Home Les humeurs de Fabien Lecuyer Pour en finir avec les « citoyens du monde » !

Pour en finir avec les « citoyens du monde » !

Un truc qui me file la colique, c’est cette mode des « citoyens du monde ». La dernière singerie du monde occidental. Le too much des éblouis de la fraternité mondiale.

Waziristan by night

D’abord, je ne connais pas de « citoyen hors-monde ». A part les extra-terrestres à Raël, les cosmonautes et les reclus de Saint-Nazaire, je ne vois pas qui peut correspondre à la définition. Ah et puis c’est le discours : « Moa je me sens à l’aise partout, de Lisbonne à Toronto en passant par New-Delhi . J’ai des amis sur tous les continents. Je me sens profondemment citoyen du monde». Et là normalement entre « profondemment » et « citoyen », le mondial en ferme les yeux de ravissement.

Alors… déjà… le camarade, qui en ces temps de crise bien méchante, a les moyens de s’envoler tous les quatre jeudis à Toronto ou à Sydney, il a, au minimum, le portefeuille à Manu Chao. De surcroît, le citoyen du monde en question est surtout un citoyen des villes ou des parcs nationaux bien sécurisés. Rare sont ceux qui vont exercer leur citoyenneté mondiale en Sierra Leone ou dans les townships de la Jamaïque. Un trek au Népal avec 32 porteurs dans une zone sécurisée comme la Maison Blanche c’est « citoyen du monde ». Se faire prendre en photo, hilare, les ray-bans sur la tête avec des enfants et leurs mamans au Sénégal, c’est aussi totalement « citoyen du monde ».

Par contre, le bobo à lunettes carrées qui passe ses vacances dans le Waziristan afghan c’est aussi « citoyen du monde » mais c’est moins courant. Parce y’a pas un « citoyen du monde » qui va jouer du tutu au Waziristain de souche dans sa merveilleuse contrée sur l’air de la citoyenneté mondiale. Faut le dire, sur place le concept de « citoyen du monde » est diversement apprécié. Et puis faut bien voir que cette lubie de la citoyenneté sans frontière ça ne touche que les occidentaux. Faut qu’on nous prenne pour des généreux, des grands cœurs. Des biens regrettants de notre sale condition d’occidentaux bourgeois.

Alors camarade citoyen, réfléchis bien avant de faire le chevaleresque, tu te vois aller bouffer du criquet farci à Tombouctou en ce moment ? Bah non. Parce que « le monde », pour toi, doit être exotique mais pas trop, parce que ta conception de ta citoyenneté mondiale s’arrête en même temps que la couverture réseau de ton mobile. Et surtout le beau rêve de la citoyenneté planétaire bute sur le cauchemar de la réalité mondiale.

Salaud de ploucs

Mais le plus triste est que les cadres mondialisés sautant d’aéroport en aéroport en ont, au moins, un aperçu de la planète. Les citoyens du monde qui écoutent de la musique électro-bantoue le séant dans le canapé Conforama n’ont jamais été plus loin que la FNAC. Sortie d’une gigouille à Barcelone et d’un voyage à Marrakech avec le comité d’entreprise mettons. Mais fait rien, ça te ramone du « citoyen du monde » la bouche en coeur pour faire l’intéressant. Les aventures ça se limite à celles de la chaîne « voyage » et à l’achat d’un sarouel à kiloshop, mais ça joue au désinteressé de la citoyenneté. Rien de plus navrant qu’un plouc a qui on colle trois plumes dans le derrière et qui se prend pour un aigle ! Saloperie de plouc ! Je t’enverrais tout ça dans au Nuevo-Rico avec le général Alcazar ! Alors calme toi camarade ! Effectivement c’est pas notre faute si on n’a pas les moyens pour voyager du soir au matin. Par contre, quand on ne peut point, on ne singe pas les abracadabranteries de ceux qu’en ont du fric. Merde quoi, un peu de tenue !

