Pontivy : Manifestations anti-migrants. Violences ou pas ? A qui la faute ?

19

Samedi 14 novembre, quelques heures à peine après les attentats islamistes à Paris, une manifestation anti-immigration et anti-migrants a eu lieu à Pontivy. Les informations relatives aux événements intervenus pendant la manifestation divergent pourtant il ressort que des actes de violence ont été commis pendant l’après-midi. Deux blessés sont à déplorer.

Jean-Charles Troudet, secrétaire de l'association organisatrice de la manifestation, répond aux questions de Réinformation.tv. L'an passé, l'homme a déjà fait parler de lui.il a été condamné à 5 mois de sursis pour incitation à la haine raciale. le 27 septembre 2014, il avait proféré des propos racistes et fait des saluts nazis dans le tramway de Nantes.
©DR. Jean-Charles Troudet, secrétaire de l’association organisatrice de la manifestation, répond aux questions de Réinformation.tv. L’an passé, l’homme a déjà fait parler de lui. Il a été condamné à 5 mois de sursis pour incitation à la haine raciale. Le 27 septembre 2014, il avait proféré des propos racistes et fait des saluts nazis dans le tramway de Nantes.

Retour sur les faits

Le 29 octobre dernier, un groupuscule étiqueté d’extrême-droite appelle à une manifestation contre l’accueil des migrants. Considérant que “les élus, locaux, départementaux, régionaux, soutenus par l’Etat tentent d’agglutiner des populations immigrées dont la population ne veut pas”, son dirigeant appelle les Bretons à manifester à Pontivy et assène un argument de taille “La guerre civile est dans toute les têtes et approche, à grands pas”.

Christine Tasin, jacobine assumée et anti-musulmans, et Ronan Le Gall, une proximité certifiée et récurrente dans les manifestations en Bretagne
Christine Tasin, jacobine assumée et anti-musulmans, et Ronan Le Gall porte-parole du groupuscule, une proximité certifiée et récurrente dans les manifestations en Bretagne

Le 10 octobre, lors d’une manifestation déclarée à la Préfecture et encadrée par les services de police, la même organisation s’était présentée à 25 individus sur la place de la Liberté à Brest et avait rejoint les rangs du groupe ultra-jacobin Résistance républicaine de Christine Tasin.

L’objectif était ce jour là de faire fermer une mosquée de Brest et d’obtenir l’expulsion de son imam radical. Au totale une cinquantaine de personnes s’étaient alors affrontées verbalement aux 150 contre-manifestants cagoulés.

A Brest le 10 octobre dernier, une contre-manifestation avait été appelée. Des militants d'extrême-gauche cagoulés avaient protesté contre la présence autorisée de leurs adversaires d'extrême-droite. Les observateurs craignent désormais un regain des violences entre les deux groupes extrêmes
A Brest le 10 octobre dernier, une contre-manifestation avait été appelée. Des militants d’extrême-gauche cagoulés avaient protesté contre la présence autorisée de leurs adversaires d’extrême-droite. Les observateurs craignent désormais un regain des violences entre les deux groupes extrêmes

Les échanges entre extrémistes avaient dégénéré dans l’après-midi près du port et d’une activité festive locale sans rapport. Au cours des échanges particulièrement “virils”, plusieurs blessés ont été relevés.

Au lendemain du 10 octobre, forts de cette expérience brestoise, les militants radicaux organisent donc une nouvelle manifestation à Pontivy contre les migrants et d’une manière plus générale contre l’immigration. Le 10 novembre dernier, le responsable du groupuscule est reçu par les services de la sous-préfecture pour déclarer le rassemblement.

Brest le 10 octobre dernier, une cinquantaine de personnes connues des services de police pour leur engagement, manifestent contre l'imam radical
Brest le 10 octobre dernier, une cinquantaine de personnes connues des services de police pour leur engagement, manifestent contre l’imam radical

Vingt-cinq à cinquante personnes, bien connues des services de renseignements français, qui manifestent dans les rues d’une sous-préfecture ne sont pas de nature à ébranler la tranquillité des riverains. D’ailleurs, le même jour une manifestation à l’initiative de l’association “Landivisiau doit dire non à la centrale” rassemblera la plus grande partie des militants de la gauche bretonne habituellement mobilisés contre l’extrême-droite.

