en explique les raisons (les mêmes qui ont conduit les nationalistes corses à privilégier la revendication d’une généralisation de l’enseignement du corse dans l’enseignement public), depuis les années 80 les militants et les élus de l’UDB ont témoigné, collectivement et individuellement, de leur engagement au côté de Diwan et souvent dans la vie même de Diwan.

  2. Il faut croire qu’il ne se passe pas grand chose dans le monde politique breton en dehors de l’UDB puisqu’en l’espace de deux semaines à peine c’est le troisième article de Charlie Graal qui cible l’UDB. “Qui aime bien châtie bien”. Donc, nous dirons que ce n’est pas de l’amour mais de la rage… Ce commentaire aura-t-il plus de chance de passer que le premier qui avait été censuré par votre rédaction? Est-ce donc un crime de lèse-majesté de souligner les liens de travail qui unissent Charlie Grall et le maire de Carhaix? Est-ce un crime de lèse-majesté de rappeler que le maire de Carhaix avait choisi d’apparaître au côté de François Hollande sur sa dernière affiche électorale à l’occasion des récentes élections législatives et qu’il siège dans le groupe socialiste et apparentés au Conseil général du Finistère? Est-ce un crime de lèse-majesté d’écrire qu’on n’est pas dupe?.. 7seizh.info est-il au service d’un homme politique?

    • La rédaction valide le commentaire précédent en apportant les précisions suivantes :

      Le commentaire d’attaque personnelle contre Charlie Grall, dont vous parlez, a été validée par l’intéressé lui même.

      En effet vu la teneur de ce commentaire qui correspondait plus à une attaque de personne qu’à un véritable échange visant à la réflexion, commentaire écrit sous pseudo car il semble que le courage manque dans ces cas-là pour signer sous une véritable identité, la rédaction a souhaité que Charlie Grall valide lui-même où non cette attaque. Dans l’esprit de la rédaction de 7seizh, Charlie Grall a choisi de valider cette attaque pourtant écrite sous anonymat.

      Il est dommageable pour la nation bretonne que, dès qu’une structure reçoit des critiques, ses membres ne sachent répondre que par l’attaque de personne.

      Le Parti Breton, dont nous regrettons régulièrement le manque de visibilité sans plus mâcher nos mots, ne pratique pas ce genre de réponse et même si ses membres ne sont pas heureux, ils tentent d’y répondre dans un état d’esprit constructif.

      De même, lors de plusieurs éditos, Breizhistance a essuyé des critiques sans plus de ménagement. Pourtant, sans doute conscients que rien n’est parfait, ils continuent à communiquer et à avancer dans leur démarche.

      La liberté commence par la possibilité de dire mais aussi d’entendre une critique tant qu’elle est constructive. S’attaquer à la personne d’un rédacteur, même s’il ne s’agit pas du premier venu, ne répond en rien à une construction. C’est un déchirement, une source d’affaiblissement.

      Il n’y a pas de débat vain. Il n’y a pas de critiques inutiles.
      Il n’y a que des aveugles et des sourds qui refusent de voir et d’entendre alors qu’ils pourraient mieux faire.
      Pourquoi ?

      • Mes réponses au 1er et au 3ème articles que Charlie Grall a produits sur l’UDB ces deux dernières semaines sur votre site étaient signées, elles n’étaient donc pas anonymes. Sur le fond des choses, vos lecteurs ont le droit de savoir que l’auteur de ces trois articles a des relations de travail étroites et quotidiennes avec un élu qui, il y a très peu de temps, faisait de sa proximité avec le candidat du PS à l’élection présidentielle un argument fort de sa communication électorale pour les législatives. C’est un élément d’information utile pour saisir tout le sens de ces trois articles dont la tonalité générale est de reprocher à l’UDB d’avoir des relations politiques avec le PS. C’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité… J’écrivais qu’il ne fallait pas être dupe. Je le maintiens.

  3. Je l’aurais écrit et signé. Bien joué. L’UDB est à la masse, pourquoi l’emsav perd-t-elle encore son temps à lui accorder du crédit politique ? Reun An Hostis, avec qui j’ai eu contact récemment lors des élections, est une personnalité intelligente du mouvement breton, un actif, une tête forte et est au Parti Breton aujourd’hui. La Bretagne avance. Mais pas à gauche… la “gauche bretonne” aux teintes nationalistes, attend l’heure de sa déchéance un bandeau sur les yeux en accusant ses plus proches alliés naturels d’être leurs bourreaux… la hache est dans la main du jacobin, pas du breton. La SEULE voie sérieuse est KAD (Kelc’h An Dael). L’alliance, la construction.

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