« Libertés et indépendance », la quatrième liste bretonne aux régionales est une farce

Dans un précédent article nous évoquions la probabilité de la présence de trois listes à l’élection régionale de décembre prochain.

Les nouvelles de campagne

La liste Troadec-UDB, Oui la Bretagne, semble en perte de visibilité en cette fin d’été malgré la présence de son leader sur tous les fronts de la colère paysanne. Mais il est probable qu’une fois la rentrée arrivée et avec la manifestation nationale des agriculteurs le 3 septembre prochain, l’ex-leader des Bonnets Rouges refera surface en surfant sur la contestation populaire. Le très populiste Troadec s’est fait le champion des causes difficiles et il ne devrait pas faillir à ses habitudes. Son engagement avec l’UDB, le parti substitut du PS en Bretagne, a pourtant révélé une amertume chez les militants et a déclenché des défections dans les rangs. Beaucoup considèrent désormais que Christian Troadec a trahi la volonté d’une unité large des Bretons face à l’adversité des partis français et jacobins. Une fuite des militants s’est donc déclarée, parfois vers les deux autres listes annoncées.

Les fédéralistes de Jean-Jacques Page n’ont pas communiqué depuis leur première insertion annonçant leur volonté de partir en campagne. Les vacances expliquent probablement l’absence de visibilité du mouvement dans lequel était annoncé le parti de Caroline Ollivro. Breizh Europa n’a d’ailleurs toujours pas communiqué sur la question. La rentrée sera-t-elle l’occasion d’un engagement plus visible ?

Quand à la liste indépendantiste, Notre Chance l’indépendance, menée par le syndicaliste CGT et militant breton Bertrand Deleon, elle occupe l’espace par une communication continue. La dernière en date ose tout : la priorité de l’emploi breton aux Bretons. Les obstacles sont de taille pour le micro parti indépendantiste déjà présent aux derniers scrutins, municipales 2014 et départementales 2015. Un financement participatif a été mis en place et le candidat annonce avoir réuni en quelques heures près de 10% de son budget. Mais si la somme à rassembler n’est pas anodine, le plus gros obstacle pour le candidat jamais à court d’idées, sera de trouver les candidats qui porteront positivement l’indépendance au coeur des débats. Le chef de file ne devra pas céder aux sirènes extrémistes qui lui tendent leur chéquier et faire le choix de personnes insoupçonnables d’une quelconque alliance avec les antisémites, les racistes, et autres repliés du cerveau qui ont fait de lui leur héraut. Pas facile quand on a besoin d’argent !
Bertrand Deléon s’atèle désormais à rassembler les candidats répondant à ce critère indispensable pour espérer faire un score qui marquerait un premier pas vers la généralisation de l’idée d’indépendance bretonne. Et dans sa tâche, il semble pouvoir compter sur le soutien du Parti Breton, parti de centre-gauche à centre-droit, dont il est adhérent depuis de longues années.

Le chaos comme solution pour les plus désespérés

Les deux dernières années ont été l’expression de tous les désespoirs et de toutes les revendications de mieux vivre. L’indépendance apparaît pour beaucoup de sans voix comme un remède à tous les maux, comme un passage obligé par le chaos pour vivre mieux après.

Bertrand Deléon l’a compris depuis des années, l’indépendance ne peut être un pansement à la misère sociale. Elle doit être un projet construit porteur de valeurs positives et tournées vers l’avenir. Pourtant, quelques personnalités atypiques ont une vision différente de l’indépendance bretonne. Certains surfent sur le désespoir et attisent les peurs pour faire campagne.

