Home Actualité Information Bretagne - 7seizh.info Autonomie/Indépendance De la nécessité d’une presse indépendantiste en Bretagne

De la nécessité d’une presse indépendantiste en Bretagne

Le référendum écossais servira t-il de leçon en Bretagne ? « Le vote du coeur n’est pas celui de la raison » pouvait-on lire chaque jour ou presque dans la presse écossaise. Car du Daily Record au Scotsman en passant par le Herald, tous les quotidiens publiés en Ecosse étaient pro-NON. Tous ! Les partisans de l’indépendance se sont battus des mois durant contre un torrent d’articles et de « Une » anxiogènes. En gros, si le « Yes » passait, les fleuves écossais allaient s’arrêter de couler et la nuit allait s’abattre 11 mois de l’année sur Edimbourg. « Les partisans du Oui ne mesurent pas les conséquences de leur folie », « demain nous seront au banc des nations », … Chaque jour apportait son lot de catastrophisme et de fâcheuses conséquences.

En Bretagne, nous avons trois quotidiens : Ouest-France, Télégramme et Presse-Océan. Nous avons également, dans nos kiosques, les quotidiens parisiens. Certains, parmi les militants bretons, réclament un référendum pour la question de la réunification de la Bretagne. Las, si un pareil référendum était consenti par le pouvoir, il y a fort à parier que l’ensemble de la presse manierait les mêmes ressorts anxiogènes. En gros, on lirait « votez Oui à une Bretagne réunifiée et les 5 départements auront le PIB de la Somalie ».

Hubert Coudurier, dirigeant du Télégramme a d’ailleurs annoncé la couleur dans son éditorial de jeudi intitulé « L’indépendance n’est pas bretonne ». Il y est, entre autre, écrit que « la Bretagne n’a jamais été une nation, contrairement à l’Ecosse » ! Sans rire ! Rappelons tout de même que notre pays fut indépendante durant 7 siècles.

Qu’avons-nous, nous bretons, pour rétablir l’équilibre ? Des blogs, des sites d’informations avec les moyens d’un fanzine punk. En clair, le coutelas de Rahan contre des portes-avions. L’ABP, 7Seizh, d’autres blogs peuvent afficher des milliers de lectures quotidiennes, que pesons-nous face aux mastodontes Télégramme-Ouest-France-Presse-Océan ? Rien ou si peu. Reste les publications amies : un mensuel en français « Bretons », un hebdo en breton « Ya », un mensuel également en breton : « Bremañ ». Et le mensuel de l’UDB, de bonne facture, « Le Peuple Breton ».

Les écossais n’ont également aucune presse susceptible de rivaliser avec la très agressive presse britannique. Malgré tout leurs efforts, leurs soirées de porte-à-porte, leur énergie, nos frères écossais ont bel et bien perdu leur référendum. David Cameron a annoncé aujourd’hui qu’il n’y en aurait pas d’autre « avant une génération » au moins. Sad but true.

Les Catalans auront également un référendum sur l’indépendance en novembre. Leurs outils médiatiques sont autrement plus sérieux que ceux des écossais : plusieurs quotidiens en catalan. Certains sont ouvertement indépendantistes « Ara » par exemple vend 15 000 exemplaires quotidiennement et affiche des milliers de visiteurs sur son site internet. Au niveau de la presse pure-player, les nationalistes catalans peuvent compter sur Vilaweb et bien d’autres. Même constat au Pays Basque avec le quotidien papier indépendantiste Gara auquel s’ajoute les 3000 exemplaires/jour du quotidien entièrement en basque Berria. Plus leur sites internet respectifs bien entendu.

Lancer un quotidien papier en Bretagne avec des moyens serait folie. Les coûts de fonctionnement sont énormes et il est très dur de pouvoir capter un lectorat dans le contexte actuel. Mais internet ouvre des champs de possibilité immense. Avec peu de moyens, il est possible de développer des sites d’informations payants ou gratuits, vivant de la publicité ou non avec des coûts largement réduits. Aujourd’hui, les organes de la « nouvelle presse » fonctionnent tous sur le même modèle : une équipe de salariés réduite au strict minimum et des collaborations extérieures par centaine. En clair, des pigistes.

