Tribune libre : Lettre ouverte d’une équitante de Bretagne à Stéphane le Foll

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SLEFOLL

Cher monsieur le Foll,

Je vis en Bretagne et y côtoie tous les jours le monde de l’équitation. Les difficultés posées par la hausse de la TVA décidée à cinq heures du matin le 22 octobre dans l’Assemblée, publiée discrètement au Journal Officiel le 13 novembre, et défendue au Sénat le 20 novembre par vos soins, je les vois sur le terrain. Vous avez consulté vos notes (faute de nous connaître, peut-être ?) pour défendre ce matraquage fiscal. Peut-être n’êtes vous pas au courant de la colère que vous suscitez…

J’aimerais présupposer votre bonne foi, quand vous dites que l’Europe vous impose de taxer l’équitation. Mais les faits sont têtus. Cette menace de condamnation de la France par l’UE pour “manquement sur manquement”, que vous brandissez pour justifier votre taxation supplémentaire, même les spécialistes du droit n’en trouvent pas trace ! Les députés européens le disent : “non seulement aucune décision de la Cour de Justice de l’Union Européenne n’est intervenue”, mais en plus, “aucune menace de procédure semble-t-il ne pesait sur la France”. Ce que vous avez confirmé auprès de délégués du Gard…

Supposons votre bonne foi ! Ce n’est pas un “moyen pratique de remplir vos caisses”, taxer l’équitation, encore moins en faisant porter le chapeau à l’U.E. ! Franchement, ce serait bas et mesquin. Mais… c’est ainsi que les professionnels et amoureux du monde du cheval le ressentent, ici. Ici, où ils vivent de leur métier chaque jour, avec les mains dans la paille, le foin et le crottin.

M. Le Foll, vous avez annoncé (en grandes pompes) des mesures pour aider les centres équestres. Un “fond cheval”. Bien. Faire passer les gérants de entres équestres pour des assistés aux yeux des Français, quel bon plan ! Ce que vous leur prenez d’une main (avec le triplement de la TVA) reste très supérieur à ce que vous re-distribueriez de l’autre via ce “fond cheval”, d’après les calculs de la FFE (Fédération Française d’Equitation). C’est tellement malin que je vous applaudirais presque.

Et puis, les équitants sont de bons candidats à la taxation. Ils ne demandent rien à personne. Même pas la construction d’écuries ou de centres équestre aux frais des communes, comme cela se fait avec les piscines, stades ou salles de sport que l’on construit pour pratiquer la natation, le foot, l’athlétisme, la danse ou encore le judo. Ils ne sont pas jaloux. Ils ne s’énervent même pas de l’inexistence de leur passion dans les médias, alors qu’elle représente le troisième sport français (et que la Normandie accueillera le plus gros évênement équestre mondial l’an prochain). Ils ne s’étonnent pas, lorsqu‘un français devient champion d’Europe de saut d’obstacles, qu’aucune chaîne de télévision n’en parle et qu’aucun ministre ne lui adresse un mot de félicitation. Ce sont des gens discrets.

Des gens discrets et sacrément en colère. Si les milliers de personnes qui ont manifesté le 16 novembre dernier à Brest, Quimper, Rennes et Nantes sont restées calmes, ce n’est peut-être qu’une fumerolle avant l’éruption. Vous parlez d’aider les centres équestres, mais… vous n’avez rien annoncé pour les propriétaires de chevaux en pension et demi-pension, rien pour les éleveurs touchés par cette hausse de TVA depuis janvier dernier. Soit c’est du mépris de votre part, soit c’est de l’ignorance.

Supposons votre bonne foi :

Si nous imaginions un grand “camembert” intitulé “monde du cheval”, il se diviserait en deux ensembles :  le monde hippique et le monde équestre. Le monde hippique, c’est celui des courses. Il a les honneurs de passages réguliers à la TV, et rapporte des sommes conséquentes à l’Etat français grâce aux paris sportifs. Il n’est pas concerné par cette hausse-là puisqu’elle lui est déjà appliquée depuis le début de l’année. Mais vous le saviez, des députés européens se sont chargés de vous le rappeler.

