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Publié le: mar, Nov 4th, 2014

SEITA.  Dix-sept jours aux côtés des grévistes de la faim pour Séverine. Il est où l’humain ?

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Mariée à Stéphane, ouvrier de nuit à la SEITA depuis dix-huit ans, Séverine est allée pendant dix sept jours, matin et soir après sa journée de travail, apporter son soutien aux grévistes de la faim. Pour les soutenir dans leur combat. Pour être là. Avec eux. Portrait.

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Née à Verdun. Deux grands-pères morts à la guerre. Séverine est une lorraine et le revendique. Quand elle rencontre Stéphane, elle est étudiante, en éthologie, à Nancy. Lui vient de terminer son engagement militaire. Entre eux, c’est le coup de foudre immédiat. Pour vivre avec lui, elle plaque tout et le rejoint à Fontenay-le-Comte où il prépare sa reconversion professionnelle à l’AFPA. En 1997, Stéphane intègre la SEITA à Nantes et obtient deux ans plus tard sa mutation à la manufacture de Strasbourg. Leur premier enfant vient d’avoir un an et Séverine est heureuse de retourner dans l’Est. Pour arrondir les fins de mois, elle se fait caissière, puis vendeuse de vêtements. Elle envisagera de reprendre ses études… et y renoncera, préférant passer un concours pour entrer à l’ANPE où elle est admise sans difficulté. Leurs conditions de vie s’améliorent. Les années passent et, la stabilité assurée, ils achètent leur maison. Un second enfant naît. “Mais l’Alsace, ce n’est pas la Lorraine”, dit Séverine. “Il n’y a qu’à Paris qu’on peut vouloir fusionner deux régions qui n’ont rien en commun. En Alsace, l’habitat est magnifique, le folklore, la choucroute, la bière… C’est bien pour les vacances ! Mais nous, on s’ennuyait.”

En 2009, la direction d’Altadis, propriétaire de la SEITA, annonce la fermeture de la manu de Strasbourg. On propose à Stéphane de le muter à Nantes. “L’océan nous attirait. Et la Bretagne aussi.” Stéphane accepte sa mutation. L’ANPE venant de fusionner avec les ASSEDIC. Séverine demande la sienne à Pole-Emploi. On lui promet que “celle-ci sera acceptée du fait du rapprochement de conjoint.”

Altadis semble vouloir se préoccuper de ses salariés. On les invite, avec d’autres collègues, deux jours à Nantes, aux frais de l’entreprise. Voyage en car de luxe, grand hotel et grand restaurant avec le directeur du site de Carquefou… Celui-ci leur vante la modernité et l’avenir du site, les avantages du comité d’établissement et ses bungalows pour les vacances sur la côte atlantique. On met à leur disposition une personne pour les aider à chercher un logement. Ils sont prêts à accepter, mais, contre toute attente, Pôle-Emploi refuse sa mutation à Séverine. L’inquiétude. L’angoisse. Que faire ?

“Ce n’était pas possible, pas croyable ! La manufacture tournait à plein.”

L’envie de retourner près de la mer, là où leur vie commune avait commencé, est la plus forte. Ils mettent en vente leur maison et “coup de chance, au premier coup de fil, c’était fait.” Séverine renouvelle sa demande de mutation, prête à prendre un congé sans solde si elle ne l’obtient pas. Et au 1er juillet, ils s’installent dans une maison qu’ils louent , près de Carquefou, à quelques kilomètres de l’usine. Huit jours plus tard, Séverine est finalement mutée. Ce qui lui vaudra de vivre une seconde fusion ANPE-ASSEDIC, celle-ci s’étant produite plus tardivement sur Nantes. Son poste, dans le centre de Nantes,  ne lui plait guère, mais ils sont ensemble, avec leurs enfants… Les années qui suivent s’écoulent, paisibles. Altadis est racheté par Imperial-Tobacco. Pas de vague… Le propriétaire de la maison qu’ils louent leur propose de l’acheter. Ils s’endettent à nouveau et en profitent pour l’agrandir. Et, dans le cadre de la réorganisation de Pôle-Emploi à Nantes, Séverine obtient le 15 mai dernier le poste qu’elle souhaitait, à l’agence de Sainte-Luce, plus proche de leur domicile. Cette fois, tout va au mieux. La vie semble belle.

