Retour de « Soberania », le journal de la gauche indépendantiste Sarde.

Interview de Pier Franco Devias. La Minute-Cagliari le 27 février 2013.

« Soberania »(Souveraineté), le journal de la gauche indépendantiste reprend vie après des années d’absence en se présentant aux lecteurs autrement que comme un organe purement informatif. L’usage même du Sarde tout au long d’une partie des articles témoigne de l’implication de la rédaction dans la bataille en faveur de la langue nationale. Une implication, par conséquent, orientée aussi vers la formation. Aujourd’hui, la rédaction de « Il Minuto » a interviewé Pier Franco Devias, Directeur de la Rédaction de la Politique Nationale de « A Manca pro Indipendentzia » qui fait partie des fondateurs de Soberania.

Soberania est un projet qui a déja une histoire derrière lui et qui aujourd’hui recommence à vivre après plusieurs années de silence.

Quels sont ses objectifs ?

Soberania est né en 2003 comme journal de la Gauche Indépendantiste Sarde « A Manca pro Indipendentzia » et a fait une pause suite aux attaques de la répression Italienne, qui ont contraint plusieurs militants à se charger de tâches plus urgentes. Toutefois Soberania n’est pas morte mais seulement « congelée » et maintenant reprend avec une grande vigueur. Son but, aujourd’hui comme hier, se résume en 3 mots d’ordre:informer, former et faire de la propagande. Nous nous sommes toujours proposés de construire une véritable information; nous nous sommes toujours méfiés du concept de la « contre information » qui , selon nous est un concept si fascinant par son nom déviant qui contient le mot « information ». Ou on informe, ou on n’informe pas ! Contrairement à ceux qui trompent, censurent, mentent, nous, nous informons, fidèles à la conviction que dire la vérité est un acte révolutionnaire.
Et puis nous nous targuons de faire de la formation, c’est à dire de fournir continuellement des éléments de croissance politique et culturelle pour les camarades et pour les travailleurs. Et enfin, nous entreprenons aussi n travail de propagande qui doit être compris comme un travail d’explication et d’analyse articulée de nos prises de position et de notre façon de voir la réalité de notre Pays, en couronnant le tout par des propositions de résolution des problèmes et par la proposition d’application des points prévus au programme.

-Y a-t-il des changements par rapport au passé ?

Les changements sont dans la présentation graphique qui est désormais en couleurs et qui était autrefois en noir et blanc, et dans le format qui est maintenant plus petit qu’avant, mais qui contient 8 pages au lieu de 4 antérieurement. En outre, maintenant, la rédaction est plus dense et les articles sont désormais signés de leurs auteurs.

Du point de vue du contenu, Soberania conserve sa vieille tradition, avec des approfondissements, des dénonciations, des interviews dans le monde de la culture, du travail et des luttes.Il se peut qu’en ce moment nous soyons plus orientés vers un journalisme d’enquête pour dénoncer à tout le Peuple Sarde l’incroyable violence des colonialistes italiens.

Le choix du Sarde pour une grande partie des articles du journal est certainement un choix fort: ne craignez-vous pas que ça puisse écarter une partie des lecteurs potentiels de la revue ?

Selon nous, ce n’est pas un choix fort, c’est un choix cohérent, au sens où, habitant dans un pays bilingue comme la Sardaigne des années 2000, nous avons pensé qu’il serait normal et opportun d’avoir un moyen de communication bilingue. On pourrait penser qu’en agissant ainsi on ôterait du potentiel fructueux à la revue, mais en réalité les personnes qui ne connaissent pas la langue et la culture du pays qu’elles habitent sont et se sentent comme des étrangères. Elles ne sont pas exclues par ce journal, elles sont exclues d’une société bilingue  et ceci à cause des opérations de déculturation et de désardisation que l’Etat Italien a déjà entrepris auprès de dizaines de milliers de jeunes citadins Sardes. Le journal peut donc être un moyen, même pour eux, de reconstruire ce pont inter-générationnel de l’identité et de la culture Sardes, qui a été abattu par les canonnades du chauvinisme Italien.

-Soberania n’est pas encore dans les kiosques de Sardaigne. Notre souhait est, bien entendu, de l’y trouver le plus rapidement possible. Mais aujourd’hui, comment les citoyens peuvent-ils se le procurer ?

Pour l’instant, Soberania a une diffusion militante. On peut le trouver dans les région où il y a des militants ou des structures de « A Manca Pro Indipendentzia », ou alors on peut le trouver dans les endroits où sont organisées des initiatives de l’organisation. Dans quelques jours sera présent sur notre site un annuaire des lieux, même ceux qui ne sont pas directement gérés par « A Manca », où il sera possible de le repérer et la liste s’allongera continuellement jusqu’à recouvrir tous les recoins de la Sardaigne.

Aux émigrés et aux prisonniers qui en feront la demande, on l’enverra gratuitement. Ils peuvent le réclamer, ou-dans le cas des prisonniers- le faire réclamer par quelqu’un d’autre en envoyant leur propre adresse et leurs propres coordonnées à l’adresse email…

Un jour viendra où nous serons présents aussi dans les kiosques et tôt ou tard, le jour viendra où nous paraîtrons chaque jour.

Que signifie aujourd’hui pour une organisation politique d’avoir un moyen de communication important comme un journal?

Un journal comme le nôtre est très important pour un tas de motifs. Par-dessus tout, pour les 3 fonctions que j’ai déjà expliquées, c’est à dire : formation, information et propagande. Et puis aussi parce qu’il faut considérer que tout le monde ne navigue pas sur internet, ou ils naviguent mais ne lisent pas de journaux en ligne, ou n’ont pas le temps de le faire; mais peut-être trouveront-ils le temps pour lire le journal dans la salle d’attente d’un médecin, pendant une pause au travail, en prenant un café au bar, pendant un voyage en train ou en car etc…ça représente un investissement constant pour nos militants. et ça sert de vérification et de stimulation pour faire avancer un militantisme régulier, sérieux, bien organisé, responsable. En outre, ça fournit des réponses aux questions que tous les travailleurs se posent, mais auxquelles ils n’obtiennent jamais de réponse de la part de qui que ce soit. C’est un bon véhicule de réflexion, beaucoup le prêtent ou l’offrent à des amis, ou le laissent à la maison où il est probablement lu par des familiers, et donc par d’autres personnes qui elles aussi se trouvent enrôlées dans un parcours de croissance et de réflexion.

Article tiré du journal en ligne sarde Ilminuto.info avec qui 7Seizh a un accord de partenariat

Article d’origine : http://www.ilminuto.info/2013/02/ritorna-soberania-il-giornale-della-sinistra-indipendentista-sarda-ne-parliamo-con-pier-franco-devias/

Traduction de l’italien : Joëlle Satin-Lovat pour 7Seizh

1 COMMENT

Bonjour, laissez ici votre commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.