La Bretagne contre le terrorisme

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Une fois de plus le terrorisme islamique a frappé en Europe. Plus d’une trentaine de morts et 200 blessés sont à déplorer à Bruxelles.  Les images chocs font d’autant plus mal qu’elles nous rappellent la douleur à peine atténuée des attentats du 13 novembre à Paris. Par la peur et l’horreur qu’elle diffuse, et la compassion solidaire qu’elle inspire, cette diffusion médiatique, inhérente à notre société démocratique, participe inévitablement au succès psychologique des actions terroristes. Elle renforce également les arguments pour un tour de vis sécuritaire. Mais cette liberté d’une presse montrant le terrorisme aussi bien qu’elle critique l’état d’urgence est un des aspects fondamentaux nous différenciant des dictatures. Et elle nous fait prendre conscience que personne n’est à l’abri.

Depuis bien avant le 13 novembre, bien avant Charlie, une guerre est en cours. Au nom du Djihad, Daesh tue des civils par des explosions kamikazes en Europe tandis que les bombardements occidentaux tuent des combattants islamistes en Syrie ou en Irak. De façon égoïste, on pourrait peut-être faire crédit à l’état d’urgence d’avoir empêché, jusqu’à présent, la répétition d’attentats en France. Et Paris continuera sans doute de payer le prix de son assimilation à la France sur le plan International. Mais au fur et à mesure que les cibles privilégiées bénéficieront logiquement de l’essentiel de la protection, la tentation d’en toucher d’autres plus vulnérables ne pourra que grandir. La Bretagne est donc également sous la menace.

Il convient de s’interroger sur  le risque d’émergence de djihadistes qui reviendraient faire des actions terroristes dans notre région. C’est ce qu’induit de façon intéressante un article de Paris Match intitulé « Djihad, la filière Bretonne ». D’entrée, il affirme que « La région longtemps la plus chrétienne est un nid de convertis salafistes. Au grand désespoir de leurs familles ». Il cite également le juge Marc Trévidic : « Je ne sais pas si, statistiquement, il y a tellement plus de Bretons dans le djihad…mais ce qui est frappant, c’est leur nette surreprésentation parmi les convertis ». Une recrudescence de conversions de bretons à l’Islam devrait être démontrée par une étude objective. Mais dans tous les cas, musulman ne veut pas dire salafiste. Et malgré les nombreux cas rencontrés et la confusion qu’ils entrainent dans les esprits, salafiste n’est pas synonyme de djihadiste ou terroriste.

Des salafistes il y en a en Bretagne. Le meilleur exemple est l’Imam de la mosquée « La Sunna » à Brest et ses vidéos sur internet. Il a toutefois jugé plus prudent de faire disparaitre les plus polémiques. Une perquisition dans ses locaux n’a rien donné.  Il semble conforme à la qualification de « salafiste quiétiste » qui lui a parfois été attribuée. Cela ne préjuge pas de l’absence dans ses textes de référence de messages pouvant être interprétés par certains comme un appel au Djihad. Ce genre d’appel semble cependant relativement peu entendu en Bretagne. En février dernier, Manuel Valls indiquait que plus de 2000 français sont impliqués dans le djihad en France. Paris Match  ne donne que 5 cas bretons : Julien Le Prado, Erwan G et Emilie König, anciens du groupuscule islamiste nantais Forsane Alizza, Kevin Guiavarch, David Drugeon. On pourrait peut-être ajouter le chef de Forsane Alizza, Mohamed Achamlane, condamné à 9 ans de prison, et Gilles Le Guen, breton de 60 ans soupçonné de djihad. Au bilan, on ne peut que rejoindre la prudence du juge Trevidic sur le nombre de bretons djihadistes. Il ne semble pas y avoir en Bretagne plus de propension à devenir djihadiste que dans le reste du pays. S’il convient de rester vigilant, la présentation de la Bretagne comme un nid de convertis salafistes semble outrancière. Elle est susceptible d’entrainer une attention sécuritaire excessive sur la région par rapport au niveau de menace réelle et au détriment de territoires plus sensibles.

Les quelques individus mentionnés ci-dessus revendiquaient-ils, d’une quelconque façon, une identité bretonne ?  Cela fait sans doute partie de ce qui leur a manqué. Ils semblent caractéristiques des conséquences de la simplification identitaire dans l’intégrisme musulman. A l’opposé, parmi ceux qui contribuent à la lutte contre le djihadisme et le terrorisme, les bretons sont nombreux.  C’est notamment le cas du ministre de la Défense, Jean-yves Le Drian ainsi que du ministre de la justice,  Jean-Jacques Urvoas. On ne compte plus les bretons dans les forces armées. A l’écart et  réglementairement en dessous du pavillon national, le drapeau breton flotte sur l’entrée de l’enceinte militaire du château de Brest. Dans un autre domaine, le directeur adjoint de Paris-Match, Régis Le Sommier, breton revendiqué, a récemment fait paraitre un ouvrage permettant de comprendre que, pour lutter contre Daech, les occidentaux devraient commencer par arrêter de faire n’importe quoi à l’International. De façon moins connue, mais qui mérite qu’on prenne la peine de le lire, sous le pseudonyme de  Jean-marie Seiget, un universitaire breton et éminent défenseur du gallo a fait paraitre en 2015 l’ouvrage « Comment être breton et musulman ». Sans doute un peu utopique, mais humaniste et courageux,  il explique avec un point de vue spécifiquement breton comment la réforme de l’Islam et le rejet des textes soutenant le salafisme et l’islamisme politique seraient bénéfiques à cette religion, à l’humanité et au respect des identités menacées.

Sombrer dans le djihadisme en Bretagne semble le propre de rares individus en détresse identitaire. Les revendications régionalistes, autonomistes ou indépendantistes sont constitutives de l’identité de la Bretagne. Elles sont politiques et se situent à des années lumières du terrorisme djihadiste. Même au plus fort des années FLB, les poseurs de bombes préféraient risquer leur vie que de faire autre chose que des dégâts matériels. Les forces de l’ordre avaient plus à craindre des manifestations de paysans ou de marins-pêcheurs. La responsabilité de l’attentat de Quévert reste mystérieuse. Aujourd’hui, l’appartenance à la Bretagne amène à une capacité de gestion d’identités multiples et d’ouverture aux autres. Ancrer les individus issus de l’immigration dans les régions historiques contribuerait à leur appropriation de l’histoire du territoire de la France. Comprendre comment être breton et français pourrait aider certains à savoir comment être français et européens. C’est une voie bien plus moderne et porteuse d’avenir  que le repli identitaire religieux ou nationaliste. Cela contribue à préserver des dérives simplificatrices dans la violence et le terrorisme.

 

 

 

56 Commentaires

  1. Merci d’avoir fait le distinguo d’avec le FLB/ARB. Quand à Quévert, nous étions noyautés et il fallait casser l’élan culturel de l’époque…

  2. L’erreur est justement d’associer le drapeau breton au drapeau belge. La Belgique n’existe plus autant dire, à moins de militer pour son existence comme pour celle de tous les anciens Etats coloniaux niant les peuples au sein et à l’extérieur de leur territoire.

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