« Les écrits de prison de Georges Albertini » par Morvan Duhamel

albertiniAlbertini Georges. Georges Albertini. De n’importe quel bout qu’on prenne le sujet, il flotte toujours, autour, comme un parfum mêlé. Souffre et pénombre. Après avoir rendu public les notes personnelles de Georges Albertini qui donneront du travail aux historiens pour au moins 20 ans, Morvan Duhamel récidive dans le péché avec « les écrits en prison » de l’homme d’influence. Car le sujet est fâcheux…clivant !… Albertini, avant d’avoir été un conseiller très écouté de la 5ème République, avant de faciliter la formation de FO et mille autres choses aura eu un passé à faire rougir Belzébuth. Fils d’un cheminot corse et d’une femme de ménage française, il fût secrétaire général du RNP (Rassemblement National Populaire), le machin de Marcel Déat, l’apôtre Jean du « parti unique » durant l’occupation. Le dit parti unique devait mener à bien la « révolution nationale » et « socialiste » au sein de « l’Europe nouvelle » du furieux furher.

Final sanglant ! Tout le monde se fera rouler dans l’erzatz de farine. Administration allemande d’un côté, bazar de l’Hôtel du Parc de l’autre. Déat ne fera même pas la révolution dans son salon et foutera le camp une main devant une main derrière à Sigmaringen. Les Fifis au cul et le mépris d’Albertini en prime.

Ce dernier décrit minutieusement, dans la deuxième partie de l’ouvrage consacrée à son séjour à la Santé, à quel point il le hait, le conchie, le balaie. Car « lui n’a pas fui, abandonnant tout le monde ».

L’ancien secrétaire général du (futur) « Parti Unique » décrira donc, de l’intérieur, les prisons de la Libération. Comment il réussit à « influencer » tout le monde là-dedans, les rencontres qu’occasionne ce retournement de l’Histoire : le banquier Hippolyte Worms, les malchanceux de l’Epuration, les vrais salauds mourant en homme, les cocus de la « Nouvelle Europe »,…

Un roman ! Albertini a déjà la tête sur le billot et il met tout son talent dialectique à démontrer virgule par virgule qu’il n’était pas un « collabo ». Que son seul idéal était « la France, l’amitié franco-allemande et le socialisme ». A la lecture de ses mémoires de l’ombre on souffre avec lui, on élabore à ses côtés ses balivernes de vaincus. Et surtout bien enfoncer Déat encore… qui a foutu le camp…. les laissant tous là ! Ah le sale lâche !

Au final, Albertini aura réussi à embobiner jusqu’au plus modeste porteur de clés. Il prendra 5 ans, en fera 4. Mais entre temps, son fils est mort à l’assistance publique, sa femme a été torturée, ses parents emprisonnés.

Morvan Duhamel, qui travailla avec Georges Albertini après-guerre, délivre ici les écrits de son ancien patron. Sans juger, sans pardonner, sans préchi-précha. Tout juste quelques précisions biographiques sur telle ou telle personne citée vient renseigner le lecteur pas forcément spécialiste de cette époque trouble et lointaine. Ah ça Morvan Duhamel ne joue pas ainsi les Sainte-Vierge. Les « Résistant des 70 ans après ». Ne juge pas les destins gris. Telle Françoise Morvan qui nous explique à longueur de sermon à quel point elle aura été Jean Moulin si elle était née plus tôt ! Bref…

La troisième partie de l’ouvrage est constituée du long historique du RNP écrit par Albertini en prison. Le fil des pages laisse au lecteur son cortège de questions. Pourquoi le rusé Albertini n’a-t-il pas choisi le PPF de Doriot plutôt que le fade RNP ? Comment ont-ils pu croire aussi longtemps à la victoire inéluctable de l’Allemagne ? « Pour Albertini, le national-socialisme n’était qu’une branche de l’arbre socialiste » selon Morvan Duhamel.

Mon dieu que ces gens-là se sont trompés !

Les écrits en prison de Georges Albertini. Morvan Duhamel. Editions Amalthée. 21,85 euros. Acheter en ligne

 

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