Sergi : l’Indépendance, école de la Démocratie

Entre « el Proces » en Catalunya, et les élections régionales en France, il y a un monde d’espoirs à construire.

Nos amis Catalans ont déjà avancé sur ce chemin long, et qui nécessite courage, patience, détermination, …

Et goût de l’effort démocratique, du partage, du débat, de l’organisation associative ; du vivre ensemble.

 

Qui es-tu, Sergi ?

Je suis né à Barcelone, je suis depuis un an en Bretagne. Je suis chauffeur de camion-citerne. Mon entreprise transporte du gaz naturel liquéfié.

Ma ville, c’est Banyoles, à côté de Gerone (ndlr : au nord de la Catalogne sud). Cette ville compte 20 000 habitants, et était la ville au PIB le plus haut de l’état espagnol dans les années 70.

Mon département est le plus indépendantiste de Catalunya.220px-Ppcc2007noms2

L’utilisation de la langue catalane est majoritaire, l’école se fait à 100% en catalan, le castillan est étudié en tant que langue étrangère.

 

 

Quel est ton parcours politique ?

Je suis adhérent à CUP (conglomérat d’associations d’extrême-gauche), et à la CSP (confédération syndicale de Catalogne)

Il y a beaucoup de militants anar à CUP.

CUP est un ensemble d’associatons locales qui se développent de façon autonome. Nos axes de pensée sont : l’écologie, le féminisme, le socialisme non-stalinien, l’indépendantisme, la solidarité avec les autres peuples.

Chaque assemblée locale fait selon ses capacités financières pour les campagnes électorales, pour éviter toute compromission avec les banques.

Le système électoral amène un revenu si on a au moins un député élu.

Ce revenu augmente avec le nombre de voix et le nombre de députés.

5000 euros, c’est le revenu des élus au parlement catalan. A la CUP, on ne gagne pas plus de 1400 euros et la différence est versée dans une caisse solidarité. On est élu pour 8 ans maximum (municipalités), et même 4 ans à la députation, la rénovation est ainsi permanente en interne.

La caisse de solidarité est utilisée pour aider des associations comme culturel, les associations d’accueil des immigrants, … Le choix des bénéficiaires se fait sur un mode référendaire.

Comme nous n’avons pas besoin des banques, nous conservons notre indépendance.

Actuellement, la CUP est la 3ème force électorale de Catalogne. Nous sommes les héritiers d’une tradition assemblaire, qui date des années 30, de manière anarchiste, époque où la vie s’organisait dans la lutte antifranquiste et révolutionnaire.

Drapeau anar

 

 

On peut nous résumer par l’expression : « démocratie absolument radicale »

 

 

 

 

Quelle est ton opinion sur la situation actuelle en Catalunya ?

Mon opinion personnelle est de maintenir le non à Artur Mas, et ce pour pour plusieurs raisons.

Au national, il y a a peine 10 ans il était anti-indépendantiste, il faisait partie de l’union démocratique de Catalogne, parti indépendantiste des années 30 devenu espagnoliste. Au niveau national aussi, il a privatisé la santé, a essayé de privatiser l’éducation.

Au niveau social, il n’a rien fait pour les personnes hypothéquées, obéissant à la loi espagnole qu’il n ‘a pas changée comme il l’avait promis.

Il n’a pas appliqué la loi énergétique (ndlr : qui permet à la collectivité d’aider les gens qui n’auraient plus accès au chauffage).

Plus que la personne, c’est le programme proposé par Mas que je refuse.

Un candidat de quelque parti que ce soit, s’il propose un programme qui ne me semble pas satisfaisant, je refuserai aussi (ndlr:un membre d’ERC, centre-gauche, par exemple).

CUP est en négociation avec Mas, pour encore. La décision sera prise en assemblée le 29 décembre pour choisir position officielle de CUP.

Mas n’est pas de la droite espagnole franquiste (ndlr : contrairement à C’s* & Parti Popular**). Mais il est héritier politique de Jordi Pujol, dont il a été ministre. La corruption a profondément entâché leur action.

Bien sûr, je dis oui à l’Indépendance, mais pour changer de pays, pas pour rester pareil, mais pour trouver des solutions dès maintenant.

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Les déclarations sont faciles, il faut agir maintenant. Il faut des lois qui appuient ses déclarations, au moins.

 

Quel processus a amené une telle vague d’Indépendantisme ?

C’est la mentalité de la population catalane qui a changé.

Les espagnolistes sont devenus indépendantistes. C’est le résultat d’une prise de concience : maintenant, s’ils veulent vraiment, s’ils s’organisent, ils ont le pouvoir.

La société catalane a toujours éte organisée, contrairement à la société espagnole, dont les membres ne participent à rien.

 

Ta vision de l’avenir ?

Quand j’arrive à être optimiste : l’Indépendance sera décidée dès le début 2016, et le nouveau Président aura le courage de proclamer l’Indépendance effective.

Quand je suis plus pessimiste : la société n’est pas encore prête pour la déclaration d’Indépendance, et le sera peut-être dans 4 ou 5 ans.

Je me dis que peut-être les élus auront peur d’être incarcérés, et les citoyens auront peur de refuser de payer leurs impôts à Madrid, par exemple. L’Etat madrilène poussera les gens à prendre des décisions individuelles, les gens devront être prêts à risquer des choses personnelles pour l’Indépendance, se demanderont jusqu’où aller ; jusqu’en prison ?

 

Quelle est ta vision du nationalisme ? Et du nationalisme catalan ?

Etre nationaliste, ce serait être bourgeois, de droite, à en croire les espagnolistes.

Or c’est l’inverse, c’est populaire, de gauche.

C’est avoir envie d’un pays dont on se sente, pour en faire ce qu’on croit juste et bon.

Le nationalisme catalan est de cette sorte-là. Il est l’aboutissement d’une tradition démocratique. Il s’oppose au nationalisme espagnol, basé au contraire sur le rapport dominant/dominé.

 

 



En Catalogne, on est fier d’être nationaliste, on ne se cache pas, on n’a pas peur du débat, Urneau contraire, on le cherche, c’est la base de la prise de conscience qui est en train de transformer le peuple Catalan en peuple indépendantiste.


 

 

 

 

*: C’s est un groupe d’extrême droite, ils se disent de centre gauche, mais est un mélange d’anti-indépendantistes, avec un programme économique de droite, et sur le plan linguistique, clairement génocidaire. Ils sont les héritiers du parti phalangiste des années 30 avec un aspect faussement moderne. (ndlr)

** : le Parti Popular, au pouvoir à Madrid, est encadré par de nombreux fils et filles d’anciens ministres franquistes (ndlr)

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