Pour Jean-Michel Le Boulanger “La Bretagne est un voyage de mille ans”

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Jean-Michel le BoulangerDiscours de Jean-Michel Le Boulanger, tenu lors des “Rencontres interrégionales des langues et des cultures régionales”, au Conseil régional de Bretagne, le 26 novembre 2014, pour accueillir l’ensemble des délégations.

“Nous sommes de Bretagne et du monde. Nous sommes français, citoyens de cette République qui est nôtre, nous sommes européens, nous sommes en fraternité avec tous les peuples de la terre.

Le temps me semble venu de lever des hypothèques, au nom d’une petite musique que nous trouvons belle, la musique de la diversité, du respect, de l’égale dignité de toutes les formes de culture. Notre Bretagne est ouverture aux autres et ouverture au contemporain. Notre Bretagne est de grand large, et son chant court au-delà des horizons.

Nous entendons ce que disent certains qui nous méconnaissent tant et qui nous jugent cependant. La Bretagne, notre Bretagne, serait close sur elle-même, sur son passé, frileuse devant les avenirs, se rabougrissant sur son identité. Les Bretons seraient « communautaristes », nous dit-on encore quand nous réclamons des droits qui semblent évidence en Allemagne, en Grande-Bretagne, en péninsule ibérique… Pire, l’écho de la collaboration d’une poignée de militants bretons avec la barbarie recouvrirait d’un voile brun toute déclaration d’amour à ce petit pays du bout du monde.

Ils font fausse route. Notre porte est ouverte, et nous les invitons sur les chemins de nos bohêmes. Notre Bretagne est un pays de vents. Un pays de ponts qui lient les rives de nos fleuves. Un pays de quais et de pontons qui invitent aux voyages et accueillent l’étranger. La Bretagne a toujours été terre rebelle, résistante face à l’oppression et les Bretons en grand nombre ont rejoint le camp de l’honneur quand le vol noir des corbeaux imposait son ombre sur les champs de nos pères. Ces coquelicots de la liberté, nous les portons haut à la mémoire.

Bretons nous sommes, de racines, de coeur et de désir aussi.
Français nous sommes, d’héritage, de volonté et de passion aussi.
Nous ne supportons pas, nous ne supportons plus que la France centralisatrice, la France jacobine, nous assigne à résidence du passé, nous entoure de ses préjugés et se contente de cartes postales aux tons sépias pour illustrer notre pays.
Nous ne supportons pas, nous ne supportons plus que notre République caricature la diversité, s’en méfie encore et n’ose s’engager avec vigueur et enthousiasme sur les chemins de la confiance.
Nous ne supportons plus que la France, notre France, ne s’engage enfin vers une décentralisation ambitieuse de son organisation administrative et politique donnant à ses régions – et à la Bretagne qui le souhaite si ardemment – les compétences et les moyens dont bénéficient toutes les grandes régions d’Europe.

Soyons justes. Notre critique ne s’adresse pas à la France. Elle s’adresse à quelques-unes de ses élites, dirigeants d’une technostructure si centralisée, replue de chiffres, de taux et de dogmes, qui, à grands coups de certitude et de morgue, persistent à penser la diversité comme un outrage à leur propre grandeur et toute régionalisation comme une atteinte à leur pouvoir.

Oui, le temps est venu de dire notre terre, pour chanter les vertus et les richesses du divers. Pour dire, surtout, que l’universel de la condition humaine demande des racines, toutes différentes, toutes entremêlées, et des rêves fraternels d’avenirs à construire. Être Breton est une promesse. Être Breton est un autre nom de l’universel.

Voilà ma conviction essentielle et le grand combat à mener au XXIe siècle : l’invention d’un humanisme de la diversité qui répondra aux fermetures des nationalismes. Un humanisme de la diversité adapté aux identités composites de notre temps, basé sur les droits culturels des personnes. Les pluriels sont si féconds quand nos racines sont rhizomes et nos langues, nos langues, sont toutes porteuses d’une histoire et d’une manière singulière d’être au monde, toutes porteuses aussi d’un universel de notre humaine condition. Ces langues, ces cultures, ces pluriels, aidons-les à vivre et à se transmettre.

Le sentiment d’appartenance à un territoire, en l’occurrence la Bretagne, est un levier essentiel de son développement. Laissons-le s’épanouir. Il est le terreau qui féconde les engagements citoyens, associatifs, collectifs. Il est plaisir et fierté parfois. Il faut être bien riche – ou vraiment très inconséquent – pour s’en priver. A une région abstraite, technocratique, dessinée sur une carte de papier, privilégions un espace vécu, rêvé, approprié, un espace de mobilisation. La Bretagne est bien plus qu’une région administrative. C’est un pays, un univers. Un désir.
Oui, c’est cela, la Bretagne d’aujourd’hui et sans méconnaître les risques des « identités meurtrières», le temps semble venu d’affirmer qu’il n’y a pas de fatalité au nationalisme, à la fermeture, à la nostalgie.

