Publié le: sam, Juin 13th, 2015

Charlie Hebdo caricature des Bretons : la liberté d’expression n’est pas à géométrie variable

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TRIBUNE LIBRE

La liberté d’expression n’est pas une liberté à géométrie variable.

Je lis avec un pointe d’amusement mais aussi un peu de tristesse que beaucoup de militants bretons s’insurgent d’un dessin de Riss paru dans Charlie Hebdo cette semaine. Les protestations vont bon train. Des militants bretons posent la question “Et maintenant êtes-vous toujours Charlie ?” Le chroniqueur d’un média breton crie au scandale et écrit en substance “on vous a soutenus et maintenant vous nous crachez dessus”

C’est oublier que les Charlie n’ont pas demandé les soutiens, ils les ont reçu, c’est tout.
Quand, en janvier, les Bretons disent à l’unisson “Je suis Charlie”, réalisent-ils vraiment pourquoi ils le disent ? Ne réagissent-ils pas avec l’affectif et l’émotion à un besoin de sens commun ?

© Frilouz

© Frilouz

Et pensez-vous que les Charlie, tous communistes, furent heureux d’avoir à leurs côtés le jour de la grande marche… républicaine… Sarkozy, Netanyahou, mais aussi des Bretons, des Alsaciens, des Corses, etc, dont ils dénoncent le communautarisme sans arrêt ? Fallait-il s’attendre à ce que les adeptes du blasphème et du no limit changent de ligne et renoncent à égratigner tous et tout le monde ? D’ailleurs s’étaient-ils engagés à ne plus dire ce qu’ils pensent ?

Rien de tout ça bien sûr !

Et puis… le Breton qu’on voit comme un plouc au-delà de nos frontières… nous, militants bretons, sommes entièrement responsables de cette image qui transpirent dans les médias hors de Bretagne.

Pourquoi ?

ryss dessin

Riss dessine les Bretons tels qu’il les voit : comme des ploucs. La preuve d’un esprit étriqué chez le dessinateur qui flirt avec l’ignorance autant que la bêtise.

Les Bretons souffrent d'une image de ploucs arriérés portées par quelques nostalgiques du passé.

Les Bretons souffrent d’une image de ploucs arriérés portées par quelques nostalgiques du passé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il ne faut pas se plaindre de renvoyer une image repliée sur le passé, plouc et désuète quand on laisse avec une certaine complaisance des personnes dans des accoutrements invraisemblables, hors du temps et loin des habitudes des 4,5 millions de Bretons, s’exprimer sur des sujets politiques au nom de tous les Bretons.
Des revendications bretonnes exprimées par un homme en bragou braz, guêtres et rouflaquettes, c’est tout sauf moderne, tout sauf en phase avec la réalité du territoire et ça rend difficile de donner une image réaliste et sympathique des Bretons. Quand un média non-breton vient chez nous, il cherchera la différence pour dépayser son auditoire.
“Un type en costume bizarre”, voilà ce qui plait aux étrangers à la Bretagne comme un souvenir de vacances acheté sur l’étale du marchand de pacotilles “made in China” au musée de la Chouannerie. Mais la Chouannerie, c’était il y a … 220 ans ! Ça date ! La Bretagne n’est pas un parc d’attractions et laissons les amateurs de reconstitutions historiques à ce qu’ils savent faire. D’autres se chargeront de la vie de la cité au présent.

Tant que les Bretons laisseront parler en leur nom des personnes qui vivent uniquement dans un retour un arrière pour défendre les intérêts de la cité, ne vous attendez pas à donner une bonne et saine image de notre pays !

Je rêve qu’un jour, la jeunesse bretonne ne se sentent plus obligée de se coller un Gwenn-ha-du sur le front pour se sentir bretonne.
Je rêve qu’un jour la jeunesse bretonne déjà si brillante et exemplaire, soit reconnue pour ce qu’elle est sans ressentir le besoin d’affirmer une appartenance à un passé recomposé par quelques nostalgiques marginaux, quelques amateurs du romantisme du XIXè siècle !

Militants bretons, tant que vous laisserez des marginaux, peut-être charmants par ailleurs, prendre la parole politique pour le peuple breton, alors nous serons tous ringardisés ! Les représentants du peuple doivent ressembler au peuple pour lequel ils parlent.
Et où est la jeunesse brillante de Bretagne ? Pourquoi ne la laisse-t-on pas s’exprimer aux côtés des hommes d’expérience ?

Alors, suis-je encore Charlie aujourd’hui ?

Je le suis comme au premier jour.
Pas parce que j’aime ce qu’écrit Charlie Hebdo, j’ai toujours trouvé qu’il était déplorable de faire son beurre sur l’insulte/la moquerie des autres et de dénigrer méchamment la pensée d’autrui parce qu’on ne pense pas comme l’autre. Si ces procédés sont absolument détestables, je pense sincèrement que personne ne doit mourir pour avoir où pouvoir exprimer des idées.

