Les élections régionales ne sont qu’une dispute nationale.

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C’est la conclusion que l’on peut tirer du premier tour des régionales 2015 en Bretagne. Au fond, peut-il en être autrement dans un pays qui pense les élections et la vie citoyenne locales à travers un système complètement centralisé ? Il en va de même des médias audiovisuels, aussi dominants que parisiano-centrés. Ainsi, à l’orée de ce premier tour, il n’était surtout question en France que du score du Front National, et de ce que cela impliquerait pour les élections suivantes. L’exception bretonne semble avoir consisté en le suspens, digne de la téléréalité, maintenu par JYLD sur son cumul de fonctions en cas de victoire. Le résultat fut à la hauteur de cette préparation. C’est à se demander comment et pourquoi votent les citoyens bretons, voire même combien ont voté pour simplement mettre fin au doute.

Le ministre aurait pu se retirer des élections pour mener la guerre contre Daesh. L’action militaire et la perception générale favorable de son action à la Défense lui ont tenu lieu de campagne. Hors du succès lié aux Rafales, le ministre est préparé depuis longtemps. En mars 2015, il visitait un laboratoire d’aromathérapie à Saint-Agathon, sans que l’on sache vraiment en quoi les huiles essentielles nuisent à Daesh. En septembre dernier un nouveau commando Marine a été lancé à Lanester. Quant à l’accès facilité des PME aux marchés publics prôné par Marc Le Fur, c’est globalement ce que veut faire le pacte Défense PME lancé en 2012. De façon générale, la présence dans les médias nationaux, liée à a sa fonction, a donné au rassurant, et néanmoins matois, soldat Le Drian un avantage décisif. Les votes ont plus soutenu un ministre de la Défense qu’un candidat à la présidence de la région.

Le score du FN reste en dessous de la moyenne nationale, mais est quasiment trois fois celui atteint en 2010. C’est en réalité un succès pour ce parti. Ce n’est sans doute qu’une question de temps en Bretagne. Si Gilles Penelle est de la veine mediatico-compatible de Marine Le Pen, ce n’est sans doute pas le cas de Patrick Le Fur, désagréablement éclairé par une vidéo de réunion houleuse. Le principal message du FN en Bretagne est le refus des migrants. La région est pourtant la moins concernée et les leviers d’action contre ce phénomène ne sont pas au niveau du conseil régional. Pour être la troisième force politique bretonne, il a suffi de parler d’un problème national.

Il ne restait plus, dimanche soir sur France 3, à un Marc Le Fur évidemment dépité qu’à essayer de « régionaliser les élections régionales ». Son constat est juste mais il est sans doute trop tard pour essayer de faire entrer ce genre de discours dans les esprits. Le candidat de la droite, auteur de « Le choix de la Bretagne », n’a pas fait le bon choix en voulant parler des problèmes de la région et des solutions à y apporter. Le poids de la fonction publique, le vieillissement de la population, le nombre important des retraités dans le solde démographique, rendent peut être déjà trop prédominante l’économie résidentielle dans notre région. Son projet de relancer l’économie productive est une bonne idée. Mais il ne semble pas trouver beaucoup d’oreilles pour l’écouter. Si la crise agro-alimentaire perdure, s’il n’y a pas de reconversion économique, la population bretonne sera en dépendance, incertaine, de retraites et prestations distribuées depuis la capitale. Si la LGV ne se fait pas, le FN aura de beaux jours devant lui dans une Bretagne marginalisée. Sérieux et droit dans ses bottes, auteur d’un ouvrage où le régionalisme est presque le plus affirmé de tous les candidats, Marc Le Fur a fait le bon constat. Mais il a sans doute commis l’erreur politique de croire à une élection « régionale » en France. Le deuxième tour semble joué d’avance. Il n’y a pas de réserve de voix à droite.

Paradoxalement, au soir du premier tour, les paroles de sagesse en Bretagne ne sont pas venues d’un Le Fur mais d’un Troadec. Malgré la déception du résultat, prévisible dans le contexte sécuritaire, le maire de Carhaix, a fait le choix de « la préparation de l’avenir » en ne donnant pas de consigne de vote, malgré l’appel du pied de JYLD. Une telle consigne n’est pas forcément utile pour une liste qui s’affiche clairement à gauche. Christian Troadec semble lucide sur l’incapacité du système national à se remettre en question. Les critiques sur le Front National sont comme des cris de douleurs au cours de l’accouchement d’un enfant inéluctable du Jacobinisme. Depuis combien de temps, les sermons culpabilisants, les « Fronts Républicains » ne servent-ils qu’à faire perdurer un système qui ne répond pas aux problèmes des gens et donc permet le développement du FN ? Pourquoi Bruno Le Maire fait-il un constat critique assez juste sur le programme économique du Front National mais est incapable de comprendre que son discours est devenu inaudible ? Monsieur Troadec a dit dimanche soir que la solution résidait dans la « régionalisation de la France ». Cette nouvelle organisation de la France est en réalité « l’antidote » au parti créé par Jean-Marie Le Pen. Ce serait une solution au problème de fonctionnement de la France, bien meilleure qu’un parti nationaliste qui, pour atteindre le pouvoir, va critiquer le système de partis en place tout en s’en rapprochant à tel point qu’il en sera la continuité.

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