L’initiation au breton dans les écoles publiques finistériennes est fragilisée (2/3)

Dans un premier temps, la forte demande des écoles en Finistère, du dispositif de l’initiation au breton, a obligé les associations à répondre rapidement aux sollicitations.

An OaledLes présidents des associations prestataires, Olivier Duluck, (An Oaled), Pierre-Yves Moal (KLT), Jos Sicard-Cras (Mervent) et Bernard Gestin (Sked), s’inquiètent de la diminution des demandes et des conséquences pour leurs structures. La fragilité du dispositif met en danger le maintien d’une soixante d’emplois.

Un fort développement
Entre 2000 et 2007, les demandes des écoles étaient en augmentation. En 2000, 3 680 élèves, répartis dans 77 écoles ont bénéficié du dispositif en Finistère, soit 173,50 heures de cours par semaine. En 2006, c’est 8 807 élèves de 115 établissements scolaires qui ont bénéficié de l’initiation au breton, soit 368 heures hebdomadaire. Actuellement, 8 000 enfants suivent les cours d’initiation chaque semaine pour 339 heures hebdomadaire, dans 115 écoles et 78 communes.

En 2005, le centre de recherche bretonne et celtique (CRBC) a réalisé une étude auprès des parents, des enseignants, des personnels Atsem, des élus et des intervenants. Le CRBC a conclu que l’initiation au breton « à une très forte utilité, la fréquence plébiscitée est d’une heure d’initiation par classe et par semaine, l’initiation doit se faire sur les trois cycles de l’école primaire. »

KLTUne diminution de la demande
L’espoir de doubler le nombre d’enfants bénéficiant de l’initiation au breton, avec le changement de financement du dispositif en 2007, n’a pas été à la hauteur des attentes. « Nous avons constaté à ce moment une érosion du nombre de classes participant au dispositif ». Les quatre associations évoquent la diminution de la demande au niveau des cycles 2 et 3. Les raisons avancées sont la réduction de la durée de la semaine scolaire en 2007, passant de 26 à 24 heures, l’enseignement de la langue vivante (l’anglais presque obligatoire) au cycle 3 et partiellement en cycle 2.

« La mise en place de nouvelles activités sur le temps scolaire à réduit les possibilités d’organiser l’initiation et la demande des écoles ». Les associations estiment que « le changement des modalités de financement a aussi contribué à fragiliser le dispositif. » L’accord de participation financière des communes est nécessaire pour que les élèves d’une classe bénéficient d’une heure de breton par semaine.

SkedLes conséquences pour les associations
À la fin des années 90, le conseil général du Finistère a décidé la mise en place d’une action de sensibilisation au breton. « Il a sollicité des structures professionnelles, spécialisées pour la plupart dans l’enseignement du breton aux adultes ». L’effort de recrutement rapide et important d’intervenants et la formation ont été « presque exclusivement supportés par nos structures, comme le risque financier. » Au milieu des années 2000, les associations ont revu le tarif de leur prestation horaire : «  les prix proposés dans le cadre du marché public étaient inférieurs au coût de revient de l’activité. » À moyen terme, sans ce réajustement, « la situation aurait conduit à la disparition de nos structures et de leurs emplois. »

L’enfant doit bénéficier de l’initiation pendant trois années. « Cette règle n’est pas toujours respectée, en particulier lorsqu’une commune décide de revoir sa participation ou d’y mettre un terme avant l’échéance ». Parfois, c’est l’école qui ne souhaite pas poursuivre son implication dans le dispositif. « Nous constatons une concentration des heures de sensibilisation sur les classes de maternelles ». Pour cause de sieste, il n’y pas d’intervention possible en début d’après-midi : « cela complique l’aspect organisationnel de nos structures et l’élaboration des emplois du temps des intervenants ».

« Tous ces éléments attestent de la fragilité du dispositif, tel qu’il est défini aujourd’hui, et de la précarité dans laquelle est maintenue la soixantaine d’emplois, » créée par les associations pour répondre à la demande.

MerventSécuriser et poursuivre le développement
Les quatre structures proposent un nouveau cadre pour « permettre aux élèves ne bénéficiant pas de l’enseignement bilingue d’avoir accès à la langue et à la culture bretonne par l’initiation au breton. »

« Depuis 2008, l’article 75-1 de la constitution française de 1958 reconnaît les langues régionales comme appartenant au patrimoine de la France. Aucune n’a cependant statut de langue officielle, qui est celui du seul français ».

Les associations expliquent que les langues suivantes sont reconnues localement : « le corse, le tahitien, certaines langues kanak en 1992 mais sans statut pour la plupart des 28 idiomes, le breton et le gallo depuis 2004 considérés comme langues de Bretagne, le basque depuis 1951 en Aquitaine, le francoprovençal et l’occitan depuis 2009 en région Rhône-Alpes, le catalan et l’occitan depuis 2001 dans les Pyrénées-Orientales. »

Les structures reconnaissent « qu’il existe sur des territoires de la république française, dotés d’une langue régionale propre, des cadres juridiques qui pourraient être appliqués à la langue bretonne et assureraient une égalité d’accès au breton pour tous les enfants du Finistère. »

Le dispositif d’initiation au breton (1/3)

Les propositions des associations (3/3)

5 COMMENTS

  1. Et 1 heure de breton par semaine (c’est mieux que rien diront certains peut-être) ça me parait ridiculement faible pour permettre aux jeunes de s’approprier leur propre langue.

    • Pigwik : C’est vrai, il faut aller militer sur le terrain ! Sans ça, ça reste « confidentiel » Sans action massive populaire nulle part il n’y aura de salut.

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