Ai’ta : Politique linguistique de la Région ? Lettre à M. LE DRIAN

Mercredi 27 avril 2016, politique linguistique de la Région, le collectif Ai’ta s’ adresse à Le Drian, président de Région :

Monsieur le Président de la Région Bretagne,

Nous sollicitons une demande d’audience concernant la politique linguistique de la Région Bretagne. La langue bretonne joue aujourd’hui son avenir à court terme et le seul levier dont elle dispose encore est l’appui de la Région. Or force est de constater, le manque d’ambition de la Région en la matière pour bâtir une véritable politique linguistique, quand dans le même temps il est devenu évident que tout soutien de l’Etat pour garantir certains droits linguistiques n’est que pure chimère. Le rejet du « petit » projet de Loi sur les langues Régionales du député Paul Molac par l’Assemblée Nationale le 14 janvier dernier en est clairement l’illustration.

Il est plus que jamais nécessaire de retrouver rapidement une dynamique pour assurer un avenir à la langue bretonne, par un renouvellement de ses locuteurs et retrouver un usage de la langue bretonne dans la vie publique. Nous considérons que la langue bretonne est aujourd’hui à la croisée des chemins.

Lors des élections régionales, nous avions adressé un questionnaire aux différentes listes portant sur un nombre de points qui nous paraissaient essentiels et que nous souhaiterions voir aborder :

– Atteindre un minimum de 10 heures de programmes en langue bretonne diffusés chaque semaine à des heures de grande écoute. Alors que le projet Breizh Creative de web media, porté par la Région, vient d’être lancé, nous ne pouvons que constater que la langue bretonne a été oubliée en cours de route (site internet et plateforme web media KUB).

– Atteindre 5 heures par jour de programmes variés en langue bretonne diffusés sur la radio publique et développer les fréquences des radios associatives en langue bretonne sur l’ensemble des 5 départements bretons. Alors que là encore, les technologies évoluent fortement, le projet de la Région semble se contenter de continuer à soutenir un site internet de mutualisation des radios associatives sans réelle prospective.

– Installer une signalétique bilingue français-breton sur les routes nationales de Bretagne, conformément aux engagements de la nouvelle convention Etat-Région. Le refus de la DIRO d’installer une telle signalétique bilingue se base aujourd’hui sur l’interprétation du principe dit de « lisibilité » contenu dans une circulaire datant de 1982 (cc 82-31 du 22/03/82). Depuis fin 2015, la DIRO procède au remplacement systématique de l’ensemble des panneaux de signalisation sur la N 165 entre Auray et Vannes en ne respectant aucunement la nouvelle convention. Il en ira probablement de même pour le nouvel échangeur en cours d’achèvement à Muzilllac. L’interprétation de cette circulaire semble différente, notamment en Corse, sur les routes nationales d’Etat (messages électroniques compris).

– Développer la place de la langue bretonne, tant à l’oral qu’à l’écrit, à la SNCF et à la Poste (signalétique bilingue complète et paritaire). Malgré la convention qui stipule que « la Région souhaite que les gestionnaires d’infrastructures et exploitants s’engagent dans la mise en place progressive d’une signalétique bilingue paritaire » , la SNCF continue à vouloir traiter la langue bretonne comme une langue étrangère . Nous attendons également réponse du dernier courrier adressé à la Région sur ce point en janvier 2016.

– Poursuivre la mise en place d’une signalétique bilingue complète et paritaire systématique pour les équipements sous maîtrise d’ouvrage de la Région et conditionner le conventionnement avec la Région à la présence de langue bretonne traitée de façon paritaire au français dans les ouvrages subventionnés. Le nouveau musée de Pont-Aven financé à hauteur de 1,3 M€ par la Région illustre la démonstration caricaturale d’absence de volonté de la Région sur ce point. Le musée est entièrement bilingue français – anglais sans la moindre référence à la langue bretonne…Il en a été de même pour la cité de la voile à Lorient où la langue bretonne présente à son ouverture a disparu au profit de l’allemand dans la nouvelle scénographie du musée en mai 2015.

– Augmenter le budget « langue bretonne » afin de pouvoir assurer de façon effective les missions de développement de l’EPCC « office publique de la langue bretonne ». Les engagements pris par les collectivités publiques, en terme d’objectifs de la charte « ya d’ar brezhoneg »  et d’atteinte de niveaux de labélisation, ne sont pas respectés, comme l’illustre clairement l’abandon de la charte en catimini par la commune de Theix-Noyalo dans le Morbihan. Cette charte est pourtant le seul outil dont dispose la Région pour développer la présence et l’usage de la langue bretonne dans les autres collectivités territoriales en Bretagne. Les conventions ne sont pas suivies selon les chiffres rendus publics par l’office publique de la langue bretonne : sur 183 communes signataires de la charte et 13 communautés de communes en 2015, seules 28 communes et 2 communautés de communes ont été labellisées au niveau 2, seul niveau où des efforts réels pour la langue bretonne commencent à être fournis. Seules deux communes en Bretagne ont obtenu le niveau 3 !

D’autre part, il paraît urgent de développer un nouveau service au sein de l’EPCC afin de traiter des nouvelles technologies (A titre d’exemple, il est ainsi possible de traduire via la plateforme de traduction Google le mot « fromage » du gallois en corse mais pas en breton. Cet exemple illustre le risque de décrochage bien réel de la langue bretonne sur les supports numériques).

– Renégocier un additif à la convention portant sur l’enseignement bilingue prévoyant un objectif réévalué et un plan de développement pluriannuel chiffré et défini par zones géographiques (à décliner en plans d’actions annuelles) pour les ouvertures de classes bilingues ou transformation de classes monolingues sur le modèle de l’Académie de Strasbourg. L’objectif d’atteindre 20 000 élèves en filières bilingues en 2020, soit seulement 3% des élèves de l’Académie, ne peut être accepté en l’état ! Cet objectif avait déjà été fixé initialement pour 2010 dans le premier plan de politique linguistique de la Région en 2004. Ce seul chiffre démontre le “sur-place” de la Région en la matière.

En Corse, la convention Etat – collectivité territoriale a ainsi permis que l’organisation d’un enseignement bilingue soit quasi généralisée dans toutes les écoles maternelles en 7 ans. En pays Basque Nord, la convention spécifique signée en 2001 avec l’Etat a permis de développer considérablement l’enseignement bilingue avec un tiers des élèves à ce jour.  En Alsace, la convention-cadre signée en mars 2015 pose comme objectif de passer de 13 à 25 % d’élèves dans ce cursus à l’horizon 2030 ! Il est grand temps de se demander pourquoi ce qui existe ailleurs en France, ne peut l’être en Bretagne ?

– Organiser une campagne « Quêteurs de mémoire – Klaskerien ha treizherien soñjoù » ainsi qu’une sensibilisation aux langues et cultures de Bretagne dans toutes les écoles publiques à l’échelle de la Bretagne, comme l’encourage la nouvelle convention.

– Etendre l’utilisation systématique de la langue bretonne au sein du Conseil Régional tout en respectant l’emploi de la langue française et augmenter l’enveloppe annuelle d’aide pour les formations longues en breton afin d’atteindre 500 personnes aidées chaque année dès 2016.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions de croire, Monsieur le Président de la Région Bretagne, en nos sincères salutations.

le collectif Ai’ta !

Source Ai’ta

 

 

 

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