Thierry Borne : « Il faut réformer le gouvernement et virer les politiques »

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Thierry Borne - camion

Thierry Borne est le courageux directeur de centre équestre qui a déposé jeudi 15 tonnes de fumier devant l’Assemblée nationale. Il explique son geste et son point de vue, au fil d’une interview à contre-courant de la langue de bois.

7Seizh – Amélie Tsaag Valren : Comment avez-vous réussi à atteindre l’Assemblée nationale avec votre camion et sa banderole sans être arrêté ?

Thierry Borne : Je suis parti sans GPS, pour ne pas être repéré par les Renseignements Généraux. L’opération était planifiée de longue date. On a présenté mon acte comme « un geste désespéré ». Mais pas du tout. C’est un geste calculé, pour me faire entendre. Je connais peu Paris, mais je suis parvenu devant l’Assemblée. À peine arrivé, j’ai été emmené par les gendarmes qui se sont empressés de poser une bâche sur mon camion et de l’asperger de dissolvant, afin qu’on ne voie pas mon message. Heureusement, des photos ont été prises avant les dégradations et elles ont pu circuler.

(Note : Thierry Borne a porté plainte contre la gendarmerie pour les dégradations commises sur son camion)

A .T. V. : Vous venez du milieu équestre, mais ce que vous revendiquez est plus global ?

T.B. : Oui, je suis totalement concerné par l’équitaxe mais je n’en ai pas parlé le 16. Je tiens d’ailleurs à corriger la déclaration mensongère d’un journaliste, qui n’a pas pris la peine de me contacter pour vérifier ses sources : je suis dirigeant propriétaire d’un centre équestre, je travaille avec les chevaux et j’ai quinze salariés. Je ne suis pas là pour faire le guignol à la télévision. Je ne cherche pas de médaille. Sur Facebook, on me propose de m’aider à payer mes taxes. Il n’en est pas question. Je n’agis pas pour la gloire, et suis d’ailleurs retourné à la campagne avec mes chevaux.

Tout le monde peut se bouger et personne n’a à m’envoyer d’argent. Je préfère que chacun garde son argent pour monter manifester à Paris.

A.T.V. : Contre le gouvernement ?

T.B. :  Il faut réformer la politique et virer ce gouvernement qui est en train de couler le pays. Aucune entreprise ne garderait des dirigeants qui obtiennent de si mauvais résultats. Nous, on conserve nos politiciens. Il y a un problème ! Nous ferions beaucoup d’économies sans ces députés et sénateurs qui votent eux-mêmes leurs retraites-chapeaux, et qui accordent 700 à 900 euros de miettes aux agriculteurs qui ont bossé toute leur vie. L’Etat nous ment sans cesse. Il est plus que temps de remettre le système à plat. Si chaque salarié et gérant d’entreprise bloque les impôts et les taxes, en quelques mois, l’Etat est à genoux. On nous parle de négociations avec des « partenaires sociaux ». Mais qui sont ces partenaires sociaux ? Le medef et les syndicats. Ça représente qui ? Moins de 3% des gens…

Un président devrait être avant tout, comme dans d’autres pays européens, un porte-parole. Le gouvernement devrait faire entendre la voix du peuple. Tout ce que l’on entend à l’assemblée ou dans les débats télévisés, ce sont des joutes verbales entre des énarques sortis par la porte de droite ou la porte de gauche de l’ENA. Le fonctionnement de l’Etat est un vrai gouffre, qui appauvrit les gens qui travaillent. Evidemment, personne n’en parle ouvertement dans la presse française. Le seul moyen de comprendre ce qui se passe réellement en France est de lire la presse étrangère. En Suisse, il y a des consultations par référendum pour chaque sujet, par exemple le montant de la vignette annuelle qui permet de prendre les autoroutes. Que fait-on en France ? On exproprie des gens pour construire des autoroutes, dont la gestion est revendue ensuite à des sociétés privée. Lesquelles ne se privent pas de faire payer les « usagers » plein pot. Et tout le monde trouve ça normal… Ce n’est qu’un exemple. Malheureusement, les gens sont endormis. Ce pays, nous pourrions le redresser en 6 mois ou un an en prenant les bonnes décisions.

A.T.V. : Et concernant l’équitaxe ?

T.B. : Je n’ai pas été à Paris pour l’équitaxe, mon action est symbolique et globale. L’équitaxe est une décision qui n’a pas été réfléchie. Le gouvernement a sciemment relevé la TVA par décret en octobre pour récupérer 95 millions. Il ne pensait pas que ça allait lui péter entre les doigts (avec les manifestations). Le litige de départ provient de la filière des chevaux de course, non d’une menace imminente de condamnation européenne comme on a voulu le faire croire. Je n’appliquerai pas la TVA à 20%, comme je l’ai dit depuis le départ. Et je soutiens toujours le mouvement anti-équitaxe. Chaque manifestation, même sporadique, est utile.

A.T.V. : Que pensez-vous de la réforme des régions ?

T.B. : Le jeu de l’Etat est de diviser pour mieux régner : il y a Paris et la province ! Paris et son gouvernement, et le « reste de la France », en fin de compte, deux « France » différentes. Je souhaite que l’on accorde leur véritable importance aux régions de province. La France, ce n’est pas que Paris. Il y a une entité bretonne tout comme il y a une entité savoyarde – je suis Savoyard. Or, les Savoyards ont les même revendications que les Bretons, les Basques ou encore les Corses… Chaque région a ses spécificités et ses propres problèmes  à régler : en Bretagne vous avez une économie maritime, ici en Savoie nous avons des cols enneigés l’hiver. Il faut rendre la parole au peuple et exiger davantage d’autonomie. Et si je soutiens le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne, je pense aussi qu’il faut faire partie d’une structure pour être unis et forts. Mieux vaut s’unir pour structurer la France avec des régions qui fonctionnent différemment. Aujourd’hui, vous allez vous battre pour la Bretagne. Mais si on se bat tous, on sera plus forts. Je suis fier d’être Savoyard et je ne veux pas me battre uniquement pour ma région.

Une fois qu’on aura remis les choses à plat, il sera toujours possible de décider en local. Que les décisions pour chaque région soient prises au niveau local est normal. Si les habitants de Loire-Atlantique ne veulent pas d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, pour prendre cet exemple, il est du devoir du gouvernement français de respecter leur volonté.

Les Bretons ne veulent pas se rendre à la manifestation « jour de colère » le 26 janvier. C’est une erreur, il faut venir. C’est un mouvement populaire apolitique et laïque. On attend de chaque manifestant portant une étiquette politique et religieuse qu’il les garde dans sa poche.

L’union fait la force.

Il faut se rebeller ensembles.

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