Home Les humeurs de Fabien Lecuyer Le ras le bol de la « Bretagne à papa »

Le ras le bol de la « Bretagne à papa »

messeCette affaire « Bretons/François-Régis Hutin »* aura permis au monde entier, et en particulier à la presse parisienne, de découvrir cinq réalités en Bretagne

1/ Il existe bien une « question bretonne ». 18% d’un territoire quelconque pour l’indépendance, ce chiffre est inimaginable en Picardie, en Normandie ou dans la région Centre par exemple. Si la question du sondage avait porté sur une autonomie à la catalane ou à l’écossaise, le chiffre aurait été encore plus impressionnant. Or, la seule réponse du gouvernement est le piteux acte III de la décentralisation.

Cet écart entre les aspirations profondes de la population et la réponse du gouvernement est dangereux pour l’avenir. Demain « l’affaire Bretons » aura quitté les feux de l’actualité mais cet écart restera. Comme un baril de poudre.

2/ Alors qu’une part non-négligeable des Bretons veulent l’indépendance, les scores des mouvements indépendantistes ou autonomistes bretons sont généralement présentés comme « insignifiants ».

C’est en partie vrai. Mais en partie seulement. Ici et là, des candidats autonomistes ou indépendantistes font des scores bien au-delà des 3% et ce depuis toujours. Emgann (extrême-gauche indépendantiste) : 9,8% aux municipales à Guingamp en 1989, 9,11% à Belle-Île-en-Terre en 2008, etc… Pour les autonomistes de l’UDB, certains scores feraient pâlir d’envie bien des formations françaises : 18,49% dans une cantonale à Plouay en 2008 et un nombre honorable de 10% ici et là. Et rappelons qu’un maire UDB de tendance indépendantiste, Iffig Rémond, a longtemps dirigé la ville de Saint-Hernin (29).

Le Parti Breton dépassa, pour sa part, les 5% lors de cantonales à Ploudalmézeau (29) et Blain (44) aux dernières élections. Même l’extrême-droite, sous les couleurs d’Adsav, fait régulièrement des scores respectables : 5,21% à Briec (29) et 6,29% à Lamballe (22) en 2008. Rappelons également que les villes de Carhaix (29) et Langonnet (56) sont dirigées par les autonomistes Christian Troadec et Christian Derrien. De plus quel territoire peut se targuer d’avoir envoyé deux autonomistes, Paul Molac et le trop discret Jean-Luc Bleunven, à l’assemblée nationale française lors des dernières législatives ?

Considérer que l’autonomisme et l’indépendantisme sont condamnés aux anecdotiques 3% ad vitam eternam est une erreur. Affirmer, comme le politologue Romain Pasquier, que le désir d’indépendance de 18% des bretons est juste un « pied de nez identitaire » est également une erreur. Pour comprendre cet écart entre le « désir » et la « pratique politique », il serait plus sage de prendre aux pieds de la lettre les déclarations du président du Parti Breton, Yves Pelle, dans le dernier numéro de « Bretons » : « on n’est pas très bon ». Entre les alliances fâcheuses, les attitudes inadéquates, les positionnements politiques incompréhensibles et l’absence sur le terrain, les partis bretons payent, chacun à leur manière, leurs handicaps à chaque élection. Mais de nouvelles générations apparaîssent dans toutes les formations…

3/ L’affaire « Bretons » révèle au grand jour l’existence d’une certaine « Bretagne à papa ». Le paternalisme des grands barons du journalisme en Bretagne, Hubert Coudurier pour le Télégramme et François-Régis Hutin pour Ouest-France, véritables gardiens de l’ordre établi et de la bonne morale républicaine est insupportable. Leur Bretagne à papa est insupportable. La duplicité de la plupart des hommes politiques bretons de l’UMPS est tout aussi insupportable. « Bretons revendicatifs » en Bretagne, les mêmes expliquent avec force zèle, une fois arrivés dans les sphères du pouvoir, que tout ce qu’ils avaient défendu au pays n’est, en fait, que « pure folie ». Tout cette camarilla de patrons de presse et d’élus, cette alliance du stylo et de l’écharpe tricolore n’a qu’un objet : maintenir ses « bons bretons » dans une sorte de léthargie institutionnelle et politique antédiliviens. « Un peu catholique, un peu con-con province, mais bien travailleur et tout à fait français », tel doit être le breton. On lui tolère quelques emportements pour défendre ses patoiseries et ses choux-fleurs mais tout ça doit rester raisonnable. Un peu de « goutte » et tout rentre dans l’ordre ! On fera monter les plus doués à Paris, ça fera rêver les autres !

Cette « Bretagne à Papa » défendue par tout un ingénieux système est devenue une obscénité, une curiosité scientifique, une moisissure préhistorique.

