Home Actualité Information Bretagne - 7seizh.info Le bonjour breton, de la perte de notre identité à sa reconquête

Le bonjour breton, de la perte de notre identité à sa reconquête

Quand un non-brittophone demande un truc à un brittophone, c’est à coup sûr : « comment se salue-t-on en breton ? ». Sauf qu’en bon monolingue français, il dira plutôt : « comment dit-on bonjour ? ». Sympa, au demeurant, et presque toujours sincère, voire prêt à le replacer au bistrot le soir même.

Bon, comme il faut en passer par là, on lui fait le petit couplet sur « demat », mot authentique, mais vieilli, et peu traditionnel chez le péquin, sur deiz + mat, jour + bon. Ca plait, parce que ça rassure. C’est pareil ; on n’a pas besoin de changer de schéma de pensée. Et pourtant, tout est déjà là. Toute la perte de nos langues, donc de notre pensée, de notre identité, de notre société, de nous en tant que nous, en fait.

Moi, j’aurais tendance à traduire « bonjour » par « kenavo ». Bonjour, bon jour, bonne journée. Décarre de mon espace vital, j’ai pas envie de causer.

Le breton, avant la colonisation mentale, il aimait bien parler avec les gens, il aimait bien le lien ; il préférait nettement ça à la picole. Avant la déconstruction organisée par l’état français, il ne disait pas bonjour, le gougeat. Il entamait plutôt, parfois fort cavalièrement, la conversation. Et le non-brittophone/gallophone le prenait un peu pour un demeuré, au début. Il le croisait dans un magasin, le mec lui faisait : « alors, on fait ses courses ? » ; et il pensait « euh ouais je me suis foutu dans leclerc, c’est pas pour faire un golf » ; mais bon, poli, il lui faisait « bonjour ! ». Et l’autre lui disait : « c’est des potimarrons que vous avez là. Ils sont beaux. ».
Donc d’accord, c’est forcément un benêt, et en plus il dit pas bonjour.

Or, si le non-breton avait été breton, il aurait embrayé, sur une recette, par exemple, où sur un producteur, voire sa belle-mère, chez qui « ils ont donné du feu de dieu ». Il aurait ainsi créé du lien, se serait décrispé, et aurait aimé le gars d’en face, et compris que, non, non, il n’est pas demeuré, il est juste amoureux du lien social.


Jugeons sur pièce, et comparons à la jauge du « bonjour », « bonjour », que nous pratiquons tous, malheureusement.

(en français plus bas)

  • Na brav hiziv, hag an diskar-amzer anezhi !
  • Feiz ya, mont a rin da bourmen goude merenn, en aod vo heol ha dizavel, ‘gav din
  • Hama ? Pelec’h yit neuze da gaout dizavel er c’houlz-mañ-bloaz ?
  • … (ha kement zo)

Pe c’hoazh, bevet gant ma zad, ha me, damzivrezhoneg en e gichen, maez ar jeu. Tal ur paotr kozh pleg e gein gant e chalotez sec’h.

  • Yantao, izel an douar !
  • Ya ‘c’hat, izeloc’h bepred padal e yan bihanoc’h bep bloaz.
  • Re abred vezer re dost ivez …
  • Ma, ya n’eo ket mall ganin, ‘toare !

Pe c’hoazh, bevet ivez, ganin, ur pemp ploaz goude, ha brezhoneg ganin en-dro-se. Gant un den en e 50, o lenn ur gazetenn en tren, a-bouez vrec’h.

  • Ac’hanta, re verr ho tivrec’h ganeoc’h …
  • Ma, lakin ket ma c’hazetenn pelloc’h avat
  • Moarvat, ya
  • Sur zoken, peogwir on berrwel ivez …

An den-se noa lâret din, pa oa diskennet e Banaleg : « kenavo, ha chañs vat deoc’h da chom bev, betek fin ho puhez bepred ! »

Donc, en français, mais promettez-moi de chasser la colonisation mentale, de parler aux gens, qui n’attendent que ça, en vrai, qu’on réveille le breton qui est en eux, et si c’est en français, tant pis, mais au moins, retissons notre société !

