Régionales 2015 – Vanités, coups bas et fausses barbes en Bretagne

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Ce soir à Rennes, les fédéralistes feront le point sur leur engagement dans les élections régionales 2015. Jean-Jacques Page avait annoncé une candidature de son camp avec Breizh Europa et l’Alliance fédéraliste en août dernier. Depuis, les intéressés n’ont fait aucune déclaration officielle.

Pourtant depuis quelques semaines, des rumeurs annonçaient un rapprochement possible des fédéralistes avec Marc Le Fur, tête de liste de Les Républicains. Si rien n’est encore définitif, les discussions sont ouvertes.

Plus surprenant, Jean-François Le Bihan, actuel président de Bretagne réunie, serait probablement candidat dans le camp régionaliste sur cette même liste. Jean-François Le Bihan se mettrait en retrait de l’association qu’il préside le temps de la campagne.

Cinq listes avec la Bretagne

Naoned Breizh
Tous ensemble l’an passé lors des manifestations pour la réunification, au moment des débuts sur la réforme territoriale, les mêmes oscillent entre coups bas et trahison à l’approche des élections régionales.

Christian Troadec a été le premier à se déclarer pour les élections régionales. Fort de deux années à la tête de la contestation en Bretagne, il a su être présent sur tous les fronts de la défense des intérêts bretons. A l’annonce de sa candidature, les personnalités engagées en politique avaient espéré un grand rassemblement, de la gauche à la droite, tous Bretons, derrière le Carhaisien. Mais la maladresse du bonhomme et les faiblesses des autres avaient eu raison de cet espoir et, pour finir, l’alliance unique avec l’UDB fait un grand nombre de déçus. Depuis, de nombreux rebondissements ont eu lieu. La mise à l’écart du Parti Breton et le dernier en date avec la suspension de huit membres de l’UDB, dont sept élus du mouvement le week-end dernier. Ces huit militants, dont certains sont des membres historiques de l’UDB avaient pris la liberté d’appeler à une candidature de Jean-Yves Le Drian, qu’ils jugent le plus compétent pour continuer le travail engagé en Bretagne.

Bertrand Deléon, l’infatigable indépendantiste de Vannes, a annoncé sa liste il y a plusieurs mois. Bien mal entouré au départ, le syndicaliste CGT et adhérent du Parti Breton bénéficie désormais du soutien des laissés pour compte de Christian Troadec. Le Parti Breton a annoncé officiellement samedi dernier son soutien et son implication pour l’indépendance et la liste de Deléon. Mais, il pourra aussi compter sur des chefs d’entreprise, petits et grands, qui ont perdu confiance en les représentations locales des partis français. Bertrand Déléon avait peine à se défaire des soutiens extrémistes en début de parcours. Il pourra désormais facilement faire place nette avec l’arrivée de ses renforts encore inespérés il y a trois semaines et l’annonce de l’engagement d’Yves Pelle, président du Parti Breton, à ses côtés. Avec l’arrivée de ces nouveaux soutiens, la barrière financière vers la candidature effective devient moins grande. La liste indépendantiste pourrait bien créer la surprise et dépasser son 2% habituel tant le ras-le-bol est grand en Bretagne.

L’appel de Pontivy, le clin d’œil de Jean-Michel Le Boulanger à Christian Troadec (qui a lancé Galv Pondi en 2013), a eu lieu samedi dernier. 17 élus ont appelé devant la presse, à la candidature de Jean-Yves Le Drian aux prochaines régionales. L’actuel ministre français de la défense n’a toujours pas annoncé sa candidature. Pire, il a déclaré il y a quelques semaines qu’il ne comptait pas quitter son ministère. Pourtant, avec un appel des régionalistes bretons à prendre part aux prochaines élections, il sera difficile pour le gouvernement socialiste de ne pas entendre la demande et d’y répondre positivement. La peur de perdre une région de plus devrait être plus forte que le cumul. A Paris, il se dit que Le Drian pourrait bénéficier d’un statut particulier pour remplir cette mission. L’appel de Pontivy 2015 lance donc la campagne socialiste et annonce la couleur : elle sera Bretonne plus que jamais.

