Hippocrate : les archétypes ont la vie dure !

Celui de la médecine conjuguée  au masculin en est un exemple.

Le 3 septembre dernier sortait en salle une comédie dramatique « Hippocrate »  réalisée en 2014 par Thomas Lilti. Elle nous raconte l’histoire du jeune interne Benjamin qui y croit dur comme fer : médecin, c’est sa vocation et il fera de grandes choses. Il arrive plein d’espoir et confiant pour son premier stage d’interne dans le service de son père.

Les succès d’audience à la télé de Dr House et de Grey’s Anatomy l’ont prouvé : les Français, s’ils ont une peur bleue de l’hôpital, adorent les séries médicales américaines.
Ainsi, les chaînes françaises se sont mises au diapason et nous ont offert ces derniers temps nombre de reportages sur le monde des internes.

Depuis 2011, France 4 diffuse une série intitulée « Médecins de demain » qui retrace la vie d’internes en médecine et de jeunes docteurs pendant six mois.

En 2012, Francetv Info mettait en ligne « Les internes en médecine ne se reposent pas assez » une enquête qui démontre que le « repos de sécurité » n’est pas respecté pour 21% des internes en médecine, ce qui peut mettre en danger la santé des patients.
Puis en février de cette année, les téléspectateurs de M6 ont passé leur soirée en compagnie de 8 internes lyonnais avec le reportage «Vocation médecin » dont l’équipe a suivi durant plusieurs mois, huit de ces jeunes futurs docteurs, ayant choisi des spécialités différentes au sein de trois grands hôpitaux lyonnais.

À première vue, rien de choquant à la diffusion de ces reportages si ce n’était un détail –de poids- : l’absence totale ou la sous-représentation des femmes internes !

Car aujourd’hui, cette profession, masculine depuis des siècles et même des millénaires, est détrônée par l’arrivée massive des femmes. On compte aujourd’hui, dans les amphis, 60 % de filles pour 40 % de garçons. « Et c’est une tendance de fond. Dans ma faculté, à Tours, cela fait sept ou huit ans qu’on compte deux-tiers de filles pour un tiers de garçons », constate le professeur Dominique Perrotin, président de la Conférence des doyens dans un article publié en 2013 dans le quotidien La Croix. À l’horizon 2022, elles deviendront majoritaires !

Mais de manière surprenante cette émergence semble en déranger plus d’un. Car, volontairement ou par acte manqué,  cette tendance n’est reflétée dans aucun des reportages cités ci-dessus et encore moins dans le film Hippocrate dont les trois personnages principaux sont des hommes.

À croire que la petite phrase assassine prononcée en 1889 par le ministre de l’instruction publique français, Monsieur Goblet, compte encore des émules : un diplôme de médecin détenu par une femme est  « nul et sans valeur ».

Sans valeur, ce n’est heureusement plus le cas aujourd’hui mais il est intéressant de remarquer comment la disparité nationale des salaires bruts entre femmes et hommes se retrouvent dans ceux des internes.

Salaires

Cependant, si le haut de la pyramide de la médecine où se trouvent les postes de professeurs et d’enseignants reste encore monopolisé par les hommes « sur 38 doyens, on ne compte que 3 femmes », la féminisation actuelle fera bouger les choses à l’avenir.

Et le changement a déjà commencé en Bretagne !

Comme le prouve les deux schémas ci-dessous.

Pyramide des âges des nouveaux inscrits
Pyramide des âges des actifs réguliers Source : LA DÉMOGRAPHIE MÉDICALE EN RÉGION BRETAGNE – Situation en 2013

THÈSE : LA FÉMINISATION DE LA MÉDECINE GÉNÉRALE, FACULTÉ DE BREST DE 1990 À 1995.

Bénédicte LOISELET-DOULCET

La féminisation de la médecine a été un long chemin et n’a pas tout de suite suscité l’approbation de tous, loin de là. Nombreux sont ceux qui, comme le Docteur Fiessinger en 1900, ont douté de la capacité des femmes à exercer un métier initialement réservé aux hommes :

« Ces confrères en jupons ne me semblaient pas préparés par leur sexe à tenir les fonctions de praticien… La femme doctoresse est une de ces herbes folles qui ont envahi la flore de la   société moderne, très innocemment, elle s’est imaginé qu’ouvrir des livres et disséquer des   cadavres allait lui créer un cerveau nouveau…Je dis que par sa forme d’intelligence, une femme est incapable de soigner les malades…qu’il me soit permis, à celles qui s’égarent dans des études où elles sont inaptes, de leur montrer qu’elles font fausse route et qu’il ne dépend pas de leur volonté de se créer un cerveau de praticien. »

 

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