Les grands principes ne servent pas à grand chose

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Interdire ?C’est ce que je me disais aujourd’hui au volant, en voyant toutes les incivilités, les automobilistes en tort qui se permettent de klaxonner, de faire des appels de phare et des gestes obscènes. Et là, pas un flic pour agir, ça ne rapporte pas. Si bien qu’au niveau d’un barrage de police, je me suis permis d’arroser copieusement un scootériste qui se rabattait dangereusement après un dépassement interdit. Les deux motards de la police m’ont regardé l’œil bovin, ils n’ont rien « entravé »… j’ai tout juste évité de peu l’amende, ayant klaxonné. Entre nous, avez-vous suivi et observé une voiture de police ou de gendarmerie sur la route ? Leurs occupants auraient besoin d’un sérieux stage de remise à niveau du Code de la Route.

Et pourtant, si la pédagogie commençait dans la rue ? Ca éviterait les accidents à plus grande vitesse.

Et bien tout cela me fait penser aux grandes théories entendues quotidiennement ; de ceux qui aiment glavioter sur les événements de Trifouyos-los-oyos à Ho Tchin Tchong :

  • Ceux qui vont donner des leçons sur la protection de l’Antarctique alors qu’à leur porte des territoires fragiles disparaissent ;
  • Ceux qui vont jouer les rebelles palestiniens et brandir farouchement le droit des peuples à prendre leur destin en main, alors que le leur crève la gueule ouverte sans qu’ils ne daignent remuer le petit doigt ;
  • Ceux qui vont brûler des administrations car se sentant rackettés, volés, tout en louant cette machine France qui nous presse comme un citron. Ils rejoignent les « citoyens » en colère, mot galvaudé laissant entendre de bons français implorant la miséricorde de leur maître parisien ;
  • Ceux qui parlent sans relâche de partage mais qui profitent au maximum des aides sociales, qui ne donnent plus de leur temps au travail pour le bien commun et qui veulent encore obliger la société à accueillir la terre entière quand bien même ils n’accepteraient pas eux-mêmes d’offrir l’espace de leurs murs pour secourir ne serait-ce que leurs amis. Bien sûr, je ne parle pas des demandeurs d’emploi, non concernés ;
  • Ceux qui vont hurler sur la société de consommation et la mondialisation jusqu’à vouloir détruire les TV Breizh et les « Produits en Bretagne » car trop capitalistes à leurs yeux. Alors que ce sont encore les principaux pans d’un marché « ethno-différencié », qui pourrait s’affiner et s’ouvrir sur une économie de circuits courts. Le nourrissage industriel de la surpopulation ne changera pas d’un coup de baguette magique de toute façon : la route sera encore longue avant que nous soyons tous uniformément vêtus de braies et de ponchos péruviens bios et équitables ! Je sais, ça peut faire peur, c’était de l’humour.

Et paradoxalement, on parle local, régional, selon un discours parfois de petit chauvinisme ; le mot « national » étant devenu pas beau du tout, sauf quand il est français et administratif (ah oui, il ne faut pas qu’il soit breton ou écossais, on vous dira que c’est du repli. Palestinien, ça va, il y a le Hamas là-bas et Israël en face quand même !). Ce discours concerne aussi bien l’agriculteur ou l’éleveur industriel qui brûlera la MSA du coin parce qu’il n’a plus son gagne-pain d’avant, que le maraîcher bio qui vendra ses quelques légumes de jardinet au marché du coin. L’un défend son revenu immédiat, l’autre son refus de la société tout en conservant ses bons côtés. Ce dernier verrait sans complexe plus de 7 milliards de toilettes sèches dispersées sans traitement commun autour des habitations… Mdr comme dirait l’autre.

Bref, il est question de ceux qui donnent des leçons à la Terre entière ou qui veulent créer paradoxalement leur micro-communauté sans se soucier du monde qui ne les suivra pas. C’est tout ou rien, sans laisser la place à l’éducation dans le monde réel, afin de devenir des êtres responsables.

Nous pouvons être radicaux et pédagogiques à la fois, fermes et compréhensifs : cela s’appelle parler aux siens. Et parfois, il faut avoir le mauvais rôle, être aussi donneurs de leçons mais modestes… et froisser un peu ses semblables.

Notre destin, c’est la Bretagne ; notre emploi, notre retraite, notre couverture sociale… c’est aussi la Bretagne. C’est l’échelle humaine pertinente dans le concert des peuples, pacifiés et unis dans leurs richesses et leurs différences.

 

Bertrand Deléon.

5 COMMENTS

  1. C’est vrai Bertrand. Et à un moment il faut savoir ce que l’on veut et accepter la mise en cause de nos petits conforts dans l’intérêt d’une collectivité, accepter d’aliéner une infime part de notre libre arbitre au profit du groupe. Cà me rappelle mon sujet du bac…..hier 😉 : “L’homme raisonnable est plus libre dans la cité où il vit sous la loi commune que dans la solitude où il n’obéit qu’à lui-même” C’est ce que disait Baruch Spinoza (Ethique (1677), IV, prop. 73) Cela a dû me marquer car je m’en souviens encore. Encore faut’il trouver la taille exacte de cette “cité”, l’échelle humaine pertinente comme tu dis si bien à laquelle chacun peut librement adhérer. Pour nous c’est assez clair, notre destin c’est en effet la Bretagne et chaque jour qui passe doit faire prendre conscience à nos concitoyens de ce qui est pour nous une évidence.

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