FDSEA du Finistère : intervention de Thierry Merret en assemblée générale

13
7

Jeudi 20 mars, la FDSEA Finistère s’est réunie en assemblée générale à Plougastel.  

Assemblée Générale de la FDSEA du Finistère, jeudi 20 mars 2014
Intervention de Thierry Merret, Président de la FDSEA

Mesdames, Messieurs, les élus

Mesdames, Messieurs, les Présidents,

Mesdames, Messieurs, les Directeurs,

Cher(e)s adhérent(e)s, cher(e)s ami(e)s,

Laissez-moi commencer par une petite histoire, que certains d’entre vous connaissent sans doute, car elle sera, en quelque sorte, le fil conducteur de mon propos.

C’est l’histoire d’une petite grenouille, que l’on place dans une grande marmite d’eau bien fraîche. Un peu désorientée, la petite grenouille fait le tour de la marmite en barbotant et trouve que tout va bien. Quelqu’un allume alors le gaz sous la marmite : l’eau commence à tiédir mais notre bestiole, un peu étonnée, trouve que cela n’est pas désagréable, et continue à s’ébattre dans la marmite.

Peu à peu, la température de l’eau s’élève et notre grenouille commence à trouver cela un peu gênant, mais pas totalement insupportable. Tout au plus, se laissant langoureusement à la tiédeur qui l’enveloppe, se met-elle à pédaler moins vite. L’eau chauffe toujours et au bout d’un moment, la grenouille commence à avoir bien chaud et à ressentir une certaine fatigue. Pour économiser ses forces, elle cesse de nager et se recroqueville en attendant que cela passe …

Mais l’eau commence à bouillir et la petite grenouille, qui ne peut plus remuer, finit par périr, asphyxiée, noyée et bien cuite.

Quelle est la morale de cette triste fable : ne trouvez-vous pas que notre société française ressemble un peu à cette petite grenouille ? Car, si on avait plongé la bestiole directement dans l’eau très chaude, elle aurait vivement,

d’un coup de patte, trouver la force de sauter par-dessus bord et aurait ainsi échappé à son triste sort. Mais, anesthésiée par la soi-disant douceur, le soi-disant confort et la progressivité de son malheur, elle n’a rien vu venir et n’a plus eu la force, le moment venu, de réagir pour se sauver.

Et bien je suis certain que depuis une quarantaine d’années, notre pays ressemble à cette petite grenouille et à sa marmite…

J’aimerais maintenant faire le lien avec le domaine qui nous intéresse tous ce soir, je veux bien sûr parler de l’agriculture finistérienne et bretonne.

En 1994, la profession agricole fait le choix de mettre toute la Bretagne en zone vulnérable. La grenouille, à savoir la profession agricole, a pensé que c’était bien, que c’était « pro »….

Puis, quelques années plus tard, arrive la circulaire Voynet-Le Pensec, avec la mise en place des Zones d’Excédent Structurel. Puis viennent les Zones d’Actions Complémentaires. Quelques années plus tard encore, c’est au tour des Bassins Versants dits en contentieux, puis des fameux Bassins Algues Vertes ! Bien que voyant sa production diminuer, la grenouille n’a rien dit ou presque et il s’en est même trouvé pour penser que c’était bien, que c’était « pro ». Alors que les solutions agronomiques, techniques et de valorisation de nos ressources qu’elles soient fumier, lisier, algues sont à notre portée. Ces ressources naturelles sont des richesses ! Qu’on se le dise !

A cette marmite qui chauffe pourtant de plus en plus, j’aurai pu y rajouter les ZNIEFF, les zones Natura 2000, les réserves naturelles, les arrêtés biotopes, les ICPE toujours plus contraignantes, la loi Littoral, etc, etc, etc.

De la même manière, dans le domaine social, toujours plus de contrôles, de contraintes administratives avec la dernière en date sur la pénibilité au travail ! Récemment on a enclenché la diabolique dynamique de la RGPP (réforme générale des politiques publiques).

La petite grenouille, tout essoufflée, toute rouge de chaleur, s’est recroquevillée sur elle-même en mutualisant tout ce qui lui restait de forces et attend désormais patiemment la fin de son triste sort, tandis que de soi-disant « savants stratèges » pensent que l’agriculture s’en sortira grâce à la réforme de la Politique Agricole Commune qui pourtant se délite dans une Europe à 28, à une future Loi d’Avenir qui prône ses fameux GI2E et organise donc la désorganisation…

Ce jacobinisme qui pense « sauver » l’agriculture Bretonne, en particulier, grâce à un pacte d’avenir breton, pacte imposé de Paris, fait à la va vite, avec une pseudo consultation, et qui se résume à un copier/coller de mesures préexistantes, c’est se moquer de nous !

Pardonnez-moi d’avoir comparé notre agriculture à une grenouille, mais avouez que la similitude de situation est forte. Voilà plus de trente ans que l’on nous anesthésie peu à peu, et que, au nom d’une sacro sainte bien-pensance parisienne, nous en somme venus à nous résigner en entendant certains discours, rabâchés à volonté. Trop obéissants, nous, paysans, barbotons tranquillement dans la marmite en ayant oublié nos fondamentaux.

