Rassemblement du 2 novembre à Quimper: mobilisation massive et respect des biens et des personnes sont les premières conditions d’une sortie par le haut

Communiqué de presse de Christian Guyonvarc’h :

Kristian Guyonvarc’hAvec mes camarades de l’Union démocratique bretonne (UDB) je serai de ceux qui se rassembleront à Quimper samedi 2 novembre pour défendre les intérêts de la Bretagne, de son économie et des travailleurs. Nous serons de ce rassemblement parce que l’exaspération qui monte en Bretagne face à la litanie des licenciements dans plusieurs secteurs-clé de l’économie bretonne, en particulier l’agro-alimentaire, doit trouver rapidement une issue positive, ce qui suppose de redonner de l’espoir en retrouvant une dynamique de projet. C’est parce que je serai à Quimper samedi prochain que je veux expliquer le sens de ma participation à ce rassemblement et mettre en garde face aux risques de débordement et à leurs conséquences.

Jean-Marc Ayrault vient d’annoncer la suspension sans délai de l’écotaxe. Cette décision de bon sens n’est pas un acte de faiblesse mais le signe d’une volonté d’apaisement. Elle doit être mise à profit pour renouer le fil du dialogue entre les acteurs économiques (employeurs, salariés, travailleurs indépendants) et les pouvoirs publics.

Le 2 novembre la Bretagne ne doit pas offrir le spectacle d’une jacquerie, c’est-à-dire d’une révolte désordonnée et sans aucun débouché, d’une « chienlit » comme aurait dit Charles de Gaulle. Car ceux qui récolteraient dans quelques mois les fruits amers d’une telle impasse sont clairement identifiés. Leur extrémisme s’alimente d’un climat de confrontation et de désespérance. Ils n’ont aucune solution réaliste à proposer pour relancer l’économie sur un modèle durable ni réduire le chômage et la précarité. Leur projet c’est l’enfermement dans tous les sens du mot. Or la Bretagne, terre péninsulaire aux 3.000 kilomètres de littoral, terre de marins et de navigateurs, est par nature un pays ouvert sur le monde.

Les organisations et les personnalités qui ont pris l’initiative de la manifestation du 2 novembre à Quimper, en appelant le peuple breton au rassemblement le plus large, ont une responsabilité quant à son déroulement. Des hommes, des femmes, des enfants peut-être seront à Quimper samedi. A cet égard il faut que cessent les déclarations devant les caméras de télévision sur le sang qui pourrait couler à Quimper samedi prochain, entendues devant le portique de Pont-de-Buis samedi et répétées hier à Carhaix. Loin de contribuer à garantir un défilé dans le calme, ces déclarations ne peuvent qu’exciter un peu plus ceux qui seraient tentés d’en découdre avec les forces de l’ordre et de se laisser aller à des saccages contre les biens publics et privés.

Quant au monde politique, face à la situation dans laquelle se trouve la Bretagne il doit se montrer modeste. A cet égard ceux qui étaient aux commandes de la France il y a dix-huit mois doivent faire profil bas. Faire voter l’écotaxe en 2009 et signer son décret d’application quelques jours avant l’élection présidentielle, sans en avoir fixé les modalités d’application, n’était pas une attitude responsable. On ne peut pas avoir allumé le feu et se présenter comme les pompiers de service. Ou plutôt si, on peut… mais on n’est pas crédible.