Il faut reconquérir notre identité, ou la perdre, et il n’est plus temps de tergiverser.

  • Il fait beau, aujourd’hui, pour de l’automne !
  • Ah ouais, j’irai marcher après midi, sur la côte il y aura du soleil et l’abri du vent, je pense
  • An tiens ? Et vous allez où comme ça pour être abrité du vent en cette saison ?
  • … etc

Feu mon père, avec un vieux monsieur affairé avec ses oignons. Et moi débutant, j’ai raté ça, j’étais hors du coup …

  • La terre est basse …
  • Ben ouais, elle est toujours plus basse, pourtant je rapetit …
  • On s’en rapproche toujours assez tôt …
  • Ah ça, je suis pas pressé !

Dans le train, près d’un homme dans la cinquantaine, qui lisait son journal, à bout de bras. Cette fois c’était moi, et je brittophonais mieux (après KEAV, bien sûr).

  • Vos bras viennent à être trop courts, on dirait.
  • Ouais, mais mon journal ira pas plus loin …
  • Ah ça, probablement
  • C’est sûr, même, parce que … je suis myope aussi

En descendant à Banaleg, cet homme m’avait souri, et dit : « bonne chance pour rester vivant, jusqu’à la fin de votre vie, au moins ! »

Ou bien, sinon, « bonjour », « bonjour ».

Kenavo, ken ne vo ket …

A nous de choisir, et à personne d’autre.

33 COMMENTS

  1. « Beau est le temps » si on est dehors; et si on rentre dans la maison (car dehors il pleut) c’est  » la ya de la place pour s ‘asseoir »
    voila le vrai bonjour breton en pays bigouden dans les es années 8O… quand j’ai debarque de chez les chtis pour y vivre.
    à l « epoque on ne parlait pas de « britophones » quel mot horrible pour mettre une langue en cercueil !

  2. 97% de français de Bretagne:à l’aise breizh,ghd sur la voiture,je mange des crêpes la marseillaise…bretons mais surtout français.
    3% de bretons:je parle les langues de mon pays,je connais l’histoire de mon pays,je connais mon hymne et le kroas du n’est pas plus nazi que le bleu blanc rouge…
    je suis vraiment breton avant d’être français.
    Bretagne=colonie,500 ans de colonisation et nos ennemis séculaires francs ont fait de nous des étrangers à leur image sur notre territoire.
    Alors oui,il y a un problème d’identité bretonne qui appelle une prise de conscience urgente car comme les indiens nous allons bientôt disparaître et nos chers érudits et instances dirigeantes bretonnes qui passent leur temps à collecter les souvenirs du temps perdu pourront convier les générations futures à la visite du musée du folklore breton.Avec un peu de chance que un énarque politique jacobin parisien viendra couper le ruban tricolore à l’inauguration.
    Breton anglais français obligatoires à l’école.histoire de Bretagne obligatoire bro goz ma zadou à chaque événement majeur
    Hep brezhoneg breizh ebet
    An Oad = L âge
    An aod = la côte

  3. Bien vu !
    Il est important de noter combien la substitution culturelle est active lorsqu’elle s’impose dans nos actes les plus quotidiens, transformant ainsi insidieusement nos mentalités.
    Le salut breton n’est pas un échange mécanique de formules toutes faites, il est circonstancié, donc plus inventif, plus imaginatif.
    Dommage que nous l’abandonnions !

  4. Gwir eo. Vez ket lavaret kalz « bonjour » ganin. Nag e bzg nag e galleg. A wechoú e vez kavet unan da lakaat ac’hanon da soñjal n’on ket bet savet mat. Hag ouzhpenn-se bet on bet savet e galleg ! Rank ket foutre kaer !

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