Mandela : acteur de la lutte armée et du rameau d’olivier

Alors comme ça Nelson Mandela était un pacifiste. Une sorte de Gandhi noir, un Martin Luther King des terres australes.

Hé hé…

En fait, Nelson Mandela était le fondateur de l’Umkhonto we Sizwe (MK), c’est-à-dire la branche armée de l’ANC. Formateur militaire du MK, il passa lui même par les camps d’entraînements du FLN algérien.

Et l’Umkhonto we Sizwe c’était pas le genre de boutique à combattre l’apartheid en dansant le tchatchatcha avec Johnny Clegg et en tissant des couvertures en laine de zébu, camarade. Formé et approvisionné par les pays du Pacte de Varsovie et les cubains, l’UK était un mouvement de guerre de basse intensité avec camps d’entraînement, sabotages, attentats, assassinats, embuscades et prises d’otages. Bref, tout le bréviaire des années pré-11 septembre. Jusqu’à une centrale nucléaire qui avait été attaquée par le MK en 82 !

Alors oui en Afrique du Sud durant l’apartheid il a existé un mouvement de résistance passive mais c’était un élément du combat parmi tant d’autres. Grèves générales, combats politique et judiciaire, agit’prop international tout cela existait mais en liaison avec une guérilla organisée et efficace.

Bien sûr, après le 11 septembre 2001, les notions de « guérilla » et de « résistance armée » sont un peu passés dans l’évangile du camp du démon. Pourtant les Etats-Unis et la France ont la mémoire courte, alors que les USA ont soutenu (et soutiennent encore parfois !) des dizaines de mouvements de guérilla à travers le monde, des Contras du Nicaragua à l’Unita en Angola, les français se souviendront du soutien inconditionnel de l’Etat aux « Moudjahidines du peuple » en Iran, au Front Polisario du Sahara Occidental (avec l’Espagne!) ou plus récemment aux cryptos-islamistes de l’Armée Syrienne Libre (et son fameux Front Al Nosra).

Un changement de paradigme ne doit pas être un prétexte pour réécrire l’Histoire : avant d’être un courageux artisan de la réconciliation inter-raciale en Afrique du Sud et un prophète de la paix, Nelson Mandela était ce qu’on appellerait aujourd’hui un terroriste.

Aujourd’hui, il n’est nul besoin d’aller en Afrique du Sud pour trouver un nouveau Mandela. Il en existe un, ici en Europe, pas trop trop loin. A peine une journée de bagnole en partant de Rennes de bonne heure. Son nom est Arnaldo Otegi, leader du parti indépendantiste basque Batasuna. Il croupit dans une prison espagnole depuis des années pour des faits politiques. Aucunement accusé d’avoir posé des bombes ou d’avoir suriné un militaire, il a juste le tort d’être indépendantiste basque et d’avoir voulu appeler au « dialogue et à la réconciliation pour résoudre le conflit basque » en n’excluant pas ETA.

Les admirateurs de Mandela pourront donc, pour poursuivre son œuvre, réclamer désormais la libération immédiate d’Arnaldo Otegi en arguant notamment que l’organisation de personnalités internationales pro-paix « The Elders » créé par le sud-africain est indirectement partie prenante dans l’actuel processus de paix au Pays Basque. Processus d’ailleurs enclenché par les indépendantistes basques mais régulièrement sabotés par les gouvernements espagnols et français.

Et parmi les odieux saboteurs, on retrouve le ministre français de l’Intérieur d’origine catalane Manuel Valls. On ne saurait trop lui conseiller l’étude de la vie de Mandela et son avis sur ceux qu’on appelle « les traîtres noirs » à l’époque de la lutte armée. A propos comment dit-on « traître » en Catalan ?

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