Pourquoi les cavaliers se révoltent et se coiffent d’un bonnet rouge ?

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Illustration :  Stéphanie Gangotek

La nouvelle n’a échappé à personne : les cavaliers se révoltent. A l’origine de ce réveil parmi une communauté trop… cavalière pour faire des vagues d’ordinaire, une loi européenne d’harmonisation de la TVA. L’ennui, c’est que le gouvernement français avait promis que cette hausse ne dépasserait pas les trois points en août dernier. Revirement catiminiesque le 22 octobre, après un vote entre cinq députés à cinq heures du matin, où volent bas les vannes dignes d’une cour d’école primaire.

Les centres équestres et propriétaires de chevaux se prendront treize points de TVA en janvier, point final !

Un mouvement de contestation (national) naît quelques jours après cette annonce. La Horde française créé ses actions avec une saveur toute particulière, en reprenant le symbole du bonnet rouge pour en coiffer son étalon révolté. Le mouvement n’a aucune revendication nationaliste, il s’agit “de montrer l’unité des équitants face à cette hausse de la TVA décidée par le gouvernement français”, en créant des manifestations dans les grandes villes. En quelques jours, des antennes de la Horde sont créées, y compris La Horde Bretonne, dont le groupe Facebook compte presque 2000 sympathisants. Essentiellement des éleveurs, des cavaliers de clubs et des dirigeants de centres équestres.

Une taxe de plus pour la Bretagne…

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Le centre équestre de Guilers et ses poneys rouges

Cette loi est terrible pour les centres équestres et les propriétaires de chevaux bretons, déjà en difficulté suite à la hausse du prix du foin et des céréales. La mise en place de la semaine de quatre jours a fait baisser de 15% la fréquentation. Cette hausse de la TVA représente la mise à mort… les centres équestres fonctionnent le plus souvent par abonnement sur l’année scolaire, et ne pourront pas répercuter ce surcoût sur leurs tarifs à l’année. Le prix par leçon devrait fortement augmenter… et le nombre de cavaliers affiliés à chaque club, baisser d’environ 20%.

Une mise à mort au sens propre, puisque les chevaux pourraient en être les premières victimes. L’un des (rares) moyens pour un centre équestre de récupérer de l’argent rapidement (pour s’acquitter des treize points de taxes réclamés par la France), c’est de vendre ses chevaux en commençant par les plus fatigués ou les plus âgés. Moins de fréquentation entraîne moins de besoins en cavalerie. Ces chevaux réformés, comme on les appelle pudiquement, connaissent rarement un autre destin que… l’abattoir.

A cette mise à mort s’ajoute la mise au chômage de nombreux moniteurs d’équitation, faute de travail. Si la qualité de leur enseignement peut laisser à désirer, les centres équestres représentent un atout économique essentiel dans les territoires ruraux.

Pourquoi cette hausse est injuste ?

Il est fréquent de voir dans l’équitation un sport ou un loisir d’élites, qui n’a pas besoin de “profiter d’une niche fiscale”. Mais la discipline s’est nettement démocratisée en une cinquantaine d’années, grâce aux centres équestres et au taux de T.V.A. réduit dont ils bénéficiaient depuis 2004. Les cavalières (80% des cavaliers sont en effet des jeunes filles) ne portent plus de noms à rallonge, n’ont plus de parents millionnaires et ne réclament plus un nouveau poney à chaque Noël depuis longtemps. Il n’est pas rare que leurs parents “se saignent aux quatre veines” pour leur payer des cours. L’équitation s’est hissée ainsi au rang de troisième sport le plus pratiqué, derrière le foot et le tennis quand même. Un statut peu reflété par les grands médias, qui nous abreuvent volontiers de coupe de monde de foot, de Roland Garros ou de tour de France, et ne parlent des chevaux qu’à l’occasion.

Une autre particularité de l’équitation réside dans le fait que son enseignement en centre équestre est entièrement privé. L’état français ne le subventionne pas ni ne lui vient en aide, contrairement à d’autres sports comme le football, l’athlétisme, la natation ou la gymnastique, dans lesquels les municipalités investissent en créant des stades, des piscines et autres salles de sport. Un centre équestre est créé sur une initiative privée, puis géré sur le modèle d’une entreprise – certes, l’ambiance très familiale qui y règne peut faire oublier ce détail.

Les taxes prélevées sur les centres équestres et l’hébergement des chevaux (ce que l’on appelle les pensions et demi-pensions, c’est à dire les écuries privées hébergeant des chevaux de propriétaires) ne profitent pas à ces structures ni à leurs gérants. Jusqu’alors, le taux de T.V.A. réduit dont bénéficiaient les activités équestres (et jusqu’en 2013, les ventes de chevaux) apparaissait comme une compensation. Le gouvernement a dit en août que le taux réduit serait maintenu, le gouvernement a menti (et tenté de le cacher en faisant voter son amendement à cinq heures du matin).  Il n’avait peut-être pas prévu que la résistance serait à ce point rapide, et remontée !

…  comment rejoindre la résistance cavalière ?

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Après une première manifestation rennaise le 5 novembre (avec généreux dépôt de fumier devant les élus) et une opération escargot à Nantes, une autre manifestation aura lieu à Rennes le 16 novembre (samedi prochain), dès 11h30 devant la place de la mairie. Avec quelques surprises : la présence de chevaux et de poneys bien sûr, mais aussi un happening en tenue d’équitation…

16 Commentaires

  1. pas que de eleveurs ou des dirigeants de c equestres….
    des cavaliers de club qui ne pourront plus payer les cours (20 euros une heure…. de la folie pour lz majorité).
    des propriétaires de chevaux qui pour la majorité travaillent durement pour payer leur pension et assumer leur chevaux, et ne sont rassurez vous pas soumis à l’ISF, ne pourront plus subvenir aux besoins de leur compagnon. … de mon compagnon….
    ya pas que les chevaux de club qui vont pointer aux abattoirs. …
    c’est la porte ouverte au travail au black, zu pension au black, à la précarité de tous.

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