Voici quelques exemples de faits qui auraient dû entrainer des sursauts « hors de la marmite » :

Le contentieux européen est clos et les bassins versants bretons restent « en contentieux »,

les Zones Soumises à Contraintes Environnementales ou comment les pouvoirs publics ont la volonté de mettre en place de façon unilatérale des mesures contraignantes, sans contrepartie,

la réforme de la PAC et le manque d’anticipation de nos organisations nationales, notamment sur le « paquet lait » qui pourtant nous donne toutes les cartes pour renforcer le maillon production par la mise en place d’Organisations de Producteurs et d’Associations d’Organisations de Producteurs à un échelon territorial. Ceci doit pouvoir se décliner dans toutes les productions, avec une condition indispensable : le respect de règles de discipline communes. C’est ce que nous disons dans notre rapport d’orientation : il nous faut chasser en meute !

Mais malheureusement, certains ont dû tomber dans la marmite depuis bien trop longtemps ! Les conséquences en deviennent désastreuses pour notre agriculture, notre économie et nos territoires en témoignent malheureusement des situations récentes comme : Doux, Tilly-Sabco, Gad ! Ce n’est pourtant pas faute, à la FDSEA, d’avoir secoué la marmite à maintes reprises !

Je ne veux pas noircir le tableau…

Une goutte d’eau a pourtant fait déborder le vase ou plutôt devrais-je dire la flamme de trop si nous restons dans notre fable avec la marmite : c’est l’écotaxe. Ré zo ré ! Trop c’est trop !

La fronde contre l’écotaxe, taxe supplémentaire sur l’économie de production, a eu au moins la vertu de fédérer des paysans, des salariés, des transporteurs, des artisans, des commerçants, des pêcheurs, des chefs d’entreprise, des citoyens lambda, tous asphyxiés pour des raisons diverses voire souvent communes, et pour qui, le plus important est de pouvoir vivre, décider et travailler au pays !

La grenouille s’est dit enfin qu’elle n’était plus seule ! D’autres sont dans la marmite ! Ensemble, dans le respect et la confiance, nous avons le devoir de nous entraider, pour trouver l’échelle qui nous sauvera de la marmite bouillante, si nécessaire les moyens de faire sauter le couvercle et à fortiori de couper le gaz…

A cet instant, permettez-moi d’avoir une pensée pour Alphonse Arzel. Il est dans nos mémoires et restera l’homme qui a su fédérer au-delà des clivages politiques et obtenir gain de cause face à des géants. Pot de terre contre pot de fer et il a gagné ! Ça a marché ! Comme quoi où il y a de la volonté, il y a un chemin. Nous devons nous en inspirer.

Ne nous laissons pas enfermer dans la marmite ! La petite grenouille doit trouver les moyens de sauter hors de la marmite et de retrouver sa liberté. Unis et solidaires pour un même objectif, confiants et conquérants pour notre agriculture ! Ça doit marcher !

Dernière chose, ne devrions nous pas appeler Vladimir Poutine à la rescousse ? Lui qui considère la Crimée comme stratégique pour son pays, il pourrait peut être faire comprendre à Paris que la Bretagne est stratégique pour la France ! L’agriculture et son agro-alimentaire sont stratégiques pour la Bretagne, et donc le sont pour la France !

Pour éviter de se faire à nouveau piéger, comme la petite grenouille, méditons cette pensée de Saint Augustin :

« A force de tout voir l’on finit par tout supporter …

A force de tout supporter l’on finit par tout tolérer …

A force de tout tolérer l’on finit par tout accepter …

A force de tout accepter l’on finit par tout approuver ! »

Et je rajouterai qu’à force de tout approuver, on se finit par se faire en… enfumés, pour rester poli !

Ceci n’est pas acceptable pour notre Finistère et notre Bretagne. En ce 20 mars, journée du Bonheur international créée par Farell Williams que vous entendrez en musique de fin avec sa chanson « Happy », c’est aussi le 1ère jour du printemps. Une demande formelle sera faite au Président de la République de venir nous écouter en Bretagne, et cela à l’issue des municipales.

Le plus tôt sera le mieux car sinon, il y aura un printemps des Bonnets Rouges mais sûrement dans un climat tout autre. Les besogneux que nous sommes, si nous sommes prêts à participer au redressement productif de la France, c’est sans dogmatisme. Il y a urgence !

Soyez certains d’une chose, la FDSEA ne laissera pas l’agriculture finistérienne et ses paysans cuire pour finir en cuisses de grenouille ! Parole de Finistérien et de Breton !

 

Je vous remercie.

 

 

13 COMMENTS

  1. je suis d’accord avec thierry mais une chose a savoir est que la Bretagne ne se résume pas qu’au Finistère,pour une Bretagne forte se résume a tous ensemble,les 5départements français,les 5départements de l’ouest”gwelloc’h un obérez eget kant lavarer”(mieux vaut quelqu’un qui agit que cent qui parlent),je me suis déplacé pour mes”freres” du finistere car il souffre mais ici aussi nous avons besoin de vous!

Bonjour, laissez ici votre commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.