Vidange de Guerlédan, des propositions face à la désorganisation préfectorale

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Je publiais le 11 avril dernier mon impression sur le tapage médiatique autour de la vidange du second plus grand lac de Bretagne, après Grand-Lieu au sud de Nantes : le lac artificiel de Guerlédan, http://7seizh.info/2015/04/11/vidange-de-guerledan-remplissage-du-terroir-caisse/

La publicité va en s’amplifiant, tout est mis en œuvre pour concentrer le public sur une poignée de sites aux abords du lac asséché. Accès payants par visites guidées, chantage à la sécurité, routes interdites et aiguillage des visiteurs vers les parkings payants… Toutefois, le but des interdictions préfectorales et l’attitude des élus ne laissent pas d’étonner. A qui profite ce bouclage du site et comment les collectivités, déjà spoliées plus que jamais par la France parisienne, comptent retomber sur leurs pieds ?

Des visites sur les lieux laissent apparaître un certain nombre d’aberrations :

1/ L’opération financière :

  • Les commerçants se plaignent des sens de circulation, l’éloignement des parkings et la répartition du flux des visiteurs qui va à l’encontre de leur travail ;
  • Les agriculteurs dont les terres ont été réquisitionnées disent être mal dédommagés par l’Etat. Les coûts de la perte d’exploitation et de réhabilitation des parcelles seront supérieurs aux compensations de l’Etat ;
  • Des guides à rémunérer, formés sur le tas et venant parfois de plusieurs centaines de kilomètres de Guerlédan mènent les visiteurs sur les sites du fond du lac. Par conséquent, ces derniers abordent des sujets qu’ils maîtrisent mal. L’Histoire de Bretagne en toile de fond est une matière qui leur est étrangère. Parvenir à sa connaissance est déjà ardu pour les Bretons puisqu’elle est bannie des programmes scolaires ou déformée par l’ « Histoire officielle ». Le visiteur devra s’acquitter de 2 € pour voir de près les vestiges émergés, tout en étant contraint d’écouter des explications d’une qualité très relative ;
  • Les parkings payants à partir de mai couvriront-ils la rémunération des guides ? Et s’il y a bénéfice, que fera l’Etat de l’excédent recueilli ?
  • Le stationnement sur les accotements des voies d’accès au lac est interdit. Les témoins précisent que l’opération est intéressante pour la gendarmerie qui verbalise à tout-va.

2/ La sécurité :

  • Si foule il y a, l’interdiction de l’accès au fond du lac asséché ne permettra pas d’éviter certains accidents. Hélas, c’est la dure conséquence de tout regroupement de population sur un même point géographique ;
  • Pourquoi rémunérer des guides alors que ce même budget aurait pu servir à la surveillance ?
  • Les parkings sont éloignés, des visiteurs sont en grandes difficultés sur les chemins. Des personnes âgées ont été observées au bord du malaise, secourues par des promeneurs le long des parcours en plein soleil. En dépit des quelques aménagements pour les personnes à mobilité réduite, l’accès aux berges leur est inconcevable. Il ne faut pas être devin pour prévoir plus d’incidents sur les chemins à cause du dispositif préfectoral que dans la vase du lac asséché ;
  • Des routes stabilisées sont actuellement creusées dans le lac, elles sont interdites aux visiteurs !
  • Il n’y a pas de postes de secours.

3/ La protection de l’environnement :

  • En cantonnant les visiteurs sur le périmètre du lac, rien n’est prévu pour protéger les berges et la fragilité de l’écosystème forestier. On note déjà des individus laissant des déchets derrière eux ou des groupes « stagnant » de longs moments aux mêmes endroits pour finalement abandonner une nature bien dégradée par leur passage. On imagine bien des scènes de désolation au mois d’août dans certains endroits…
  • Pas de poubelles sur les zones de stationnement et sur les sites remarquables.

 

Des solutions :

 

Alors, si vraiment ces institutions d’un autre âge que sont les préfectures étaient efficaces, qu’auraient-elles prévues avec les élus locaux ?