Être Breton, c’est être à la fois Breton, citoyen Français, Européen et humain, évidemment. Etre de Bretagne et du monde. Identités composites, identités plurielles. Qui parle de communautarisme ?
Être Breton, c’est à la fois être enraciné et être ouvert, aux autres, comme au contemporain. Qui parle de repli ?

Nous sommes de Bretagne et du monde, comme une évidence.

Ce projet humaniste des identités composites tranquillement affirmées est une réponse à tous les Eric Zemmour de la terre, qui clivent, qui expulsent et qui excluent.

Ce projet humaniste de la diversité est le nôtre. Nous souhaitons qu’il soit demain le projet de la France.

Ce projet humaniste est évidemment posé sur un socle culturel fécond.
Il ne peut y avoir de projet global de développement durable de nos territoires sans une présence artistique et culturelle intense.
Le poète Yvon Le Men résume parfaitement notre propos :
« A quoi servent les artistes dans ce monde qui préfère les chiffres aux lettres et dont la folie des chiffres menace de nous faire chavirer dans le chaos ?
Que celui qui n’a besoin ni de chansons, ni d’images, ni de poèmes, ni de romans, ni de films, ni de pièces de théâtre, ni de musique pour que se dise sa vie quand il ne sait plus la dire, pour que s’écoule son chagrin quand il ne sait plus pleurer, que celui-là tranche la gorge aux oiseaux.
Que celui qui n’a pas besoin d’artiste retienne ses larmes à jamais et brise par avance ses éclats de rire »

Ce projet humaniste viendra de nous. De nos expériences et de nos combats. Car nous le savons : contrairement aux affirmations trop souvent entendues en France métropolitaine, l’histoire a construit une grande diversité de réponses administratives et institutionnelles dans nombre de nos territoires – et tout particulièrement dans les territoires ultramarins. Mais la France ne sait pas suffisamment analyser ces expériences et s’en enrichir. Comme si elles avaient été concédées et n’avaient pas de véritable légitimité.

Ces journées ont le grand mérite d’aider à faire connaître, à analyser, et à mettre en perspectives ce divers, ses réussites, ses échecs et les conseils que vous, représentants de ces institutions, pouvez donner.
Ces journées ont aussi pour grand mérite de mieux fédérer ceux qui portent en eux, au plus profond de leurs actions, les vertus du divers, la chance des compositions bigarrées. En oeuvrant ensemble nous serons plus forts.

Pour conclure, un très court extrait de Moi, laminaire, d’Aimé Césaire :
« J ‘habite une blessure sacrée
J’habite des ancêtres imaginaires
J’habite un vouloir obscur
J’habite un long silence
J’habite une soif irrémédiable
J’habite un voyage de mille ans ».

La Bretagne est un voyage de mille ans. J’ai l’honneur de vous y accueillir, au nom du Président du Conseil régional de Bretagne.
Merci à vous tous d’être là. Vous êtes ici chez vous.”

Jean-Michel Le Boulanger

64 COMMENTS

  1. Sauf que… les Bretons en ont plein le revr de la République et pensent à reformer le système institutionnel basé sur le fonctionnement “common law” précédent (toujours en cours au Royaume-Uni… USA, Canada etc). Bretons et républicains ? Au sein d’une République qui nous maltraite ? Autant dire que nous aimons ça, nous ne sommes pas républicains mais sado-masos. C’est chose totalement différente. JMLB fait encore une dernière pipe à la Patrie des Droits de l’Homme ? Je m’attendais à mieux. Déçu. Tous traîtres au pays, à chacun sa manière, à chacun son ridicule. J’assume.

  2. Bien dit.Beau texte et belle revendication!Ré-unification absolument,mais aussi indépendance!La France a un sèrieux problème:ses dirigeants et gouvernements successifs sont autoritaires,réacs,rétrogrades et arrièrés!la Bretagne a un sèrieux problème:la France!Ce pays de corrompus nous entraine dans sa chute…Il faut nous en séparer…

    • Eric vous faites un oubli majeur sur lequel ,on a tort de ne pas insister ,les dirigeants et la classe politique francilienne baignent dans la CORRUPTION ,elle en est tellement banalisée qu’elle devient presque qu’invisible Des similitudes troublantes avec les signes de l’écroulement de l’empire romain ,il se peut que le crépuscule des dieux du jacobinisme parisien arrive sans trop tarder ,et ensuite ???

      • la Bretagne serait “un repli sur elle meme !!!?” plutot bizarre cette vision il ya là un manque de CULTURE extreme. par contre de la part d’une France “Une et indivisible” Quelle leçon a t’elle à donner cette France là?

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