Le risque d’opposition est limité, aucun appel à contre-manifestation significatif : la sous-préfecture n’émet pas de refus à cette manifestation car le risque de troubles à l’ordre public n’est pas constitué.

Les attentats de Paris mettent le feu aux poudres

Dans la soirée du 13 novembre, les attentats islamistes mettent Paris à feu et à sang. 7 attaques terroristes, des terroristes extrémistes musulmans, 129 morts civils, 352 blessés civils, des heures d’incertitude et la population oscille entre un sentiment de tristesse infinie et la colère. Et devant tant d’horreur, la colère est forte. Peut-on encore garder raison quand un tel événement se produit ? Les réactions sont immédiates et violentes. La haine s’exprime sur les réseaux sociaux et il serait vain et idiot de la condamner tant elle est momentanée et l’expression de l’horreur pour la plupart des gens. L’horreur ne profite pas à la raison, elle explique la déraison.

A 00h00, samedi 14 novembre 2015, le président français François Hollande déclare l’état d’urgence sur tout le territoire. Son application est immédiate et entraîne de fait l’annulation de tous les rassemblements sur Paris et la région parisienne. Ailleurs, liberté est donnée aux préfets de prendre les dispositions dans les départements.

manifestation 1411 pontivy ronan le gallA Pontivy et malgré la thématique orientée de la manifestation déclarée, le Sous-Préfet ne demande ni l’annulation, ni l’interdiction du rassemblement anti-migrants. Pourtant, sur son mur Facebook, le responsable du groupuscule annonce la couleur : la manifestation est maintenue.

La question de la responsabilité des autorités se pose

Dans de telles circonstances, on peut se demander pourquoi la sous-préfecture n’a pas interdit la manifestation. Quelques heures après des attentats et alors que l’hexagone nage en pleine incertitude sur la cavale possible de terroristes potentiellement capables de recommencer ailleurs des actes terribles, comment les autorités ont-elles pu laisser se dérouler une manifestation déjà très orientée ?

dupont tingaud
Réinformation TV a fait un reportage sur la manifestation de Pontivy.

La manifestation rassemble l’extrême-droite bretonne mais pas seulement : le mot d’ordre ratisse large et leurs alliés jacobins français sont là aussi. Ainsi parmi les manifestants à Pontivy samedi, on note la présence de Mme Dupont-Tingaud, ancienne partisane de l’Algérie française, ex-conseillère régionale FN et actuelle responsable de l’ association Quimper-Résistance. Elle et son association étaient déjà présentes aux divers rassemblements organisés par le groupuscule à Quimper et Brest.

Alors que l’état d’urgence permettait sans plus d’explication de faire cesser tout rassemblement à Pontivy samedi, on peut s’étonner qu’aucune décision des autorités ne soit intervenue. Dans un tel contexte de grande émotion, les rangs des manifestants ont été multipliés par quatre. Et ce ne sont pas 50 manifestants qui ont défilé dans les rues de Pontivy, mais entre quelques 200 personnes dont la révolte était attisée par les images des chaînes d’info en continu.
Ce qui s’est produit durant le défilé reste flou, mais des témoins assurent que le rassemblement était impressionnant et terrifiant de violence.

Une chose est certaine : pour les Pontiviens peu habitués à l’ambiance hooligan des stades de foot, le passage des manifestants et les tons graves des chants de supporters présents resteront gravés comme une expérience traumatisante alors que le contexte de peur lié aux attentats de la nuit était dans chaque tête.

Contactée, la sous-préfecture ne s’est pas encore exprimée sur le sujet.

19 Commentaires

  1. Vous expliquez qu’il n’y a pas que l”extrême-droite bretonne et que ça ratisse large, pour preuve,on note la présence de Mme Dupont-Tingaud, ancienne partisane de l’Algérie française, ex-conseillère régionale FN. A vous lire on penserait donc que Le FN n’est plusxun parti d’extrême droite. J’ai peut-être raté un épisode….

    • Non. Nous disons seulement que l’extrême-droite française est présente aux côtés de ce groupe de personnes et grossit ses rangs ” leurs alliés jacobins français sont là aussi.”

Bonjour, laissez ici votre commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.