  • La possibilité aux véhicules d’accéder aux grands parkings annuels, actuellement fermés contre toute logique ;
  • Des accès dignes de ce nom pour les personnes à mobilité réduite ;
  • Le stationnement sur un côté lorsque les voies sont suffisamment larges. Ceci afin d’étirer les zones de stationnements tout en conservant une fluidité de la circulation dans les deux sens ;
  • Une gendarmerie faisant respecter la circulation et les stationnements définis précédemment. Autrement dit, un fonctionnement qui relève d’une attitude opposée à l’actuelle limitation volontaire des possibilités de stationner pour faire du chiffre ;
  • L’utilisation la plus minimale possible du foncier privé ;
  • Un accès libre au fond du lac par des parcours délimités par des filins ;
  • Le remplacement des guides inexpérimentés, sous contrats précaires, par des professionnels de la surveillance et des secouristes. Ils n’ont pas besoin d’être nombreux. Notons que la peur du gendarme sur le site limiterait considérablement les imprudences, sans pour autant dépêcher d’importants effectifs sur les lieux ;
  • En collaboration avec les offices du tourisme, la mise en place d’une carte à l’attention des visiteurs pointant les sites remarquables, les sentiers de randonnée, les commerces et les services de l’ensemble des communes du « pays de Guerlédan ». Les sites historiques (mégalithes, abbaye, chapelles, manoirs et châteaux, musées…) et naturels (forêt de Quénécan à titre d’exemple) ne manquent pas sur les communes de Caurel, Mûr-de-Bretagne, Saint-Connec, Saint-Gilles-Vieux-Marché, Saint-Guen, Saint-Aignan, Sainte-Brigitte, Saint-Gelven… Le but est de faire vraiment découvrir le patrimoine des communes riveraines de Guerlédan, de répartir le flux des visiteurs sur un large périmètre, de protéger l’environnement, d’envisager une véritable et honnête sécurité par cette déconcentration, de faire profiter tous les commerçants de cette manne sans privilégier une minorité ou l’Etat ; enfin, informer réellement sur l’histoire des sites ;
  • La gratuité de tous les stationnements et de l’accès aux espaces publics. Les Bretons se sont toujours levés contre tous les droits de passage, les douanes internes et ils ont obtenus des victoires (l’écotaxe récemment). Hélas, à partir du mois de mai, lorsqu’un visiteur aura payé son carburant, le stationnement puis le guide, il ne s’attardera pas dans les commerces locaux.

L’Etat confisque la recette des impôts bretons au profit de Paris et du centralisme assassin. Chacun devrait se lever face à chaque nouvelle tentative de spoliation des subsides bretons. Enfin, si de couards élus soutenant cette politique préfèrent se taire – voire profiter de l’opération d’assèchement du lac pour combler les difficultés financières des municipalités face à la baisse des dotations de l’Etat (le maigre retour de la recette de nos impôts en Bretagne) – que tout un chacun le sache et agisse en conséquence : vous êtes le pouvoir et vous avez des outils pour cela. A chacune et chacun de choisir entre la pression quotidienne, l’engagement responsable dans la société et l’utilisation de la meilleure arme pacifique… le bulletin de vote.

 

Bertrand Deléon.

Vestige au fond du lac asséché (photo Bertrand Deléon)
Vestige au fond du lac asséché (photo Bertrand Deléon)

15 Commentaires

  1. J’ai lu avec attention l’article, j’habite auprès du lac. Il y a du vrai dans ce que vous dites, mais pour les guides, comment les critiquer puisqu’ils n’ont pas encore commencé leur travail et qu’ils sont de la région contrairement à ce que vous racontez ! Je n’aime pas les barrières imposées, et j’avoue avoir pris de nombreux sens interdits. Mais pour l’interdiction de stationner, nos routes sont tellement étroites et les véhicules si larges, je pense aux monospaces et camping-cars, qu’il est normal pour la fluidité du trafic de l’avoir imposé. Pour les personnes à mobilité réduite, des parkings existent côté Morbihan et Côtes d’Armor. Un conseil : venir en semaine et après 17 h quand le soleil est moins violent. Les commerçants ont pris les dispositifs légaux pour que certains sens de circulation soient rétablis. On aura 6 mois difficiles et beaucoup de déchets de toutes sortes à ramasser. Mais il faut savoir faire preuve de patience !.

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