Le monde équestre, vous croyez peut-être qu’il roule sur l’or. Il touche pourtant plus de crottin que de lingots, et beaucoup de mes amis peinent déjà à boucler les fins de mois. Les centres équestres ont des marges ridicules, leurs gérants ne prennent jamais de jours de congés et travaillent le dimanche. Quant aux propriétaires d’équidés… nous avons rarement la place d’héberger des chevaux à domicile. C’est une grosse bête, ça mange et ça boit, c’est bruyant pour les voisins.  Nous les mettons en pension ou en demi-pension, chez des agriculteurs, des écuries de propriétaires ou au centre équestres du coin. Grâce à vous, le coût de cet hébergement va augmenter de 50 euros par mois en moyenne, et nous n’avons que deux mois pour nous y préparer.

Vous allez dire que ce n’est pas grave.

Il suffit de revendre les chevaux à d’autres.

Avoir un cheval, franchement… c’est un luxe de privilégiés.

Un cheval donne du travail aux gens. Si j’ai un cheval, il faut un éleveur. Je fais venir régulièrement le maréchal-ferrant. J’achète du foin et de la paille à mes voisins, des céréales à la grande jardinerie. J’appelle le vétérinaire, j’achète du matériel à la sellerie, je fais appel à des cavaliers professionnels pour progresser. Le cheval donne tellement de travail que le monde équestre est devenu le premier employeur sportif de France. Si je vend mon cheval, ces relations disparaissent. Mais vous le savez, ça se passe dans le pays que vous administrez.

Perdre ces relations professionnelles n’est pas le plus dur – ce ne sera qu’une énième contribution à la hausse du chômage ! Si je vend mon cheval, faute de moyens pour l’héberger, et qu’il est un peu âgé, j’ai très peu de chances qu’il retrouve un propriétaire. D’autant moins si lui fournir un toit et une prairie coûte plus cher. Il finira à l’abattoir… D’après les calculs des professionnels, avec votre caprice fiscal mensonger, 80 à 100 000 chevaux sont condamnés de la sorte. Cela fait beaucoup de sang d’innocents sur les mains. Et si j’étais méchante, j’espérerais presque que ça vous empêche de dormir la nuit.

Vous connaissez sans doutes mieux le monde du cheval que vous ne laissez supposer. Vous savez que nous sommes à bout, à bout des manifestations pacifistes et bon enfant, au bout du ton cordial. Votre absence de soutien et de réactions a le don d’énerver. Et nous savons maintenant tous que vous mentez : la vidéo de vos pinocchiotteries du 20 novembre rencontre un franc succès sur les réseaux sociaux.

Bien cordialement,

Amélie Tsaag Valren, équitante de Bretagne.

Quelques sources :

17 Commentaires

  1. BRAVO je me reconnais entièrement dans votre lettre et en tant que passionnée et propriétaire je suis prête à défendre ma passion et tous ceux qui la partagent ainsi que cet être si merveilleux qu’est le cheval…..après le pacifisme attention aux ruades!!!!

  2. Une lettre très juste qui dit les choses de belle manière et qui traduit parfaitement mes sentiments de propriétaire lambda qui ne roule vraiment pas sur l’or. La passion de ma fille est en danger.

  3. Bonjour Amélie,
    Je viens de parcourir votre lettre et au vu de ce texte je peux vous assurer que je n’aurais pas fait mieux… Vous relatez tout comme il le faut : la hausse de la TVA, le risque de perte d’emploi (dans les CE) sans parler du richochet sur les agriculteurs… Je ne parle pas de cette décision prise à 5 h du matin par quelques personnalités contenant sur les doigts d’une main..
    Je ne suis qu’une particulière très amoureuse des chevaux, ne suis plus détentrice momentanément d’un cheval mais je combat à ma façon cette hausse et vous soutiens amplement..
    J’ai créé un groupe sur Facebook : Equine French Association et dès que j’ai des infos, je partage les post des différentes “Hordes”
    Je vous souhaite d’obtenir “gains de cause” et que la manifestation prévue demain permettra au Gouvernement de se reconcentrer sur cette hausse et ne pas l’augmenter…
    Je vous souhaite un bon WE – Merci encore pour votre lettre
    Amitiés – Anne Marie

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