Bretagne réveille-toi ! Suis le lapin blanc…

lapinSuite à la conférence d’Yvon Ollivier sur l’état pitoyable de notre pays, de nombreuses réflexions ont germé dans mon esprit. Si je semble jeter un pavé dans la mare avec ce billet d’humeur, tant mieux, car c’est bien l’objectif.

Le constat, les lecteurs de 7seizh le connaissent bien, et il n’y a pas besoin de l’expliquer dans le détail : la Bretagne n’a aucun avenir sous sa forme actuelle, faible, amputée de 20% de son territoire et dépourvue de tout droit digne de ce nom. Dans le même temps, l’Etat français connaît une crise d’une vigueur inédite depuis la Seconde Guerre Mondiale, et il est évident que nous sommes à un tournant de l’histoire.

Et pourtant, alors que nos voisins progressent lentement mais sûrement vers toujours plus de liberté, de développement et de démocratie, nous restons englués dans l’inaction. Les initiatives existent pourtant, me dira-t-on. Oui, mais là n’est pas le problème.

En premier lieu, il me semble que nous sommes politiquement immatures. Nous continuons d’avoir une grille d’analyse dépassée, et de mettre les idéologies devant les intérêts de la Bretagne. Je ne suis pas en train de dire qu’il nous faut un « front breton » faisant fi des différences de point de vue qui peuvent exister chez les électeurs. Mais ne nous voilons pas la face : il existe, au-delà du sacro-saint clivage gauche-droite, un autre clivage qui devrait jouer un rôle un peu plus important pour les Bretons soit-disant patriote : le clivage entre ceux qui sont favorables à l’exercice d’un pouvoir législatif au niveau breton et ceux qui sont contre. Il me semble quand même que cette question a préoccupé le mouvement breton depuis sa naissance, soit au moins une centaine d’années pour rester dans l’époque moderne. Transiger sur cette exigence de base, c’est travailler au service des centralisateurs français.

Il se trouve, en outre, que les petites guerres de faction au sein du mouvement breton, qui pourraient se révéler inoffensives, sont rendues encore plus redoutables par l’intégration du mouvement breton (ou d’une partie de ce dernier, disons) au sein même du système de l’Etat français. En d’autres termes, nous, Bretons, sacrifions notre opinion et notre combat au profit de positions confortables que nous donnent nos opposants : quelques élus par-ci par-là, quelques institutions maintenues sous perfusion, quelques miettes de culture bretonne, et surtout pas d’acte politique. Je ne vise personne en particulier, tant c’est le système dans son ensemble qui peut sembler vicié, jusqu’au plus haut niveau. Tout cela nous donne l’impression d’avancer, mais où en sommes-nous, qu’avons-nous obtenu de concret ? Rien.

Il est grand temps que nous, Bretons, qui sommes tous d’une façon ou d’une autre assis confortablement dans nos fauteuils de militants, ravalions un peu notre orgueil et défendions une bonne fois pour toutes les intérêts bretons, fût-ce au risque de menacer nos carrières. Le gouvernement français nous propose une fois de plus une décentralisation absolument catastrophique : montée en puissance des métropoles mais pas du niveau « régional », absence de reconnaissance de pouvoirs législatif et exécutif bretons… Il est question de droit à l’expérimentation, mais il s’agit d’une supercherie qui existe déjà dans la Constitution, et qui est aussi difficile à mettre en œuvre qu’à conserver. Et de toute façon, voulons-nous simplement du droit d’avoir une loi adaptée par le Parlement français à la Bretagne ? Ou voulons-nous voter nous-mêmes nos lois ?

Il est grand temps aussi de remettre de l’ordre dans nos priorités : une grande partie du mouvement breton travaille pour la culture bretonne, ce qui est très bien, car cela participe à l’identité bretonne. Mais regardons-nous en face : que voulons-nous, un « bureau des affaires indiennes », qui s’occupe seulement de culture et qui laisse le reste à Paris ? Ou voulons-nous d’abord régler la question politique, ce qui nous donnera de toute façon le pouvoir sur notre identité ?

Habitués à manifester, à pleurnicher auprès de Paris pour réclamer ce que le gouvernement français n’a aucun intérêt à nous donner

Nous sommes habitués à manifester, à pleurnicher auprès de Paris pour réclamer ce que le gouvernement français n’a aucun intérêt à nous donner. Combien de temps allons-nous nous laisser abuser ? Les clés sont entre nos mains. L’édition en langue bretonne ne se porte pas assez bien ? Il n’y a pas assez d’écrivains ? Qu’à cela ne tienne, achetons, lisons, et cela ira beaucoup mieux ! Qu’attendons-nous pour retrouver l’esprit frondeur qui nous a fait créer les outils actuels avant qu’ils ne soient dévoyés par l’Etat français pour les vider de leur ambition ?

Bretagne, réveille-toi ! Débranche tes perfusions de morphine et retrouve le monde réel ! Il est moins beau, sans doute, mais c’est le seul chemin qui nous rendra nos droits !

Alors les Bretons, on en a dans le pantalon ? Moi je mets tout sur la table, et je dis :

Yes Breizh !

http://yesbreizh.net/si-vous-voulez-une-bretagne-independante-dites-yes/

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