Vidange de Guerlédan, remplissage du « terroir-caisse »

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La dernière vidange du lac de Guerlédan en 1985 s’était parfaitement déroulée. Des milliers de visiteurs s’étaient rendus naturellement sur le site. On pouvait tranquillement flâner sur les quais de l’ancien canal parmi les vestiges du village, au fond de la vallée desséchée. C’était il y a 30 ans, une autre époque autant dire. Depuis, sont passées les lois liberticides, les dérives sécuritaires, la surprotection des individus de l’enfance jusqu’à la mort alors que le monde n’a paradoxalement jamais autant empoisonné les êtres vivants… Bref, un univers dans lequel l’argent est roi et le pouvoir politique son serviteur.

Une vue du lac de Guerlédan avant la vidange
Une vue du lac de Guerlédan avant la vidange

 

L’Etat s’intéresse pour l’une des premières fois au centre Bretagne !

Depuis plusieurs mois, on assiste à une grande campagne publicitaire autour de cette vidange du lac, savamment orchestrée par l’Etat et ses préfectures, avec la complicité des médias subventionnés ayant depuis fort longtemps abandonné tout esprit critique, les élus locaux ou plutôt les représentants locaux des partis parisiens – ou à défaut, leurs larbins – avec, pour couronner le tout, un chantage sécuritaire comme pierre angulaire du système. Et oui, on vous prédit que vous allez débarquer par centaines de milliers, que vous allez sombrer dans la vase et les nombreux pièges mystérieux que la vallée recèle, sauf si vous vous affranchissez du sortilège par quelques euros protecteurs. Là, après vous êtes garé sur un parking lointain puis avoir passé les barrages militaires, on vous accompagnera au fond du lac. Comme tout fidèle pèlerin, vous suivrez en procession votre guide qui vous mènera aux ruines de l’ancien village. Ah c’est sûr, il satisfera vos désirs pour vous envoyer bien au fond dans la vase malodorante, jusqu’à la digue ! La préfecture vient déjà de vous élargir le périmètre en ce début avril pour préparer tout ça.

Ca faisait longtemps que Paris et ses préfectures ne s’étaient pas autant intéressées au centre Bretagne et à son patrimoine. La dernière fois, c’était pour en extraire l’uranium. D’ailleurs, prenons garde, ils repassent à l’attaque avec des multinationales en ce moment, tout prêt de Guerlédan où des forages sont en cours de réalisation.

L’époque étant moderne, les offices du tourisme contribuent à alimenter un site internet et des pages événementielles sur les réseaux sociaux. De nombreuses animations, spectacles clownesques et festifs, des expositions, des détours payants ponctuent la progression sur les chemins aux abords du lac. Des petites brochures sont aussi à la disposition des visiteurs – monolingues évidemment, les préfectures ne sont plus bilingues depuis 1944. Il y a même la mascotte Guerly pour les petits souvenirs ; un joli doudou représentant le junior du dragon breton, plus docile que jamais !

Sur cette nouvelle zone à péages au cœur du territoire breton, l’Etat a même demandé à l’opérateur téléphonique Orange de renforcer son réseau. Ca pourrait partir d’un bon sentiment, du genre « si t’as un problème, t’appelles ! »… et bien non, les préfectures du Morbihan et des Côtes-d’Armor précisent clairement, via la presse, qu’il n’y a pas de réseau au fond du lac. Mais, si tu paies, aucun risque, des sauveteurs sortiront de la vase pour te secourir. Pour le prix du carburant et du péage, ça devrait être au moins à la hauteur du service d’ « Alerte à Malibu » ! Le produit laisse rêveur (oui, tout est « produit » maintenant, pour des portefeuilles sur pattes), une Pamela Anderson s’évertuant à courir gracieusement dans la boue.

Et EDF va aussi de son message. C’est tellement folklorique et gentillet un barrage hydoélectrique face à l’efficacité redoutable du nucléaire. Des millions de foyers arrosés en électricité en deux coups de barre d’uranium, des millions d’euros de dépenses de démantèlement des centrales, de décontaminations, parfois des milliers de morts, on ne joue pas dans la même cour avec cette énergie renouvelable d’un autre âge.

 

On vous prend pour des imbéciles !

Deux petits accidents ces derniers jours, bien calculés avant le top-départ de la ruée vers le terroir-caisse et l’Etat vient de justifier et de renforcer son dispositif. Un plan qui se déroule sans accroc ! A ce propos, faire payer l’accès au domaine public, est-ce bien légal ? Et les petits élus provinciaux se frottent les mains, ils vont pouvoir satisfaire le maître qui leur assure la manne du siècle. Pour une fois, le touriste ne pensera plus à ses 15 m de largeur de trait de côte, il viendra en centre-Bretagne ! Il est vrai, autant en profiter, lorsque les gens en sont à adorer un peu d’eau et trois palmiers alors qu’autour d’eux tout est arasé sans qu’ils ne voient rien, autant en profiter. Alors, on crée un îlot de tourisme vert, bien délimité, et on les invite très fortement à venir… tout en les protégeant car la sécurité n’a pas de prix, soyons sérieux ! En fait, on vous prend pour des cons, vous ne voyez pas ?

 

Un trompe-l’œil pour mieux entretenir l’esclavage doré

La réalité de cette manne financière est anecdotique. Cela ne prédit en rien un aménagement du centre-Bretagne par un réseau routier efficace (le fameux axe « Triskell » dont on parle depuis 40 ans par exemple), une mise en valeur des sites non littoraux, un retour de notre fiscalité en Bretagne et des investissements, la sauvegarde de nos villes fantômes, un réveil quant à la détresse dans les campagnes… Non, Paris va continuer à renforcer le pillage de nos subsides, fermer les hôpitaux en centre-Bretagne, les services publics, empêcher tout pouvoir décisionnel pour répondre à nos intérêts, imposer ses normes et diktats à travers la souveraineté de l’Etat ou celle de l’Europe franco-allemande, soyez-en certains.

Quant au patrimoine historique et naturel, avec la baisse des dotations aux Collectivités, n’attendez pas que l’Etat ne s’intéresse à autre chose qu’un « Guerlédanland » au cœur de la Bretagne ou un « Menhirland » à Carnac sur le littoral. Le budget pour les monuments historiques et la culture est consacré au « Grand Paris », rien n’a changé depuis le Versailles de Louis XIV.

Guerlédan est la triste caricature de la réalité de la France, de ses partis politiques et de sa machine administrative. Ouvrons les yeux ! Plus que jamais : notre chance, l’indépendance !

 

Bertrand Deléon.

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