Abonné à Télérama

Parce que tout ce dada c’est encore bien de la fantaisie quand même ! En fait « Citoyen du monde », c’est la nouvelle expression pour « je suis ouvert d’esprit, j’écoute de la samba-reggae », du tchatchatcha coréen et je suis abonné à Télérama». Par contre, à part l’anglais et éventuellement l’espagnol ça ne parle que le français. Parce que faut pas déconner quand même, les autres peuvent faire des efforts ! Et puis les citoyens du monde ça habite toujours la France, l’Italie ou la Hollande en gros. Pourquoi pas aller s’installer en Birmanie ou en Guinée ? Le prix du m² est pas cher ! Et puis faut évangéliser les masses. Tant de bonté ça se partage !

Internationalisme vs citoyens du monde

Il y a quelques décennies, la mode c’était « l’internationalisme ». Moi ça plaisait bien, parce que pour être internationaliste faut d’abord reconnaître qu’il y a des nations. Et que chacun est avant tout membre d’un peuple, d’une culture, d’un pays. Ca ne l’empêche pas de respecter les autres et d’aider son voisin et son lointain s’il le faut. Et de reconnaître que tout le monde vit sur la même planète aussi ! Et puis d’aller vivre ailleurs si bon nous semble ! Et même d’aller se mettre à la colle avec qui on veut, qu’importe sa couleur et sa culture.

Mais « citoyen du monde », ça fait rire la réalité. C’est la queue de comète des utopies de la fin du siècle précédent. Et surtout le vrai citoyen du monde de nos jours, celui qui vit vraiment comme un citoyen du monde, il a une American Express dans le porte-feuille, il abhore les pouvoirs locaux, il méprise les cultures autre que la « globish culture », il défie le contrôle des flux d’argent et la protection sourcilleuse de l’environnement.

Et surtout il se moque bien de toute cette dégoulinerie de générosité de bazar !

19 COMMENTS

  1. Il y a tant de vrai dans cet article. Le bobo citoyen du monde qui en fait n’est qu’un citoyen globalisé occidental en jeans. Quand les citoyens du monde se décideront à porter les mêmes vêtements, manger la même bouffe, écouter la même musique que ceux qu’ils « visitent », on verra. Pour le moment, ils ressemblent plus à des touristes en mal d’exotisme. Qu’on se sente concerné par le bien être des populations dans le monde est une chose, qu’on veuille imposer son mode de vie aux autres en est une autre. Moi, Breton et Européen, ça me suffit. C’est déjà bien compliqué mais au moins on porte déjà tous des jeans…

  2. Désolé, je ne me reconnais en rien dans ce portrait de Citoyen du Monde (un Citoyen du Monde est un membre du membre du Mouvement des Citoyens du Monde ou une personne se reconnaissant dans ses projets). Pas d’effet de mode,pas de m’as-tu-vu, voyage au Maroc dans les bus populaires,pas abonné à Télérama mais à Ya!, breton brittophone enseignant l’histoire en breton et écrivant dans ya! ou Pobl vreizh je suis breton défenseur de la nation bretonne, mais aussi volontiers des Mapuches et de tous les peuples niés. Pas de contradiction: la citoyenneté au sens large, et non institutionnel, c’est le droit et la capacité de s’investir dans la chose publique quelque soit le niveau où l’on se situe, local ou mondial. Celà inclus tout autant le droit des peuples et populations locales à gérer leurs propres affaires (administration, environnement, langues, cultures….) dont le droit à l’autodétermination que la nécessité de regrouper les représentants directs des peuples, et non des Etats, pour gérer ensemble le devenir commun de l’humanité ( inégalités,effet de serre, épuisement des ressources…).. L’ utopie, c’est de croire que les catastrophes planétaires présentent ou à venir se résoudront d’elles-mêmes ou par l’entremise d’Etats aux intérêts divergents.
    Mais vous avez parfaitement raison de dénoncer cette récupération intempestive et antinomique du terme par une certaine bobocratie et vous le faites d’une belle manière. Il s’agit ensuite d’éviter la caricature et la superficialité qui vous placerait à mes yeux dans le même camp que ceux que vous dénoncez.