Tous les acteurs du dossier doivent faire preuve de modestie car la crise violente qui frappe plusieurs pans de l’industrie agro-alimentaire en Bretagne est le symptôme d’un mal profond qui ne date pas de mai 2012 et qui prend ses racines à la fois hors de Bretagne et dans notre territoire. Hors de Bretagne c’est au plan européen une politique agricole sacrifiée sur l’autel de la globalisation, au détriment de la souveraineté alimentaire et de l’emploi, et au plan français un pouvoir centralisateur toujours jaloux de ses prérogatives et pourtant incapable de répondre aux problèmes des territoires. En Bretagne les racines du mal c’est d’abord la désorganisation des filières de production, où la compétition sauvage entre les groupements de producteurs comme entre industriels a remplacé depuis belle lurette l’esprit mutualiste des pionniers de la révolution agraire des années cinquante et soixante. Cette désorganisation des filières a créé un contexte favorable à l’étranglement des producteurs et des transformateurs par les pratiques de la grande distribution dont plusieurs fleurons ont pris naissance en Bretagne… une grande distribution qui dégage des profits très confortables et utilise sans vergogne la fronde contre l’écotaxe pour tenter de dissimuler sa part de responsabilité. La désorganisation des filières de production agricole en Bretagne, en particulier dans l’élevage, a permis aussi que s’installe chez les acteurs économiques un discours schizophrénique, relayé par les responsables publics, entre conquête des marchés internationaux, notamment ceux des pays émergents, et protectionnisme aux frontières face aux mêmes pays émergents. J’ai été personnellement témoin de ce discours schizophrénique lors d’un débat sur l’internationalisation de l’agriculture bretonne organisé dans le cadre de l’édition 2009 du SPACE à Rennes par Luc Guyau, qui venait d’accéder à la présidence de la FAO, et son regretté successeur à la tête de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer. Le premier prônait le libre-échangisme avec la Chine dans le secteur de la viande porcine tandis que le second défendait le principe d’une préférence communautaire pour les productions laitières, sur fond de conflit entre les éleveurs bovins et les autres maillons de la filière (transformateurs, distributeurs)… En 2013, où est la boussole dans le secteur agricole et agro-alimentaire breton? Quelle direction veut-il prendre? Celle du grand marché global, où les règles sont l’exception, ou celle de la préférence communautaire fondée sur le principe de la souveraineté alimentaire? Ambitionne-t-il vraiment de conquérir la Chine en offrant clé en main son savoir-faire en matière de sûreté alimentaire à des conglomérats chinois aux capitaux sans limites ou croit-il plus opportun de construire une stratégie de reconquête des parts de marché perdues en France et en Europe? Veut-il abandonner au Brésil, à la Chine, à l’Inde, à Taïwan, à la Corée du sud et aux monarchies du Golfe les perspectives de développement de l’agriculture en Afrique ou considère-t-il que la Bretagne a des atouts pour répondre aux enjeux de l’alimentation d’un continent dont la population pourrait plus que doubler d’ici 2050 pour atteindre 2,4 milliards d’habitants?

Le mal breton c’est aussi un pouvoir régional qui n’a de pouvoir que le nom, avec une capacité budgétaire minuscule (3% des dépenses publiques hors sécurité sociale réalisées sur le territoire breton) et des compétences obligatoires (formation, apprentissage) ou facultatives (recherche, innovation, aides aux entreprises) entravées par le millefeuille administratif et l’absence de tout pouvoir législatif. Contrairement à ce qu’a pu écrire Eric Le Boucher dans un récent article des Echos, la crise de certains pans de l’agro-alimentaire breton ne met pas en évidence l’échec de la régionalisation mais bien au contraire l’inexistence d’un réel pouvoir de décision en Bretagne. Les laender allemands, en parler c’est bien, s’en inspirer ce serait mieux et surtout plus efficace.

Désorganisation des filières, défaut de stratégie, dérégulation des marchés agricoles, centralisme français et faiblesse du pouvoir politique en Bretagne, c’est à tous ces facteurs qu’il faut s’attaquer pour permettre au secteur agricole et agro-alimentaire de relever la tête. Il faut une politique d’ensemble, fondée sur des objectifs clairs et une stratégie cohérente, qui ne produira les résultats attendus qu’à la condition de réunir tous les maillons de la chaîne de décision et, pour ce qui ne relève pas strictement du niveau international, d’être conduite à la bonne échelle: la Bretagne.

Christian Guyonvarc’h
conseiller régional de Bretagne / kuzulier-rannvro Breizh
rapporteur général du budget / penndaneveller ar budjed

2 COMMENTS

  1. Encore un discours alambiqué ! Socialisant mais versus francium. Ce Monsieur de l’UDB nous fait croire qu’il est contre le pouvoir central, proche des Bonnets Rouges. En réalité, il prend le train en marche, mais seulement après le constat que la bête socialiste est bien blessée. Après n’avoir pas répondu à l’appel des réfractaires au nouvel l’aérodrome nantais, il était temps, enfin, de se démarquer des socialistes jacobins. Mais attention ! Monsieur Christian Guyonvarc’h saura mettre son honneur de Breton dans sa poche, le mouchoir par dessus, le jour des distributions des futures candidats sur la liste commune aux prochaines municipales par ses maitres socialistes français. Soyons prudents, soyons veules !
    Comment adopter la quadrature du cercle quand on est ami des socialistes français ? Suivons Christian Guyonvarc’h, il sait faire le grand écart, lui…

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