4/ Un des enseignements à tirer du « sondage interdit » est qu’il y a plus de 30% d’indépendantistes chez les moins de 24 ans et que ce chiffre s’effondre chez les plus âgés. Deux tranches d’âge, deux visions de la Bretagne, deux visions de la vie. Autrefois, le breton était complexé et regardait vers Paris pour accéder à l’ascension sociale, aujourd’hui les jeunes regardent vers Londres, Barcelone, Berlin, Toulouse. Les exemples catalans et écossais influencent les esprits également. « L’Indépendance sereine » c’est possible ! De surcroît, face à la foisonnance culturelle en Bretagne et à l’attractivité des grandes villes européennes, Paris apparaît parfois comme une lointaine banlieue de… Rennes.

5/ Enfin cette affaire « Bretons » aura permis de donner un éclairage inédit sur la nouvelle donne des guerres asymétriques. Une bande de va-nu-pieds, dotée d’un budget de 0 euros et d’un sacré culot aura fait trembler le premier quotidien francophone au monde !

Après tout, ce n’est que « Justice et Liberté », pas vrai?

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* Le mensuel « Bretons » a été retiré des kiosques en raison de sa Une polémique annonçant :« 18% de Bretons pour l’indépendance ». L’ordre de retirer les exemplaires était venu, selon divers témoignages, de François-Régis Hutin, président du quotidien Ouest-France, distributeur de « Bretons ». 

12 COMMENTS

  1. Au sujet du dessin « à la cabu » : il me semble particulierement à coté de la plaque.
    Ouest-France est plus un precheur laïc toujours au coté du gouvernement pour la Laïcité, la multiculturalisme, etc….plus que pour un preche catholique. au contraire il va dans le sens du vent. si OF était comme votre dessin semble le dire; il serait en quelquesorte une « contre culture » : anti mariage gay, valeurs de la famille etc…

    alors que Ouest-France est surtout un suiveur des grandes lignes de l’Ouest : tiédeur, laïcité, « bisounours-isme », « tout le monde est gentil » . et bien sûr anti identités autre que la « républicaine ». car Ouest-France se veut avant tout français de l’Ouest et rien d’autre.

  2. Commentaire sans doute annecdotique à propos du magazine « Breton ». Passant à côté d’un point presse en ville, je demande au vendeur s’il avait reçu « Breton ». Non je n’en ai plus dit-il. Je lui indique que je savais qu’un numéro avait été retiré mais je croyais qu’un autre avait été publié à sa place. Ceci est vrai selon les info de FR3 Bretagne, et le bandeau coupable aurait été remplacé un autre indiquant que les Bretons ne connaitraient pas leur histoire, ce qui est aussi une autre vérité. Le vendeur enchaine: « c’est une connerie d’avoir retiré ce numéro, cette semaine j’ai eu plein de clients qui me l’ont demandé ».

    Moralité de l’histoire, la censure est une maladresse pour celui qui veut l’appliquer. Sans cette décision de retrait, il n’y aurait pas eu tout ce reuz. Chaque lecteur habituel du magazine l’aurait acheté, et comme il fait peut être partie des 18% convaincus, l’affaire serait restée entre « indépendantistes ». Grâce à la maladresse du censeur, l’information est sortie du cercle des « initiés » dans un public qui n’a pas eu besoin de payer pour recevoir l’information. Cet incident éclaire sur la liberté de la presse en France si tenté qu’il faille une preuve pour en faire une brillante démonstration. La question se pose désormais sur la ligne éditoriale du magazine désormais en liberté encore plus surveillée.

    • Vu qu’il y a eu du reuz, les gens vont se précipiter pour acheter la nouvelle mouture, pour voir ce qu’il y a dedans. Les gens qui râlent sont des naïfs…

  3. Ah oui ! Bien ! C’est bien écrit, là !

    En effet, assez de cette Bretagne à la papa qui se déchire pour savoir où on est plus breton qu’ailleurs -est-ce au pays Bigouden ou à Saint-Pol-de-Léon-, marre de cette Bretagne à la papa qui dit « ici, on n’a jamais parlé breton » ou « n’eo ket memes brezhoneg », rien à foutre de la Bretagne à papa qui est chauvine à Paris sans conscience nationale, osef de la Bretagne à la papa qui vote conservateur tout le temps (autrefois gaulliste, maintenant socialiste : conservation de l’assistanat), ras le cul de la Bretagne à la papa qui était cléricale autrefois et est aujourd’hui laïcarde -mais toujours, quoiqu’il en soit, soumise au dogme dominant dans l’Hexagone-, excédés de la Bretagne à la papa qui affectionne le service public et le qu’en-dira-t-on.

    Ra varvo dizale ar Bretagne-se ! Bevet Breizh !

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