  3. Excellent !!! j’adhere a ce point de vue.

    on est d’abord « de quelque part » , voire résidant « quelque part ».
    ensuite le niveau social et l’argent fait que vous quittiez plus ou moins souvent votre coin. mais « citoyen du monde » c’est surtout du snobisme oui

  4. L’expression date de 1948 et fut employée alors par Garry Davis avec le soutient d’Albert Camus . Drôle de bonhomme d’ailleurs ce Garry Davis:
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Garry_Davis

    Celà dit je partage le point de vue de l’auteur de cette article, mais il arrive que les néo-internationalistes, aient les même préoccupation que certains néo-nationaliste, celui de ne pas partager l’option du droit des peuples à disposer d’eux même, ou de s’ériger à nouveau en nation dès que l’on touche au prés carré de l’hexagone.

    • A ma connaissance la formule est bien plus ancienne et date de l’empereur stoïcien Marc Aurèle (ça n’est pas ce que l’on retiendra dans ses pensées…).

      Sinon, bien d’accord avec Le Bretteur : on ne peut parler de citoyenneté que dans le cadre d’un Etat. Bien sûr quand on aura fait table rase des identités et des particularismes, l’Etat mondial cher à un Jacques Attali pourra voir le jour… et seulement alors les débiles en pantalons afghans et bonnets péruviens pourront se dire « citoyens du monde ».

  5. Depuis que la terre est ronde, ce que Galilée nous avait révélé, je suis un citoyen du Moooônde. Mais avant d’être cela, je suis surtout un citoyen de ma commune, puis un citoyen de mon canton, après un citoyen de mon pays (entendez mon département), de ma province également (entendez ma région), enfin de ma nation (entendez la Bretagne). Ha j’oubliais, de mon continent aussi (endentez l’Europe).
    Et puis non, en fin de compte, je ne suis pas un citoyen. Non, je ne peux être membre avec ceux qui ont tué des paysans bretons en 93 parce qu’ils ne pensaient pas en citoyen parisien. C’est très vexant d’être citoyen. Ressembler à un citoyen parisien, ou à un anglais d’Irlande du Nord, ou à un boer d’Afrique du Sud, …En fait non, je ne veux pas être ni citoyen du monde ni de France. Beurk !
    Mon pied, moi, c’est de recevoir en ma demeure, un homme différent de moi, noir, peut-être. Puis d’échanger avec lui, de pouvoir confronter nos mentalités, nos pensées. Forcement dissemblables, et si humainement proches en même temps. J’aimerais connaitre quel est sa pensée. Puis, si besoin, occasionnellement, de l’aider en pensant qu’il doit probablement un être identique à moi : quelqu’un d’aidant envers l’autre, heureux de voyager avec son patrimoine dans son cœur. Quelqu’un qui serait respectueux de l’autre, de sa différence. Et là, nous parlerions de nos terroirs respectifs, de nos héritages, de nos cultures. Elles sont si dissemblables… nous nous expliquerions nos différences. Cela prouvera que nous sommes de la même race, celle des humains. La race de ceux qui savent vivre (ou survivre) dans leur environnement respectifs et qui savent échanger.
    Nous serrons bien à causer là, loin des niais, des ignares, des fumistes, des démagos de tout poil… Pourquoi y a-t-il de petits ours bruns en Europe et de grands ours blancs en Arctique ? A cause du terroir. Pourquoi y a-t-il tant de cons à Paris, et tant de gentils Bretons à Vannes ? A cause de l’environnement et du terroir, très probablement…

  6. Enorme! Le portrait est tellement fidèle… Et c’est qu’il y en a plein, des Bretons comme ça… C’est plus sympa que d’être nationaliste, ça engage à rien!

  7. La citoyenneté ne peut s’acquérir que lorsqu’un Etat existe et accorde ladite citoyenneté. Ou décide au contraire de déchoir une ou des personnes de ladite citoyenneté. A ce que je sache, la terre (le monde, comme vous voulez) n’est pas encore un état.

  8. Citoyen du monde? Laissez moi rire ! Personne au bout du fil. Que des niaiseries vaguement tiers-mondistes. J’ai eu beau arpenter la planète depuis 1977, je suis et reste Breton et citoyen français par force et par passeport.

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