Depuis l’épisodes des Bonnets Rouges on a découvert qu’il existait des « entrepreneurs nationalistes » en Bretagne. Ah ? Que font-ils ? Qu’attendent-ils ? La Bretagne va-t-elle gagner de nouveaux pouvoirs par l’opération du Saint-Esprit ? La notion de guerre de l’information est-elle arrivée jusqu’à leurs oreilles ? Patrick Le Lay avait lancé TV Breizh il y a quelques années. Louable initiative qui a été brisée par l’état français. Mais une chaîne de télévision représente des coûts de production faramineux, démesurés. Un site internet mélangeant écrit, vidéo, podcast, en accord avec les nouvelles habitudes du lecteur et de l’auditeur, occasionne des coûts n’ayant rien à voir avec le gouffre financier d’une chaîne de télévision.

La droite française a construit son pure-player : Atlantico. La gauche en a plusieurs : Rue 89, Slate, Huffigton Post, Vice. L’extrême-droite français a également un beau panel en la matière (Fdesouche, Polemia, plus un quotidien papier « Présent ») … . Les catalans ont vilaweb, les galiciens galiciaconfidencial les basques naiz, les valenciens La Veu. Et nous bretons ?  Comme les écossais rien. Si ! 7Seizh, ABP et quelques autres. Les écossais eus, ont le courageux « Scottish Times ». Des médias bénévoles réalisés par des bénévoles avec des ambitions de bénévoles. Ce n’est pas comme ça que nous aurons un jour un référendum quelconque et encore moins la possibilité de le gagner….

Des entrepreneurs patriotes ? Mettons les choses carte sur table. On ne demande pas à un patron d’aller coller des affiches et de faire du porte-à-porte pour la Bretagne. On demande à un patron d’apporter son savoir-faire, son carnet d’adresse, sa capacité à créer de la richesse, son expertise et son capital. Des patrons se revendiquant « indépendantistes » ou « autonomistes » ou « partisans-d’une-vraie-régionalisation » il y en a. Que croient-ils ? Que François-Régis Hutin va soudainement se convertir à l’autonomisme breton ? Créer un média quotidien, sérieux, pluraliste, objectif affichant une identité bretonne comme le Figaro affiche son identité de droite et l’Humanité son identité de gauche devrait être une priorité. Or que voit-on ? Des pleurnicheurs, des twittouillards, des colloqueux, des indépendantistes romantiques sans aucun sens du pragmatisme politique. Qu’ils la bouffent leur feuille d’impôt !

Le pouvoir politique se gagne par la conquête des esprits, la pédagogie quotidienne, la réactivité. Il y a une élection régionale dans un an. Christian Troadec va-t-il aller à la riflette en guettant avec inquiétude le localier de Ouest-France à chaque fois qu’il se déplacera quelque part ? L’UDB va-t-il faire des communiqués sur tout et rien qui ne passeront que sur leur site internet ? Le Parti Breton ou Breizh Europa vont-ils encore écrire programmes  et manifestes qui ne seront lus par personne ?

La conquête du pouvoir politique passe par la conquête du pouvoir culturel et médiatique camarade. Il est temps de s’en rendre compte.

Anatole Turlupin

45 COMMENTS

  1. Un presse indépendantiste : pas seulement ! Autonomiste ou fédéraliste également, ce pluralisme là étant tout autant facteur de démocratie.

    N’empêche que le problème d’information soulevé par cet article reste d’une importance capitale dans toute perspective de « Reconquista » politique.

  2. Est ce vrai que Charlie a été acheté par les rothschield en décembre? Vous êtes Charlie…. Quel type de Bretagne nous préparons nous à faire. Celle là existe déjà, c est celle des crêpes et des costumes du 19e siecle. A n eo ket brav brav brav, larideridonden laridedidonde. Il nous faut autre chose que bécassine et deux mots d esprit pour faire comprendre aux bretons qu ils sont de la chair à canon pour une culture qui viole les cadavres et la mémoire de leurs parents.