Pierre Toullec, ultra-libéral soutient MacCain et…
l’indépendance bretonne…

mur hent ar frankiz toullecUn temps proche de Bertrand Deléon, leur collaboration aura été de courte durée. Pierre Toullec, cet ultra-libéral compte pourtant bien prendre le train des élections en marche. Il vient donc d’annoncer la création de la liste « Bretagne Libre – Libertés et indépendance ». En 2008, il n’a alors que 22 ans quand il fonde le comité de soutien John MacCain France pour « introduire en France les valeurs républicaines » et soutenir le candidat à l’élection présidentielle américaine.
Le temps passe et l’homme s’implique en Bretagne pour trouver une tribune. Son positionnement ultra-libéral ne lui impose aucune limite et il sympathise avec tout ce qui peut l’aider à atteindre son objectif. Pour lui, pas de barrière idéologique, la fin justifie les moyens. Sans états d’âme, il entretient donc des amitiés politiques du centre droit à l’extrême-droite. A lui tout seul, il pourrait être le pendant de Christian Troadec au bout de la droite. Depuis plusieurs mois, il a créé avec ses proches un micro mouvement qui porte le nom de Hent ar Frankiz – La Route de la Liberté.

Pierre Toullec murL’homme s’est entouré d’une équipe particulièrement hétéroclite. Selon Pierre Toullec, Fabrice Coupechoux est un de ses bras droits. Le jeune homme est enseignant. Il est par ailleurs bretonnant. Il est aussi un militant breton très controversé pour ses prises de position radicales. Outre sa connaissance du breton, il a défrayé la chronique bretonne pour ses écrits sur la religion et sur sa conception de la Bretagne et de « sa race ». A ce titre, il est d’ailleurs dans les listes noires des militants d’extrême-gauche. Le temps des écrits virulents semble déjà loin et Fabrice Coupechoux n’a plus fait parler de lui depuis près d’un an.

Pierre Toullec parle bien. Il sort d’une grande école et a beaucoup voyagé. Il sait donc présenter les choses à son auditoire. Fort de cet avantage, il sait attirer à lui les hommes aux ambitions fortes. Tout d’abord, Régis Simon, ancien militant d’extrême-gauche a aujourd’hui bien changé. Et l’homme a les dents longues.
A la fin des années 90, il est le vice-président du groupuscule Ni Hon Unan surtout actif dans le nord-Finistère. En 1998, il passera des alliances électorales avec l’ UDB pour les élections régionales. Ni Hon Unan fera également partie d’ un collectif « vent de colère » réunissant tous les écologistes finistériens et les défenseurs de l’ environnement dont Les Verts et l’ UDB.
En 2014, malgré son arrivée tardive dans la fronde des bonnets rouges, Régis Simon réussit rapidement à prendre le contrôle du comité de Brest avec son culot et son bagout. Mais être responsable d’un comité local de bonnets rouges ne suffit pas à combler ses ambitions personnelles. Il s’incruste rapidement aux réunions du collectif à Carhaix auxquelles il n’est pourtant pas convié. Toujours sans limite, l’homme prend régulièrement la parole, exige et sème l’agitation. Très vite, il est remis en place par des militants plus anciens qui ont cerné le personnage. Mais il continuera à venir à tout ce qui peut réunir les décideurs du mouvement. Lors des manifestations, il sera vu en train de provoquer l’agitation des manifestants et à les inciter à des actes marginaux. La suite ne sera qu’agitations et eaux troubles.
En mars 2015, Régis Simon a été candidat du Mouvement Bretagne et Progrès de Christian Troadec aux cantonales sur le canton de Guipavas. Peu engagé sur le terrain, le résultat du MBP y sera nettement moins bon que dans les autres cantons du Finistère : 3,64%. Mais l’homme vise plus haut et plus loin et continue de distiller complots et coups bas pour arriver à ses fins.

Très vite, il se déclare contre l’Etat français et se rapproche des dirigeants d’un parti indépendantiste. christian 001-001A différentes manifestations, il est vu avec Jakez Denis. Jakez Denis est ce militant trouble, connu pour avoir amené Christian Le Bihan (décédé en 1985) à la lutte armée. En juin dernier, on commémorait les trente ans du décès de ce jeune militant breton, mal formé aux explosifs et mort déchiqueté par la bombe qu’il déposait devant le tribunal de Guingamp, au nom de l’ARB (Armée Révolutionnaire Bretonne).
Pourtant, même s’il semble révolté contre l’Etat français, Régis Simon n’en est pas moins marié à un officier de la Marine Nationale en poste sur la Base d’aéronautique navale de Lanvéoc-Poulmic. Et quand on connaît les services de surveillance de la Marine Nationale, on peine à croire que l’époux d’un officier de Marine puisse être un militant convaincu de l’utilité de l’indépendance de la Bretagne…

