Nous te ferons Europe : tentative d’interprétation des résultats

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Alors que le succès du Front National aux élections européennes (y compris en Bretagne) accapare l’attention des médias, il est un phénomène qui est passé plus inaperçu : l’important succès de la liste « Nous te ferons Europe » menée par Christian Troadec.

Cette liste comporte des Bonnets Rouges, et son succès se situe vraisemblablement dans la lignée du soulèvement breton de l’hiver, mais ce n’est pas la seule liste comportant des Bonnets Rouges, puisque les listes de UDB ou NPA représentaient également le mouvement.

Parmi les quelques embryons d’analyse que l’on a pu voir, figure notamment une carte indiquant les communes où Christian Troadec est arrivé premier : elles se répartissent en cercle autour de la ville de Carhaix, son fief. Cette interprétation indiquerait que l’influence de M. Troadec dépendrait de son implantation, et serait essentiellement rurale, et basse-bretonne, dans la lignée de son résultat aux élections régionales de 2010 (avec un cercle peut-être un peu plus élargi).

Cependant, cette analyse me semble désormais tronquée et obsolète. Un examen sur plusieurs communes tests, en nombre de voix plutôt qu’en pourcentage, donne des résultats plus intéressants. Il apparaît pertinent de faire une comparaison avec les élections régionales de 2010, car là aussi M. Troadec avait fait campagne sur la Bretagne et même au-delà, et plusieurs personnes de la liste « Nous te ferons Bretagne » sont de nouveau présentes sur « Nous te ferons Europe ».

Une précaution doit toutefois être prise, car le taux de participation n’est pas le même en 2010 et en 2014. On peut environ qu’il a diminué d’environ 20%. Ainsi, des résultats en baisse de 15% pourront malgré tout être considérés comme stables.

Que nous disent les chiffres ?

Tout d’abord, si le bon score de M. Troadec se confirme sur sa zone de prédilection, où il arrive en premier, il faut noter que par ailleurs ses résultats sont en forte progression sur certaines régions : + 75% dans les Côtes-d’Armor (17 046 voix), + 86% dans le Morbihan (16 555 voix). Le vote Troadec s’implante dans certaines villes : ainsi à Brest (1663 voix, + 69%), Quimper (1476 voix, + 49%), Lorient (659 voix, + 73%). Même à Vannes, Christian Troadec progresse, avec 369 voix, soit + 29%.

En Ille-et-Vilaine, la progression est toutefois moins nette, quand il n’y a pas de chute. Avec 8250 voix sur le département, l’homme de Carhaix progresse de 18%. Son score reste modéré, mais finalement stable à Rennes (787 voix, -16%), Vitré (89 voix, – 13%) ou Fougères (68 voix, – 22%). A Redon, la chute est plus marquée : 66 voix seulement, soit – 33%. A l’inverse, l’évolution est plus positive sur des communes comme Saint-Malo (284 voix, + 5%) ou Dol-de-Bretagne (45 voix, +45%).

La Loire-Atlantique, de son côté, connaît une évolution plus particulière. En effet, dans ce département les scores de Christian Troadec s’effondrent par rapport aux résultats de « Nous te ferons Bretagne » qui y était menée par Jacky Flippot du Parti breton. « Nous te ferons Europe » enregistre seulement 4786 voix, soit une chute de 58%. La situation est similaire sur plusieurs communes, comme Nantes (- 66%), Saint-Nazaire (- 66%), Pornic (- 56%), Châteaubriant (- 62%), et même Blain, la commune de Jacky Flippot (- 51%).

Si l’on s’attarde sur quelques communes prises à part, on peut s’interroger sur l’effet « portiques », bien que les chiffres soient ici peu représentatifs. Notons quand même des progressions de 121% (51 voix) à Lanrodec, 64% (186 voix) à Pont-de-Buis, et 109% (159 voix) à Belz, où se trouvaient des portiques écotaxe.

Enfin, si le score de Christian Troadec reste très bon à Carhaix, il est en réalité stable, car, avec 1195 voix, la liste enregistre une baisse de 14% par rapport aux régionales.

Quels enseignements en tirer ?

Il semble que le phénomène « Bonnets Rouges » a bien joué, et a permis à Christian Troadec et à ses partenaires du Parti breton et de Breizh Europa de s’implanter plus fortement dans de nombreuses communes. Toutefois, plus on se rapproche de la France, plus les résultats sont modestes. Cette influence semble se faire sentir dans le Morbihan également, qui se démarque d’ailleurs par un vote FN similaire à ce qu’on observe en France. La progression à Vannes est ainsi plus faible que dans le Morbihan en général. La frontière Basse-Bretagne/Haute-Bretagne est à relativiser, au vu par exemple des bons résultats (139 voix, + 107%) de Christian Troadec (sans compter ceux de Christian Guyonvarc’h) à Ploërmel.
La situation particulière de la Loire-Atlantique est peut-être due à la perte d’intérêt envers une liste bretonne, alors qu’il y en avait plusieurs sur ce scrutin. En outre, beaucoup de personnes ont pu voter « Nous te ferons Bretagne » en Loire-Atlantique en 2010, pour manifester leur satisfaction de voir une formation passer outre la frontière administrative scindant la Bretagne en deux. Dans le cadre d’une circonscription « Ouest », cet argument ne trouve plus à s’appliquer. Est-ce à dire que les électeurs du pays nantais, étant exclus de la Bretagne administrative, placent comme priorité « bretonne » la réunification plutôt que l’autonomie ? Tant que la Loire-Atlantique restera séparée du reste de la Bretagne, il semble difficile de pouvoir mobiliser les électeurs sur les mêmes thèmes qu’en Bretagne administrative.

Et pour la suite ? Le prochain pari à relever pour l’équipe autonomiste et nationaliste de M. Troadec seront les prochaines élections régionales. On verra s’il confirme alors son implantation, et la renforce sur ses points de faiblesse, qui sont connus.

4 Commentaires

  1. Pour la Loire-Atlantique, c’est simple, à peu près personne ne connaît Troadec. Comment le connaîtrait-on ? Par Ouest-France ? Presse Océan ? Si on veut voter breton, on peut identifier l’UDB, mais il est par contre facile de passer à côté de la liste “nous te ferons Europe”. Demandez à 100 personnes dans les quartiers peuplés ou la campagne nantaise, vous n’en trouverez pas 10 à connaître cette liste.
    Inversement, je serais curieux de sonder les Carhaisiens sur le nom du maire de Nantes…

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