Et si la Bretagne donnait naissance à un pôle média international ?

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A l’heure où l’on manifeste devant les locaux de France 3 pour l’obtention d’une « Via Stella en breton », certains observateurs trouvent le débat un peu étroit. Les chiffres d’audience de France 3 Bretagne sont médiocres et il convient de ne pas regarder de trop près les audiences des émissions en breton au regard du budget qui leur est consacré. Ne serait-il pas temps d’inventer un nouveau modèle ?

Quels sont les chiffres d’audience des émission en breton sur France 3 ? La chaîne annonce une fourchette “entre 5000 et 25 000 spectateurs”. Avec une cérémonie des “Prizioù” culminant à 17 000 spectateurs.

Ces chiffres d’audience confidentiels sont ils à mettre au débit des animateurs, du personnel ou de la couleur des décors ? Un sérieux manque d’ambition en serait plutôt la cause. En effet, la première question à se poser est : est-il rentable de faire de « l’information locale » ? Pour trouver la réponse il convient de regarder du côté du poids lourd en la matière : Radio-France. Nul ne pourra, par exemple, nier que France Bleue Armorique, France Bleue Loire-Océan et France-Bleue Breizh Izel sont des radios très écoutées en Bretagne. Il n’est pas exagéré de dire que dans les tracteurs, dans les salons de coiffure, dans le « local de pause » des usines, dès que l’âge du public dépasse la trentaine la radio diffusée est souvent « Radio-Armorique », « Loire-Océan » ou « Breizh Izel ». De surcroît, les soirs de match, il n’est également pas outrancier d’affirmer qu’une bonne partie des mâles armoricains entre 16 et 116 ans est branchée durant 90mn sur l’une de ces trois stations.

Une télévision en breton, basé sur le même modèle « localiste », avec quelques moyens et disponible sur les 5 départements bretons, serait-elle viable ? En télévision, la moindre ambition demande des moyens financiers et humains énormes. Rappelons tout de même que la région Bretagne verse 200 000 euros par an à France Trois et 180 000 euros pour les « télévisions locales » (Tébéo, TV Rennes, etc…) pour leurs émissions en breton. Pour quelles audiences ? Parier sur une télévision en breton c’est jouer avec le feu et accepter un déficit permanent.

Parier sur le “Tout info”

Or aujourd’hui, il y a un créneau qui connaît un développement important : l’information en continue. S’inspirant du modèle américain, France-Info, a été depuis rejoint par BFM puis BFM-TV, LCI, etc…. Tous ces médias ont leur spécificité, leur sous-créneau propre, leur « niche » (économie, sport, europe, …) mais affichent, pour une part d’entre eux, une insolente santé financière. Et que dire du « pouvoir d’influence » de ces chaînes ou radios continues. Les exemples les plus probants étant Fox News et Al Jazeera.

Alors pourquoi ne pas imaginer un pôle média en breton à visée locale mais également internationale centré sur l’information ? Nous l’avons abordé précédemment, le rôle de la télévision dans ce projet reste assez incertain au regard des moyens financiers à mobiliser. Brezhoweb, la webtv en breton, fait de l’excellent travail et pourrait être associé à ce pôle global mais imaginer une télévision en breton de niveau national ou international reste un rêve. BFMTV annonce 50 millions d’euros de budget par an. Une initiative privée ? L’expérience TV Breizh aura malheureusement laissé des traces dans le milieu.

La bande des 4

Reste la radio d’information permanente couplée à un site internet. En Bretagne, il existe 4 radios émettant totalement ou partiellement en breton : Radio-Kerne en basse-Cornouailles, Radio Bro-Gwened en centre-Morbihan, Arvorig FM en Léon et Radio Kreiz Breizh en centre-ouest Bretagne. A cette liste s’ajoute Plum FM dans l’est du morbihan qui relaye certaines émissions en breton et produit des émissions en gallo. Ces radios couvrent, mises bout à bout, l’ensemble du Finistère, la quasi-totalité du Morbihan (la totalité si on ajoute Plum FM) et une bonne moitié des Côtes d’Armor. Au fil des années, elles ont acquis une expérience et un savoir-faire certains. Un prime time info dès 7h30, un journal du soir à 17h30, des directs, des émissions-débat, une incursion dans la retransmission sportive, ces radios sortent souvent des poncifs des « radios libres de pays». Et tout cela pour un montant dérisoire. « Notre budget tourne autour de 200 000 euros/an » annonce Lou Millour de Radio Kerne. A comparer avec le budget des émissions en breton de France 3 pour 90 mn hebdomadaire dans le meilleur des cas. Et surtout, loin d’être concurrente, les radios en breton collaborent étroitement à travers le concept « Radio Breizh », site internet où l’auditeur peut choisir sa radio et podcaster des émission. Echanges d’émission permanentes, mise en commun de certains moyens, site internet unique, « les 4 » ont acquis une force certaine grâce à cette politique mutualiste.

Changement de braquet

A partir de ce qui existe, pourquoi ne pas imaginer une changement de braquet ? Aujourd’hui, les néo-bretonnants sont majoritairement des urbains habitants en Haute-Bretagne. Diffuser Radio-Breizh sur les agglomérations de Rennes et Nantes ferait changer la donne en matière de taux d’écoute. On sait d’ailleurs que « les 4 » s’enquièrent depuis longtemps de l’actualité des communautés bretonnantes des deux capitales bretonnes. Le but avoué étant d’être présent sur les lieux un jour. Mais au-delà de ces extensions de fréquence, pourquoi ne pas imaginer de coupler Radio-Breizh a un site internet à vocation hexagonale et internationale, c’est à dire en breton et gallo mais aussi et surtout en français et anglais ? Le principe est simple : le pool journalistique de la radio britophone alimentant en infos « locales » le site internet, qui, en retour, alimenterait en infos « hexagonales » et « internationales » la radio en breton.