Marc Le Fur, député Les Républicains des Côtes d’Armor, devrait logiquement s’associer aux fédéralistes pour ces élections afin de donner la couleur locale à sa liste.

Une liste “de la gauche indépendantiste bretonne” a été annoncée lors de l’université d’été de Breizhistance le week-end dernier et serait actuellement en cours de discussion.

Vers une sixième liste en Gwenn-ha-du ?

Alors que la Bretagne n’a jamais été aussi au premier plan lors d’une élection, une sixième liste pourrait bien pointer son nez : celle du Front National.

Le parti ultra jacobin sera probablement le trublion de la prochaine élection régionale en Bretagne. Son fondateur, pourtant né en Bretagne, n’a jamais pris conscience de ses racines en dehors de la France. Pourtant Gilles Pennelle ne devrait pas se priver de mettre en berne son drapeau tricolore le temps d’une élection pour adopter les couleurs bretonnes. Réunification, les Bretons d’abord, etc. devraient être au programme du candidat local du parti très français.

Le 8 septembre dernier, le candidat du parti jacobin adoptait sa tenue camouflage en noir et blanc et annonçait défendre la Bretagne d’une invasion de migrants. «Le Front National dénoncera commune par commune l’accueil des migrants en Bretagne», un discours à destination des Bretons les plus touchés par la crise, “ventre affamé n’a pas d’oreilles”, ceux que les partis traditionnels sacrifient en politique.

Le Front National sera donc la sixième liste “régionaliste” à la prochaine élection régionale, car pour gagner du terrain, il est prêt à tout, y compris se laisser pousser la barbe façon UDB et changer de drapeau pendant quelques semaines. Dans cette tâche, le FN pourra compter sur les plus extrêmes des déçus de Christian Troadec et de Bertrand Deléon qui voyaient en eux, à tort, la réincarnation de Léonidas. Les (faux) régionalistes en peau de Maréchal, et leur affidés sauront-ils détourner les Bretons ? Réponse en décembre.

La Bretagne, vainqueur de l’élection quoi qu’il arrive

A quelques semaines du dépôt des listes en préfecture, l’agitation est forte. Les coups bas et les prises de guerre se multiplient comme des petits pains, les trahisons se comptent par dizaine. La campagne est ouverte.

Cette campagne laissera sûrement des marques. Certains vont au sacrifice pour assurer la composante régionaliste sur la liste du PS. Ici comme ailleurs, le PS est détesté des militants bretons bernés et trahis par le parti français. Les incompréhensions sont grandes et les dix-sept de Pontivy reçoivent désormais menaces et insultes de la part d’un petit nombre de puristes. Pourtant sans eux, la liste PS aurait cruellement rassemblé les socialistes les plus jacobins en Bretagne et les pro-Grand Ouest. L’engagement des régionalistes sur la liste PS apparaissait comme une nécessité pour les tenants de l’appel de Pontivy.

La petite histoire de Bretagne retiendra sûrement que sans Christian Troadec, son engagement fort mais aussi ses maladresses, la question bretonne n’aurait pas été autant au cœur des débats à venir. Il a su fédérer mais aussi obtenir par sa détestation que chacun se positionne par rapport à la question “Etre Breton”.

Les observateurs bretons se réjouissent de l’omniprésence des régionalistes dans cette élection. Désormais les lignes se dessinent et chaque camp politique s’assure d’avoir le soutien de la Bretagne. Même si c’est plutôt logique dans une élection régionale, de mémoire de Bretons, ce devrait être la première fois que les régionalistes feront la pluie et le beau temps chez eux.

Alors, plutôt que de râler sur telle ou telle alliance, il est plaisant de constater l’engouement de tant d’hommes et de femmes pour la Bretagne, non comme une simple région française, mais bien comme leur territoire pour lequel ils souhaitent travailler et s’engager de Clisson à Ouessant. Un fait extrêmement positif quand on considère l’état du monde.
PS : il est bien évident que pour l’électeur de base… rien de tout ça n’est visible. Trist eo !

42 Commentaires

  1. effectivement la dernière phrase en dit long…Tant que l’électeur de base ne se “réveillera pas”, rien ne se passera, mais il faut attendre et espérer, et être patient.

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