Pierre Toullec a le gout des défis et sait faire rêver les plus démunis

Avec Régis Simon, ex-responsable du comité de Brest, Pierre Toullec a touché le jackpot. Il peut compter sur son ambitieux petit caporal pour ramener à lui tous les déçus du mouvement des Bonnets Rouges. La misère sociale n’est pas bonne conseillère et quand vous n’avez rien, que personne ne vous écoute et encore moins ne vous entend, l’homme providentiel apparaît en celui qui vous fait rêver.
Pierre Toullec sait bien parler.
Il a ainsi pu recevoir l’attention et le soutien de la queue de comète des Bonnets Rouges, ces manipulés de la FDSEA, ces oubliés de la liste substitut PS de Troadec, ces hommes et ses femmes qui n’ont plus rien à perdre. Certains seront sur la liste Bretagne Libre – Libertés et indépendance.

De même, il est probable que les adhérents de l’association de commémoration de Jean-Loup Le Cuff, KAD, trouvent un accueil chaleureux chez Pierre Toullec. Jean-Loup Le Cuff, aux amitiés particulières et parfois sulfureuses, a lui-aussi beaucoup d’ambitions personnelles. Il fait partie de la queue de comète des Bonnets Rouges et devrait très logiquement soutenir le mouvement de Pierre Toulec et Régis Simon. Et avec l’homme au bragou braz, une ribambelle de personnes pour lesquelles, il est un modèle. Depuis de nombreuses années, il travaille à créer des relations entre différents groupes aux idées politiques non majoritaires. Ses récentes activités, un passage à l’UNPO avec son camarade Stéphane Domagala de la très récente association des nations de l’hexagone, et un clip musical caricaturant les Bretons et d’une qualité contestable, ont révélé son repli identitaire et sa véritable nature. La Bretagne ne manque pas d’hommes bourrés de vanités et plein d’ambitions.

Avec l’annonce de sa liste indépendantiste à la prochaine élection régionale, Pierre Toullec aura donc réussi un coup de force. Il réunira sur le même tableau une certaine droite décomplexée allant de KAD à Breiz Atao, tous main dans la main.

Si personne ne nie l’utilité de listes bretonnes, la dynamique soudaine autour de la question est plutôt surprenante. Loin de servir une population qui se sent lâchée par ses hommes politiques, l’actualité politique bretonne met en évidence des égos sont plus forts que jamais. Dans ce contexte, la quatrième liste bretonne à l’élection régionale de décembre 2015 est une farce. A quand une vraie prise de conscience du besoin réel d’hommes et de femmes engagés au service du bien commun, dans le respect de notre planète qui hurle de ce qu’on lui fait subir ?

 

NB : tout droit de réponse doit s’exercer par le biais de l’adresse legal@7seizh.info

24 COMMENTS

  1. « La Bretagne n’est pas entendue par les partis nationaux qui, arrivés au pouvoir, poursuivent la même politique décidée par le haut et qui ne correspondent pas aux besoins de notre région. Nous avons ainsi vu, au fil de temps se dégrader l’autonomie de décision des régions et singulièrement de la Bretagne. Il était dès lors naturel que tous ceux qui sont attachés à la Bretagne et à ses valeurs humanistes et de solidarité convergent vers Oui la Bretagne pour peser lors des prochaines régionales. »

    La plateforme Oui la Bretagne n’est pas en perte de visibilité en cette fin d’été comme le souligne l’article. En témoigne le site Internet ou les bretonnes et les bretons disent OUI à la Bretagne avec un grand enthousiasme qui se retrouve sur le terrain !

  2. Votre égaux de merde sera l’instrument de la victoire de vos adversaires. Vous montrez votre cul pour se faire botter. Un tas de crétins qui ne voient plus que le bout de leur nez. Au fur et a mesure vous perdez des électeurs potentiels.

  3. Voilà le bal des faux a commencé. Toutes les sensibilité des régionalistes ont fait croire a l’unité . Le résultat vous vous foutez de la gueule des Bretons. Allez vous faire foutre ! Ont ne joue pas avec électeurs.

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