Langues régionales, il y a un an…

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charteIl y a tout juste un an, le projet de loi constitutionnelle permettant la ratification par la France de la charte européenne des langues régionales ou minoritaires a été adopté en première lecture par l’assemblée nationale. Depuis cette date, ce projet est en attente de première lecture au sénat.

Il suffit de prendre la peine de lire la charte pour comprendre que les réactions négatives qui ont accompagné ce projet en France sont infondées. Il y a tellement de précautions et de latitude de jugement pour les pays signataires que des craintes comme l’avalanche de procès en langues régionales, sous menace imaginaire de la CEDH, traduisent surtout le problème de certains vis-à-vis des langues de leur propre pays. A contrario, le point de vue de madame Filipetti dans une interview à l’Express datée du 28 janvier 2014 est une illustration du recul serein qu’il est possible d’avoir sur ce sujet.

Le fait que ces réactions soient de plus en plus minoritaires, comme l’a bien sanctionné le premier vote de l’assemblée, est un bon signe pour la société française. Certes il y aura toujours quelques personnes, comme madame Françoise Morvan, pour imaginer un « complot ethnique » soupçonné de fascisme. La réponse de l’historien Jean-pierre Cavaillé était pourtant lumineuse. J’en cite la conclusion : « Cela est tellement absurde que nous nous contenterions d’en rire, si ces idées, hélas, n’étaient aussi répandues dans l’Hexagone, portées par des groupes, associations voire partis politiques de droite et de gauche jouissant des faveurs de l’électorat et des médias». Le seul risque de l’adoption de la charte serait de rendre certaines personnes aussi ridicules que Paco Rabanne après que la station Mir ne soit pas tombée sur la France lors de l’éclipse du 11 août 1999.

Par contre, il serait également ridicule de croire que l’adoption de la charte va tout résoudre et qu’après, « tout ira bien ». Elle ne constitue qu’un recueil de bonnes pratiques. Les rapports d’évaluation du conseil de l’Europe ne concernent que l’application des recommandations. En l’absence de système permettant de mesurer et suivre l’évolution du nombre de locuteurs, il sera sans doute impossible de vérifier l’efficacité des mesures. Il semblerait judicieux de compléter cette charte par un autre outil de pilotage que la mesure de son taux d’application, tout réfléchissant à l’utilisation qui pourrait en être faite. L’affichage de chiffres officiels peut fournir une prise de conscience et un combat motivant pour certains. Il peut aussi donner des motifs d’enterrement pour d’autres. L’image plus ou moins positive de la langue régionale devrait ici s’avérer déterminante.

Mais pour cela, encore faudrait-il que la Charte soit ratifiée par la France. Un an après l’adoption en première lecture au parlement, l’ambiance politique a changé. Le sénat est passé à droite. Rien n’indique à quel moment il va se pencher sur le projet de loi constitutionnelle ni ce qu’il va en faire. Lorsque le moment sera venu, il reste à espérer qu’il y aura toujours une majorité au parlement pour voter cette reconnaissance par la France de ses richesses culturelles territoriales et la mise en cohérence du pays avec l’ensemble de ses partenaires européens.

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