Crises bretonnes : Et si nous sortions des cadres qui nous étouffent ?

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Yvon OLLIVIER est juriste en pays nantais. Il est aussi auteur de La désunion française, Editions l’harmattan en 2012 et La France comme si… Le temps éditeur en 2015.

 

agriculteurs bretonsAu-delà de la souffrance qu’elle génère, la crise récurrente de l’agriculture et plus généralement d’une grande partie de l’économie bretonne appelle les réflexions suivantes. Cette crise économique est avant tout d’ordre structurel. Elle résulte largement de la discordance entre le fondement libéral et communautaire de libre circulation des marchandises, renforcé par la monnaie unique, et les distorsions de concurrence générées par l’absence d’harmonisation fiscale et sociale sur le territoire de l’Union européenne. Notre économie bretonne souffre des pesanteurs inhérentes à la sur-fiscalité française comme à la législation sociale plus avantageuse qu’ailleurs. La réglementation en vigueur, dans sa complexité, est une entrave permanente au développement de nos territoires.

Au final, la libre concurrence proclamée se retrouve biaisée dans son application.

Et les perspectives s’avèrent plutôt sombres car on s’évertue à traiter un problème structurel par des mesures conjoncturelles, destinées à gagner du temps.

L’harmonisation fiscale et sociale au sein de l’Union européenne est une nécessité vitale pour la Bretagne. Mais comment la France menacée par la sclérose et l’hypertrophie de sa sphère publique abaisserait-elle durablement les charges pour les mettre au niveau de nos principaux concurrents ? Comment saurait-elle aménager la législation sociale lorsqu’elle ne cesse d’exalter le besoin de protection ?

La Bretagne est désormais confrontée à un implacable processus d’étouffement de son économie,  en raison d’un cadre juridique inadapté à ses particularités comme à ses innombrables atouts, au grand bénéfice d’autres territoires de l’Union européenne.

Mais n’est-ce pas d’un processus d’étouffement comparable dont pâtissent la culture et la langue bretonne ?

Là aussi, nous subissons la même discordance entre le principe républicain d’égalité et sa déclinaison  linguistique et culturelle,  à savoir l’inégalité des langues et des cultures au nom de l’unicité proclamée du peuple français..

A la langue française, le monopole de l’usage au sein d’une large sphère publique, aux autres langues un statut secondaire, au sein de la sphère privée. Une réduction  patrimoniale et négatrice de droits  que devrait encore accentuer l’éventuelle ratification de la charte des langues régionales. La réserve introduite en l’état dans le texte qui devrait être soumis au Congrès subordonne la charte des langues régionales au principe de l’unicité française, lequel la réduit au néant comme vient de le souligner justement le Conseil d’Etat dans son avis.

Ayons la force d’affronter la vérité. Pour des raisons historiques, la République ne veut pas de nos langues. Celles-ci sont condamnées à l’étouffement progressif en raison d’un cadre juridique discriminant. Pour masquer cette réalité peu engageante, nous entendons de beaux discours sur les bienfaits de la diversité et de l’égale dignité de langues et de cultures que l’ensemble de l’appareil juridico politique s’emploie à évacuer de l’espace public et visible.

L’égale dignité de nos langues et cultures régionales passe par l’égal accès à la sphère publique sur leur territoire naturel. Leur survie dépend avant tout de l’égalité retrouvée et de la dignité qu’elle confère.

La plupart des maux que nous déplorons sont d’ordre structurel et résultent d’une discordance entre des principes fondateurs et le refus de suivre leur cours. Mais nos grands élus ne veulent surtout pas toucher aux structures. Ils se complaisent au sein de cadres discriminants lorsque le salut de la Bretagne passe par leur modification.

Pour que la Bretagne ait un avenir et valorise ses innombrables atouts, il faudra d’abord sortir de la connivence…

Souhaitons que ce débat, à l’importance vitale pour la Bretagne, soit au cœur des prochaines élections régionales.

 

 

59 Commentaires

  1. merci Thierry, je suis complètement d’accord … leur mieux-vivre viendra lorsqu’ils regagneront leurs libertés vis à vis des industriels, de la FNSEA, de la Chambre d’Agriculture, du Crédit Agricole …. s’ils ne le font pas … ils sont tous morts ! c’est juste à eux de voir ! ne plus faire de la quantité au détriment de la qualité … qu’ils défendent leurs droits de resemer des semences paysannes, … c’est une révolution difficile ! mais s’ils le font, ils auront le soutient intégral des citoyens !!! mais souhaitent-ils entrer vers une nouvelle approche de l’agriculture ?

    • vos voeux seront bientot exaucés car la régionalisation est en marche , elle s’insère dans la logique d’une Europe fédérale des régions. La baisse des dotations de l’état aux collectivités territoriales aura pour heureuse conséquance de céder le pouvoir économique puis fiscal aux régions. A la Bretagne de de savoir prendre le relai des CCI en créant ses propres instances indépendants . il y a 30 ans l’Irlande était un des plus pauvres pays de UE et enviait la richesse de la Bretagne. Indépendante elle a réussi à à se hisser parmi les pays les plus performants de lUE avec 5% de croissance attendus cette année .. Et la Bretagne dans tout çà? elle fait l aumone à la France .. bravo la performance.

    • La Bretagne a pour atout principal sa situation géographique privilégiée , elle est idéalement placée en europe pour commercer par mer avec l Afrique , Le Royaume Uni , l Irlande , le Canada , les USA et l’Amérique du Sud .Ce qui manque c est un port en eaux profondes pour détourner le traffic maritime de Rotterdam . Ca c est un projet qui boosterait l économie bretonne.

    • Il faut que la Bretagne puisse signer des accords régionaux de libre échange avec ses voisins , une sorte d’union atlantique des pays celtes , il n y a pas de raison de réserver les accords économiques aux échanges entre états , les nouveaux pôles économiques étant régionnaux .

    • La question importante est de savoir ce que dit le droit sur ce sujet et ce qui doit etre fait pour que ce droit évolue dans le sens d’un transfert de souveraineté de Paris vers les régions sur le plan économique et bien sur fiscal car pas d autonomie budgétaire égale pas de liberté de financement ( port par exemple)

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