Jacme, un prénom mais pas seulement

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descoberta francesaJacme, un prénom mais pas seulement

Chaque fois qu’un Français arrive à avoir à prononcer ce gentil prénom qui est le mien, je détermine une classification politique, et ça me rappelle le « bon temps républicain » des colonies d’outre-mer. Prononçar Jacme los fa cagar ! Et ma foi d’athée, j’en suis content.

Dans un livre magnifique, Alem Surre-Garcia explique dans son chapitre « Les noms-dits et les innommable » le problème français : « Les pays soumis sont redéfinis et re-découpés au bon vouloir du conquérant. Il s’agit de dissoudre les repères coutumiers et contraindre les populations à une plus ou moins lente assimilation» ; cette phrase touchera beaucoup de Bretons. Mais les Bretons ne sont pas les seuls à devoir supporter le régionalisme d’expansion parisienne, et le problème avec les noms de lieux dans les langues qu’ils méprisent.

Le dernier jeu des jacobins a donné des noms «fleuris» pour les régions, ainsi cette région entre Alpes et Auvergne, serait nommé «région des deux massifs», il faut noter que les nouvelles régions de Bordèu et de Tolosa sont aussi entre deux massifs, mais là l’imagination jacobine n’est pas encore arrivée.

L’imagination jacobine emploie tous les jours à la météo le mot « province » pour déterminer inconnu et parisien, ces territoires qui sont l’essence même de leur nourriture (pas au sens figuré), qui nourricent le monstre urbain qu’est la « sainte » capitale républicaine ; ce territoire nourrit, il est cependant abstrait, un ministre pour régler les problèmes agricoles n’osent même plus y aller voir les indigènes. C’est un territoire dans lequel on peut y être « limogé », Lemòtges est la capitale du Lemosin (nouvel espace territorial qui fait parti du nouvel ensemble avec Bordèu comme capitale), « limogé » en français ça veut dire exilé au plus profond de la France profonde, même si cette fRrance a donné de grands collaborateurs et militaires qui firent l’empire, républicain ou pas, empire de plus en plus grand. Il se trouve aussi que le manque de culture en patois académique parisien, Lemòtges est le lieu de normalisation de la langue vulgaire latine, l’occitan, et bien après la zone d’Europe ou le phénomène littéraire des Trobadors, mais aussi d’une administration qui sait écrire cette langue, a donné des concepts que l’on peut rapprocher à cette d’une civilisation du paratge, de la convivéncia similaire à celle de Al Andalus. La « province » est aussi un antipode multipolaire républicain français, même académique, un enfer pour tout dire : «au Diable Vauvert», ressemble à une condamnation d’une caste pour un fonctionnaire du jacobinisme, la mutation qu’il ne faut pas avoir, muter du côté de Nîmes, ou «au Diable Vauvert», en Occitània ! Autrefois, ce fonctionnaire aurait été décapité au nom du Roy, en place publique toulousaine.

Mais revenons à mon prénom, Jacme … pas un français ne sait le prononcer ; c’est ainsi que je les reconnais, les bien éduqués, les patoisants de l’église linguistique parisienne ; ils ne savent pas prononcer, même si on leur explique : [dz] ou [ts] pour le J, A pour l’accent tonique, long et fort, eux ne savent le mettre qu’à la fin des mots étrangers, et étranger (!), le C dans ce prénom est étymologique (ils ne savent plus ce que ça veut dire), même si leur farlabique de langue se veut d’origine grecque et gôllouase, et ce C demande de doubler le M (ils ont déjà oublié Francis Jammes), et comme toute bonne langue latine (ce que le français n’est plus du fait de ses choix orthographiques et phonétiques), ce E final est un [é] …. redisons dit le maître : j’aurai quasiment tout entendu dans la bouche d’un français, et même des françaises.

C’est pourquoi je comprends déjà pourquoi ils eurent besoin de la hiérarchie catholique pour enseigner les bonnes manières, les saintes manières linguistiques, et donc des noms catholiques, saints et français. Dans les colonies proches comme celles d’outre-mer.

«Les missionnaires et congrégations vont s’employer activement à baptiser les indigènes, surtout les Africains, avec des vrais noms chrétiens et français. »

La collaboration occitane a été d’une grande nécessité ; après avoir enfermé un évêque qui leur résistât, les évêques sont devenus collaborateurs pour leur impérialisme : «L’archevêque d’Alger, le Bordelais Lavignerie ciblera une population captive, les orphelins, dont les parents ont été pour la plupart éliminés par l’armée française.», dixit Alem Surre-Garcia.

Et c’est en Occitània, comme pour les Andalous de Franco, que l’on retrouve Dalila Kerchouche, harkis dont la famille a supporté le système colonial français : «Dalila Kerlouche, auteur de Leïla, avoir 17 ans dans un camp de harkis», explique comment, dans le camp de harkis de Bias (Agenais), il y a à peine une trentaine d’années, le catéchisme était obligatoire.» Et ça devait faire de bon catholique dans une région qui a toujours résisté à l’intégrisme catholique… La vision impérialiste et républicaine française est claire, «en France, on parle français et on va à la messe du Vatican», même bien avant Vatican II, les républicains furent plus forts que les inquisiteurs pour détruire le savoir des peuples dominés, leur savoir et leurs langues.

Donc quand un Français ne prononce que mal mon prénom occitan, celui qui nommât un grand Jacme né à Montpelhièr, et aussi acteur de la conquête sur Al Andalós et la convivéncia des Musulmans de l’espace politique que Tolède, et l’intégrisme catholique, nommera plus tard Espagne (du Sud), je me remémore tout ce passé colonialiste français qu’ils disent républicain. Ces francisations des prénoms et des patronymes, et je pense à ce parisianisme qui ne veut pas prononcer les noms et prénoms qui ne lui plaisent pas, notamment dans les médias de nettoyage linguistique, médias qui forment tous les jours les télévisions de la TNT du vingtième et vingt-et-unième siècle éditées à Paris, et diffusé avec l’autorisation du CSA.

Et comme Alain Surre-Garcia, j’ai une petite solidarité avec les racailles qui déjà en 1937 posaient un problème à la bien-pensée parisienne, exprimée dans ce merveilleux patois qui volât plus de sémantique ou peuples soumis qu’il n’en fabriquât avec la sémantique venus de ses dialectes voisins.

Alem Surre-Garcia a publié à L’Harmattan, il n’a jamais été invité par un seul média français, et pourtant ses deux livres méritent une série télévisées sur les ignorances, le mépris français.

Jacme Delmas
01/08/2015

 

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