Des exemples ailleurs

Les quataris, les américains et également les français avec France 24 ont compris le pouvoir de la maîtrise de l’information et le retentissement sur l’image politique, économique et touristique d’un pays. Mais au-delà de ces exemples mille fois répétés, il existe d’autres modèles : Euskal Telebista (EiTB) en est un. Emettant sur différents canaux en espagnol et en basque, EiTB est devenu une véritable vitrine pour le pays basque sud et un média de taille internationale, entretenant des correspondants à Bruxelles, Pékin, New-York, etc… Et au niveau strictement radiophonique que dire de Catalunya Informació ? Existant depuis 1992, Catalunya Informació est une radio d’info en continue qui n’a rien à envier à France Info et qui s’écoute jusqu’en Catalogne nord (côté français). Et surtout Catalunya Informació attire des annonceurs privés !

Solution réaliste

Alors effectivement ces médias sont soutenus par des gouvernements autonomes aux budgets sans commune mesure avec celui de la région. Bien entendu, les langues citées sont beaucoup plus parlées dans leurs territoires respectifs que le gallo ou le breton. Cependant, sans prétendre arriver tout de suite au niveau de ces modèles, n’y a t’il pas moyen de créer un pôle média doté d’un budget raisonnable mais ambitieux ? Une radio « tout info » en breton émettant sur les 5 départements (et, rappelons-le, surtout à Rennes et à Nantes !) adossé à un site internet d’information continue diffusant prioritairement en français et en anglais constituerait un pari économique audacieux mais réaliste. Le conseil régional de Bretagne, s’il avait une certaine ambition pour la Bretagne, devrait s’emparer du dossier en relation avec le monde économique breton. Car il convient d’impliquer les entreprises bretonnes ! Celles-ci, en ayant la possibilité de toucher en matière publicitaire un large public international à prix préférentiel, trouverait aisément leur compte dans un tel projet. Aujourd’hui, qui peut se payer une page de publicité dans un quotidien américain ou indien parmi nos entreprises ? La filière du cidre, des cosmétiques d’origine marine, du tourisme rural, de la soupe en brique, des chips, des gîtes et que sais-je encore pourraient trouver une opportunité pour toucher des marchés lointains à moindres frais.

Un site internet d’information continue pourrait, avec des moyens et beaucoup d’inventivité, toucher un large public s’il est disponible en anglais et pourquoi pas en espagnol, en portugais et en chinois à terme.

Mutualiser avec d’autres

Comment alimenter en information internationale un tel site ? Entretenir un bureau à Tokyo ou à New-Delhi coûte un bras. Eh bien, pourquoi ne pas conclure des partenariats avec des sites, des radios, des agences, des journaux étrangers ? Si quelqu’un veut suivre l’actualité de la Kabylie, vaut mieux lire l’agence kabyle Siwell que Associated Press. Même chose pour le Pays Basque avec Gara, EiTB ou le JPB au nord. Et quid de la Catalogne, de l’Irlande, de la Galice, etc… . Bien entendu le vaste monde ne se limite pas aux minorités ou aux nations sans état. Dans ce cas pourquoi ne pas envisager de mutualiser des correspondants à Bruxelles ou à Pékin avec d’autres médias en langues minoritaires aux moyens limités ? Sans conteste, il est particulièrement ardu de trouver un journaliste parlant le breton, le flamand et le mandarin. Mais il n’est pas impossible de trouver un journaliste parlant le basque, le breton et l’anglais (il en existe un à Radio Bro Gwened par exemple !) ou maîtrisant pèle-mêle le galicien, le breton, l’occitan, l’espagnol, le gaélique, etc… (nous en avons à 7Seizh !) Et pour le reste, eh bien il y a l’AFP tout simplement. Il est loin le temps où RTL envoyait un journaliste pour couvrir la saison des cyclones à Haïti. Aujourd’hui, la plupart des radios utilisent les agences de presse comme source d’information. Et puisque RTL ou Europe 1 ne dispose que d’un seul correspondant pour le « Grand-Ouest », il arrive qu’elles reprennent des informations directement de médias locaux comme… 7Seizh.

De surcroît, un choix éditorial privilégiant, de facto, des contrées moins connues et fréquentées par tous les médias que les Etats-Unis, Israël ou l’Iran peut constituer un plus, une « niche ». Le réseau des radios catholiques et de la télévision KTO, alimentés par Radio Vatican, surfent sur un positionnement éditorial semblable par exemple, privilégiant ainsi une actualité « alternative » aux grands médias.

Cette idée de constitution d’un « pôle média breton» est actuellement à l’étude au sein d’un groupe informel d’acteurs du milieu médiatique breton. Les attendus de ce groupe ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux énoncés ici mais se recoupent sur bien des points.

L’avenir dira si la Bretagne est mûre pour donner naissance à un tel projet…

8 Commentaires

  1. Chapeau bas, l’idée est excellente ! Et une diffusion nationale ou internationalte permettrait de plus de changer l’image que les français ont du breton à terme. Imaginez la chaîne d’information en breton sur la TNT nationale, ces gens qui nous disent souvent “le breton n’est pas une langue” ou encore “plus personne ne le parle, c’est inutile” inconsciemment changeraient leur regard en voyant en zappant s’en arrêter que tous les jours, une vie existe en breton, moderne et ouvert au monde. Ne nous contentons pas de 5 départements !

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