Le rêve n’aura pas duré une journée… Ce même 15 mai, une collègue de travail montre à Séverine l’édition du jour d’Ouest-France qui annonce la fermeture de la SEITA de Carquefou. Montée d’adrénaline. Séverine téléphone à son mari. Il n’est au courant de rien. “Ce n’était pas possible, pas croyable ! La manu tournait à plein. Stéphane avait fait des heures supplémentaires tous les mois précédents parce qu’il y avait trop de travail. Il touchait régulièrement des primes ! Je me suis dit que c’était de l’intox, des conneries écrites par les journalistes.” Mais c’était vrai. Et la direction avait délibérément choisi de l’annoncer d’abord à la presse. “Un coup de massue sur la tête”, crie Séverine. “J’ai pensé à ma fille, au financement de ses études dans un lycée agricole privé. Au crédit sur la maison. On ne pourra plus payer. J’étais anéantie. Comment Stéphane pourra-t il retrouver un boulot, après ses dix huit ans passés en travail posté de nuit. Et avec quel salaire ? Nuit et jour, je refaisais les comptes. On n’y arrivera pas…” Et dans les jours qui suivent, Stéphane confirme que tout sera fini début 2015. L’hécatombe. Il s’enferme dans une colère sourde qui tourne à la dépression.

“Défendre l’humain. Pour que les journaux s’intéressent à eux, à nous, au lieu de Sarko sur son vélo.”

Dans les mois qui ont suivi, Stéphane est de toutes les manifestations. Avec ses collègues, il va manifester Paris . Il voit les RG leur interdire d’approcher les quartiers où sont les financiers. “J’ai été écœurée que Rebsamen, le Ministre du Travail, ne reçoive pas lui-même une delegation. J’ai été outrée quand le Préfet à Nantes a refusé de rencontrer les grévistes de la faim au motif qu’ils étaient en chaises roulantes et que cela posait un problème de sécurité dans le bâtiment de la Préfecture,” s’indigne Séverine. “Alors, c’est monté du fond de mes tripes. J’ai eu envie de me battre, aux côtés des ouvriers. Pour défendre l’humain. Pour que les journaux s’intéressent à eux, à nous, au lieu de Sarko sur son vélo.” Et sur Facebook, elle a appellé tous ses amis à exprimer leur soutien, à faire passer l’information que les journaux ne publiaient pas, pour créer une chaîne de solidarité. “Pour moi, ça été le chaos. Il y en a eu si peu à réagir. Je me suis senti seule. Des dizaines de soirs, j’ai eu les larmes aux yeux.”

Quand Stéphane lui a annoncé, fin septembre, que des collègues se lançaient dans une grève de la faim, Séverine a vécu ça comme le dernier sursaut du désespoir. “J’étais contente que Stéphane ne se propose pas,” dit Séverine. “Je n’aurais pas supporté. Mais j’ai pensé à eux, à leurs femmes, à leurs enfants. Et moi, je fais quoi pour eux ?” Alors, tous les jours, le matin avant d’aller au travail, et le soir en en sortant, Séverine est passée sous les tentes où les grévistes de la faim ne mangeaient plus. En apportant des packs d’eau, un doudou ou des petits objets qui manquaient à chacun. Avec le sourire quand c’était possible et avec les larmes quand il fallait les partager. Et aujourd’hui, à quelques jours de la décision du Tribunal sur la validité du plan de fermeture, Séverine s’interroge. “Pourquoi fermer cette usine alors qu’elle est très rentable ? Comment accepter le chantage de la SEITA qui menaçait de revenir au minimum légal du PSE si les syndicats ne signaient pas tout de suite les propositions négociées ? Signer, c’est accepter les licenciements boursiers. Pourquoi les médias se taisent ? Et face à ce silence, combien d’autres SEITA se produisent en ce moment en France dont nous ne savons rien ? Et l’humain, il est où ?

Note. Ce portrait fait partie d’une série de quatre publiés ces trois derniers jours.
Lire ici celui de Christel  : http://7seizh.info/2014/11/03/seita-onze-jours-en-greve-faim-christel-il-lhumain-seita-onze-jours-en-greve-faim-christel-il-lhumain/
Ici, celui de Tony : http://7seizh.info/2014/11/05/seita-treize-jours-en-greve-faim-tony-il-lhumain/
Et ici, celui de Francis : http://7seizh.info/2014/11/03/seita-neuf-jours-en-greve-faim-francis-il-lhumain/

 

A propos de l'auteur

- Breton qui vogue entre terre et mer, en Bretagne ou ailleurs. Passionné des langues et de l'humain. En escale à Nantes. De nouveau en Bretagne, donc.

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