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© Frilouz

Après le 7 janvier, je ne suis pas allée dans les files d’attente pour acheter le numéro historique de Charlie Hebdo, car l’attentat qui a coûté la vie à 12 personnes ne m’a pas rendue plus adepte de leurs écrits. Et je n’ai pas plus acheté un autre numéro depuis, n’y trouvant pas d’intérêt pour moi. Si un jour un article m’intéresse, alors comme je ne suis pas sectaire, je ferais comme avec les autres publications, j’achèterais le numéro qui peut enrichir ma réflexion.

Je n’aime pas les auteurs qui s’attaquent violemment aux autres et s’étonnent ensuite d’être attaqués. La liberté d’expression n’est pas à géométrie variable. Les Charlie sont les flics de la pensée d’une certaine France et la liberté d’expression, ils la revendiquent pour eux en tentant d’ériger leur pensée comme vérité d’Etat. Peu importe pour eux si la personne humaine et son intime pensée ne sont pas respectées. Un militant breton écrivait cette semaine à propos du Front de gauche qu’il était “la gauche coloniale” française. Les Charlie en sont aussi. Et la haine exprimée dans les dessins de Charlie Hebdo mérite qu’on y répondent, bien sur, mais pas avec la censure, pas avec les flingues. Avec les mêmes armes : la plume et la caricature irrespectueuse à leur encontre !

S’il est permis de se moquer des Dieux des uns et des convictions d’autres, qu’il soit permis aussi de railler des bobos moqueurs et irrespectueux qui meurent sous les balles. Une fois qu’ils sont morts, ils sont morts.

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© Frilouz

Le 7 janvier dernier, à l’accueil du Paradis, Cabu s’est présenté. Pas de bol, Saint-Pierre parlait le breton appris sur le Mooc Edubreizh. Et oui, il est moderne le cerbère de la porte, il suit les cours d’Erwann le Breton, par internet ! “Ha doujus out bet da vuhez pad ?” demande l’ami Pierrot. Muet le Cabu, ignare des langues de territoire. Il n’avait qu’à être plus plouc et moins bobo ! “Direction l’enfer, M’ssieur Cabu”. Et bien en fait pour sa gueule !
Quant à Charb, sûr de lui, il a répondu “Ya Mein Führer” quand le portier du Paradis, ur banne chistr à la main, lui a dit “Yec’hed mat !”. Un pote de Françoise Morvan ? Possible. Depuis, Charb boit son schnaps tiède. Les glaçons n’existent pas là où il est.

La liberté d’expression n’est pas le garant d’une éducation au vivre ensemble !

Personne ne dit que les Charlie font dans le respect des autres. Quand ils détestent, ils ne se privent pas de le dire et cela sans aucun respect de la personne humaine et de sa pensée. C’est souvent contestable et nous permet de constater que les Charlie ne font aucune concession pour le “vivre ensemble”. Pourtant, doit-on leur supprimer la libre expression ? Non, mais leur livrer le manuel du respect de l’autre, sans doute.
Chacun ayant le même droit, nous sommes tous libres de répondre aux attaques avec notre sensibilité. L’aigreur et la méchanceté gratuite ne font pas rêver. Le lectorat, qui aspire à vivre heureux et sans emmerde, se lassera de l’éternelle médiocrité des insertions haineuses du canard et l’audience descendra une fois les morts passés au rang des vieux souvenirs.

A 7seizh, nous avons choisi de dire tout ce que nous pensions. Mais nous avons aussi choisi de le dire sans blesser l’humain dans son être intime. Faire réfléchir, oui. Blesser, non. La vie publique des hommes politiques peut être étalée. Les convictions religieuses ne regardent que ceux qui les portent tant qu’ils n’en font pas étalage et ne sont pas dans une démarche prosélyte. C’est la première règle pour arriver à vivre ensemble en paix. Le vieil adage dit “La liberté de chacun s’arrête là où commence celle des autres” et nous nous appliquons à respecter la sagesse de nos anciens.

Alors toujours Charlie, donc un mouton ?

Non, simplement je suis toujours Charlie, parce que la liberté d’expression est et doit rester une liberté pour tous.

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© Frilouz

Je n’ai pas pris cette position dans une émotion nationale, mais bien parce qu’à 7seizh, nous sommes aussi rédacteurs. Nous aimons la vie, n’avons pas envie de la perdre pour avoir exprimé nos idées et nous souhaitons que la liberté d’expression perdure, pour tous ! Et la liberté d’expression peut tout à fait s’exercer sans excès et dans le respect des autres, dans la construction. Sans excès, aucune surveillance de masse ne se justifie. Car finalement avec tous ces débordements, nos libertés sont devenues bien minces depuis janvier et l’adoption en mai du texte sur la surveillance de masse.

Enfin et surtout, nom de Diou ! Laissez la place à la jeunesse de Bretagne, celle qui ne porte pas les boulets du passé, celle qui respecte ses racines sans les ériger en objectif, celle qui sait d’où elle vient certes, mais surtout celle qui sait où elle ne veut pas aller : dans le passé et dans l’ignorance ! Allons dans la découverte toujours et en breton, en basque, en corse, en tout ce qui permet d’élargir la connaissance !

PS : Pour rappel, regardez cette vidéo et vous comprendrez pourquoi les étrangers à la Bretagne ne pourront pas avoir une bonne image des Bretons engagés tant que les nostalgiques du courant romantique du XIXè siècle se présenteront comme les porte-paroles des Bretons.

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