  3. C’est une évidence Anatole ! Le seul problème est de finir par être crédible auprès de la plus large partie de la population.
    Laissons le camarade Jean-Jacques Urvoas convertir ses partenaires parlementaires. Du temps des premiers bonnets rouges il y avait tout un cortège de d’ecclésiastiques pour prêcher la modération et le plus souvent la soumission totale. Aujourd’hui ces évêques sont les grosses têtes du PS, le petit clergé les ouailles socialistes qui aiment bien la Bretagne mais veulent rester fidèles à leur chefs….JJ Urvoas a bien évolué car du temps où il était l’attaché de B. Poignant son discours était anti-autonomiste comme son mentor, mais JJ Urvoas est trop lisse, trop policé, et cherche désespérément à sauver l’unité française jusque dans les territoires d’Outre-Mer….
    Chalm Mab an Derw

  4. L’oubli de Peuple breton, dans les magazines, ne peut pas être involontaire de votre part…

    L’angoisse de Chistian Troadec attendant le localier d’Ouest France est touchante, mais je crois qu’il est déjà en ligne directe avec le Télégramme qui a une couverture plus qu’amicale des Bonnets Rouges.

    S’il est pertinent d’imaginer un journal breton, vous en posez bien les conditions, mais il en manque une de taille, sur quelle ligne politique. Le régionalisme, voire l’autonomise ou même l’indépendantisme est un parapluie bien trop large où l’on trouve quelques bons grains et des flopaisons d’ivraies. Du régionalisme pragmatique aux fachos de tous bords.

    C’est la complexité du moment et votre site présente assez souvent cette complexe schizophrénie : l’on y lit souvent des articles de fond, avec lequels on peut ou pas être d’accord, mais aussi des élucubrations individuelles qui ne peuvent, pour le moins, que faire frémir. Qui dit presse, dit rédaction, dit choix, priorisation, ce que l’on a trop peu sur internet

    Donc, le voeu d’une presse bretonne indépendante, voire indépendantiste, est probablement pieux…

    • Devloc vous parlez plus vite que votre ombre, l’UDB et son journal « le Peuple Breton » sont cités.Personnellement je reste pragmatique car je suis Nantais et comprends la complexité de la situation dans laquelle nous ont mis les leaders politiques (tous plus tricolores les uns que les autres) de gauche comme de droite Dassier, Olivier Guichard (et derrière lui l’ombre de M Debré), Daniel Augereau, JM Ayrault, etc…et ces messieurs et dames de la CCI ou de la jeune Chambre de Commerce etc…et pourtant nous avons aussi des industriels des géographes de notre côté. Oui il nous faut une presse indépendante. Je préfère dire indépendante qu’indépendantiste car indépendantistes et vrais fédéralistes ne peuvent que travailler ensemble. Je vois mal les populations de Nantes et Rennes se rassembler dans un front indépendantiste à court et moyen termes. Il faut être d’abord indépendant dans son esprit et être le plus possible solidaire avec nos compatriotes.
      Nous avons eu en 1532 non un traité mais un édit royal à bas prix, en 1789 heureux de se débarrasser du système nobiliaire les élus républicains Bretons ont finis par renoncer définitivement
      à leur parlement (Vous êtes Bretons! Les Français commandent ! Mirabeau), En 1962, 1972, 1982 le gros de nos élus a accepté la partition…Nous sommes le dos au mur…mais il y a comme un sursaut dans l’air…
      Dans tous les pays il y a des extrêmes de gauche comme de droite. Alors pourquoi nous accabler.
      La gauche française honore Gambetta et oublie sa position à l’égard de l’enseignement bilingue :
      occitan, basque …et breton etc. Si les militants et la population bretonnes avaient obtenu un vrai statut pour le breton entre 1920 et 1930, combien de (jeunes) militants se seraient fourvoyés dans un ultra nationalisme qui les a mené là où on sait ?

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